L’art du détournement publicitaire #5 : « Hara Kiri » (La parodie publicitaire dans la presse indépendante.)

Qu’ils soient issus des mouvements activistes anti-publicitaires ou des pratiques de street-art, qu’ils soient dessinateurs, éditeurs, ou encore humoristes, qu’il soit, comme Claude Closky, artiste reconnu et exposé, tous ont choisi de créer avec comme matière première : la publicité.

Certains la combattent avec vandalisme, d’autres s’en inspirent pour écrire et composer. Certains s’amusent à la plagier avec humour et grossièreté, d’autres la défigurent, la déchiquettent et la transforment avec violence et esthétisme.

Si la publicité déchaîne les passions à travers le monde, c’est certainement parce qu’elle est au fond la métaphore la plus visible et la plus juste d’un capitalisme sauvage et dominant.

Après le détournement de samples, voici une série autour de l’art du détournement publicitaire.

Episode 5 : « Hara Kiri » (La parodie publicitaire dans la presse indépendante.)

Il m’a semblé indispensable d’introduire les longues années de sabotage humoristique de la publicité du journal Hara Kiri. Le provocateur Professeur Choron et Cavanna, responsables du journal, sont en France les précurseurs des attaques anti-publicitaires dans la presse populaire. Ils ont ouvert la voie à la critique, et ainsi désacralisé l’image moderne et sympathique de la publicité de leur époque. Le Professeur Choron raconte que les publicitaires considéraient le journal comme trop marginal pour y diffuser leurs messages marketing. Et que c’est la raison qui les a poussés à concevoir ainsi de fausses pages de publicités parodiées.

« La pub nous prend pour des cons, la pub nous rend cons » est le titre d’un ouvrage, sorti en 2009, réunissant tout les détournements publicitaires publiés dans le Journal « Bête et Méchant », Hara Kiri de 1960 à 1985. On y découvre « le peigne à pointes BIC pour les chauves », la bouteille de bière « 33 Export, édition spéciale (en forme d’urinoir) », des chocolats Suchard « Fourrés aux guêpes vivantes », ou encore les suppositoires Signal « pour les gens qui n’ont pas de temps à perdre à se brosser les dents ». « Nous détournons le message et en mettons en évidence la pauvreté » explique Cavanna. Pour lui, « traîner dans la boue…tous les charlatanismes» stimulait la hargne et le rire, « indissociable l’un de l’autre ». Bien sûr tous ces détournements leur ont valu un certain nombre de procès. Pour autant l’équipe d’Hara Kiri ne se disait pas militante, au contraire et par provocation  le Professeur Choron déclara sur un plateau de télévision : « les militants sont tous des cons ». Bien sûr il s’agissait de provoquer des scandales mais surtout de provoquer le rire, car tous se considéraient, avant tout, comme humoristes.