Interview : Dinner At The Thompson’s

Pour la sortie de « Off The Grid » leur nouvel album, Dinner At The Thompson’s était en concert au Point Éphémère le 15 juin. Trendhustler a pu les rencontrer sur les bords du Canal Saint Martin juste avant leur live.

> Voir le compte-rendu d’Isidore

1/ Pour tous  ceux qui ne vous connaissent pas encore,  pouvez-vous nous faire une petite présentation de  Dinner At The Thompson’s ?

FabLive : DATT s’est formé en 2004, le premier album est sorti en 2007,  là on est en 2010 et on sort un nouvel album.
Lucille : Nous sommes un duo à la base, la formation originale est à deux, avec FabLive qui compose, produit et joue différents instruments et moi-même Lucille T, au chant et à l’écriture des textes. On est un duo franco-américain, si on peut dire « duo », personnellement, je ne suis pas très fan de ce mot.

Tu dirais plutôt quoi en fait ?

Lucille: A BAND, un groupe. Parce que quand tu dis « duo » pour moi c’est réducteur, mais les gens peuvent l’imaginer comme ça, ça marche aussi. Sinon, on a une nouvelle formation à 5, avec des musiciens qui s’appellent The Magic Bunch, « DATT & The Magic Bunch » et on tourne avec les 2 formations.

Cette autre formation c’est complémentaire ou c’est complètement différent ?

FabLive : C’est différent parce qu’il y’a des musiciens, la musique reste la même, mais avec des musiciens. Parce qu’à deux c’est plus électronique, c’est Mpc / Voix ou Guitare / Voix pour les morceaux acoustiques. Et avec le Band on retraduit un peu ce qu’on fait à deux, mais à part que tous les passages 70’s / 60’s qu’on peut avoir sur la Mpc, là, ils sont vraiment joués.

2/ Après le premier album qui a créé la surprise en 2007, on vous retrouve en 2010, avec votre nouvel album  » Off The Grid », comment se sont déroulées ces trois années ?

Lucille : On a tourné pendant 3 ans, aux Etats-Unis, au Canada, en Allemagne, en France. On a aussi eu l’occasion de faire des BO pour des films, parce que ça fait longtemps que Fabrice travaille dans ce milieu.
FabLive : On préparait le deuxième album tranquillement en live en fin de compte, parce qu’on avait déjà des morceaux d’avance, qu’on commençait à jouer à la sortie du premier album et voilà ça a évolué comme ça et là pareil sur scène on fait certainement des morceaux qui seront surement sur le troisième ou peut être jamais, on ne sait pas. On n’avance de toute façon, niveau compo, on est là. C’est plus, le temps de préparer l’album, au départ, on s’en est pas vraiment rendu compte avec Lucille, mais c’était un peu audacieux, du fait de faire jouer des musiciens, c’est pas pareil, ça ne demande pas la même production, on a même été chercher un orchestre symphonique, tout cela a demandé du temps, de la préparation. En plus, on a beaucoup, beaucoup, tourné, 300 ou 400 dates en 3 ans, donc beaucoup de temps passé sur la route.
Lucille : A deux on peut se permettre de bouger plus facilement, niveau logistique c’est beaucoup plus simple, donc on a pu bouger beaucoup sans organiser énormément les choses avant, donc c’est vrai qu’on a beaucoup bougé.
FabLive : Puis on est tous les deux impliqués dans le label aussi, ça demande du boulot, parce qu’on est producteurs de nos disques. C’est une autre facette de la musique, mais qui n’est pas négligeable, tout ça, ça demande du temps, voilà, 3 ans c’est un peu long, mais pour les prochains, je pense qu’on ne mettra pas 3 ans à moins qu’on se la joue à la Kubrick à sortir un album tous les 10 ans, comme D’Angelo d’ailleurs, 11 ans que tout le monde l’attend.

3/ Pour cet album on a pu remarquer la participation d’artistes, tels que Guilty Simpson ou Lee Fields, comment s’est passée cette collaboration ?

Lucille : Lee Fields on l’a rencontré pendant une interview,  je l’ai interviewé pour rendre service à un ami qui ne maîtrisait pas bien son anglais, du coup on était dans les loges et ils nous a demandé qui on était, on lui a dit qu’on faisait de la musique et il a écouté notre projet, le premier album n’était pas encore sorti. On l’a retrouvé le lendemain parce qu’il voulait nous revoir, il était à fond, par contre on n’a pas eu trop le temps de se connecter avec lui, il est vite reparti et ça ne s’est pas fait sur le premier album et sur le deuxième on l’a contacté. Il était super content de le faire, par contre son tarif n’était pas très « indépendant », bon, ce n’était pas non plus les 10 000 de Pete Rock, je lui dis (au téléphone) bon faut que je vois avec Fabrice et là il me dit : «Anyway, I wanna do the tracks with you guys, I love the song»
FabLive : Donc il l’a fait comme ça, il a dit qu’il s’occupait de tout, des studios, des prises. Ca nous a touché, parce que c’est un grand bonhomme ce Lee Fields et il m’a fait vraiment plaisir sur son dernier album, c’est une autre facette de ce qu’il avait déjà bossé avant, qui était plus de l’after beat à la James alors qu’il était plus dans la soul, pas mal, non, non, il est bien là!
Lucille : Et puis, Guilty Simpson et Insight, c’est par connexion, on est un peu dans le même son, on a des influences similaires puis ce sont des artistes qu’on connait depuis longtemps, qu’on suit.
FabLive : Notre disque est masterisé à Los Angeles, dans la famille Stones Throw, on a eu une connexion avec Guilty, on lui a envoyé le son et pareil, il a aimé et ça s’est fait. Ce sont  vraiment des coups de cœur, des gens qu’on aime beaucoup déjà, et des gens qui ont répondu à notre demande simplement.

Pouvez-vous nous en dire plus à propos du morceau « Different Beings » en duo avec Lee Fields ?

FabLive : Pour « Different Beings » avec Lee Fields, on voulait vraiment faire un duo à l’ancienne, des questions / réponses entre Lee Fields et Lucille avec un vieux son un peu quand même parce que tout est analogique, c’est sur bande, c’est pris à l’ancienne, on a fait ça dans les règles de l’art, tous les morceaux 70’s je les ai produits dans l’ambiance 70’s mais avec ma connaissance du beat making, c’est à dire les beats sont plus en avant, c’est un peu plus lourd, c’est pas le même mixage Motown avec la batterie bien derrière qu’on entend à peine, là la batterie est bien devant.

4/ Le dernier morceau de l’album « You are love » est très long, y’a un premier bonus, on dirait vraiment la fin d’un concert, avec un rappel, vous aviez du mal à terminer l’album ou à vous dire ça y est on arrête ?

Fablive : Non c’est pas ça, c’est que le morceau avec Insight « Beat The System » n’était pas facile à placer et parce que l’album en fin de compte on l’a conçu avec Lucille un peu comme un mix, c’est pour ça que tous les morceaux s’enchainent et le but c’était de commencer avec un son 2000 avec « How Can I », d’ailleurs j’ai fait une petite intro avant « How Can I » qui inconsciemment doit rappeler tout l’album, enfin j’ai essayé de mettre ce break soul, et en même temps de la pop,  et après des breaks plus jazz, pour annoncer tout ce qui vient après. Et donc du fait que c’était mixé comme ça, c’était vraiment un choix de terminer sur « Good Times » par contre « Beat The System » on voulait vraiment le mettre en morceau caché, c’était vraiment un truc à la base et vue que c’est un morceau pêchu je voulais terminer sur une note un peu plus easy et j’ai rajouté une petite interlude pour finir de manière un peu plus soul.
Lucille : Fablive a des centaines de prods, de compos dans son ordi. C’est incroyable, c’est un producteur très productif!
Fablive : On voulait faire un album long, c’était vraiment voulu, le troisième album sera beaucoup plus court, ça sera surement un 8 titres.

5/ On définit souvent votre musique comme : de la nu soul, du jazz, du funk aérien, de la trip-hop, de la soul avec des rythmes hip-hop. Finalement on s’y perd un peu. Comment vous définissez votre style de musique ?

Lucille : Future Soul
Fablive : la nu soul c’est fini un peu, déjà sur le premier album, je voulais éviter de tomber dedans. Après, tout dépend, comment on définit les styles, parce que ça, c’est vraiment un autre truc, mais bon la nu soul je vois vraiment le beat de rap, du Rhodes, à la Badu et voilà on chante avec des harmonies jazz. Sur notre premier album, y’a pas un Rhodes, dans le deuxième j’en ai mit plein, parce que la nu soul est morte justement donc voilà.
Mais c’est sûr que nos influences sont soul, funk, Stones Throw, Warp dans les trucs électro, on est très ouvert, après, notre background c’est Bob Dylan, même les Smith, les Cure avec Lucille on est passé par tout.
Lucille : Justement à la base, Fabrice voulait faire un collectif, on était beaucoup de gens, environ 11 personnes, et on a commencé à jouer, « bon alors c’est quoi le style ? Ecoute, on va voir, on va faire la musique ».
Fablive : C’est un peu la voix de Lucille qui trouble le tout, parce qu’elle est soul mais elle a ce côté pop dans la voix qui rappelle parfois Portishead, après quand elle va chanter jazz elle va être plus dans du Billie Holiday, donc voilà, ça créé de l’ambiguïté. C’est ce que j’ai adoré quand je l’ai rencontré, parce que je trouvais qu’il y avait plus de personnalité à chercher un peu ailleurs, créer un mouvement autour de la soul, de la pop, de la trip hop mais plus swing que Portishead parce que Portishead ça swing pas vraiment. C’est vrai que notre travers est quand même énormément groove, et soul ça c’est sur. C’est à dire que c’est moins rock, c’est plus du côté chaud que du côté rock vénère où ça envoie.
Lucille : Mais si tu as une idée de style tu peux nous dire aussi ?
Fablive : C’est peut être le renouveau de l’Acid jazz aussi, je ne sais pas…

6/ Qu’écoutez vous en ce moment ?

Fablive : J’aime beaucoup Georgia Anne Muldrow, après, je suis des artistes comme, Flying Lotus, le label Warp. Après évidemment, je suis un collectionneur, donc je suis à la recherche et je trouve toujours des choses, là par exemple, je suis tombé sur un morceau de Hank Ballard de 68, produit par James, je suis tombé par terre, donc je me suis fait la totale Hank Ballard. Après dans les artistes nouveaux on a joué avec un groupe en Croatie, que j’écoute de temps en temps « Little Dragon« , c’est un groupe que je suis d’assez près aussi. La chanteuse a vraiment du talent, ils ont truc un peu rock pas vraiment dans notre mouvance, mais je trouve que dans leur style ils ont apporté un petit truc, c’est intéressant. Sinon on suit toujours Madlib et Guilty Simpson évidemment.
Lucille : Erykah Badu, son dernier album, Georgia Anne Muldrow, Sa-ra Creative Partners. Après ça bouge tellement les disques à la maison qu’on ne s’arrête pas sur un artiste, là on est dans « The Velvet Underground », parce qu’on a un ami chez nous en ce moment, qui adore ce groupe et les Beatles aussi et ça fait du bien.
Fablive : Et je me rends compte que les albums que j’écoutais quand j’avais 15/16 ans et quand j’étais admiratif de tous ces groupes, The Cure, Les Smith, toute cette vague new wave, Joy division, Velvet, Television, j’avais raison de les écouter parce que c’était vraiment terrible. Et y’avait déjà du hip hop dedans, on entend des boucles de Velvet, on a l’impression que c’est du MadLib sous acides.

Dinner At The Thompson’s « Off The Grid » (Earth At Work / Bonne Pioche / Discograph). Sortie le 14 juin 2010. Avec la participation exceptionnelle de Guilty Simpson, Lee Fields, Insight & The Magic Bunch.


Dinner At The Thompson’s on tour


16 Juillet : La Maroquinerie / Paris
21 Septembre : La Maroquinerie / Paris

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1 Réponse

  1. 18 janvier 2011

    […] vous commencez à les connaitre sur Trendhustler. On vous en a parlé déjà, une fois … ou deux… Ils font encore parler d’eux. Du fin fond des USA, où ils sont en tournée en ce […]

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