Interview : Isolée

Isolée était à Paris à l’occasion du FESTIVAL KATAPULT et de la sortie de la très agréable compilation du même nom. Il a eu la gentillesse d’accorder une interview pour TrendHustler dans laquelle il nous parle de sa pratique et de ses projets à venir.

L’interview d’Isolée pour TrendHustler :

Pourquoi as-tu choisi ce pseudo : « Isolée » ?

A chaque fois c’est dur à expliquer. Je vis en Allemagne et je ne voulais pas que mon pseudo signifie quelque chose d’immédiat. J’ai choisi ce pseudo surtout parce que j’apprécie la sonorité qu’il dégage mais aussi pour des raisons esthétiques, la manière dont ça s’écrit. Si je travaillais en France je n’aurais certainement pas choisi ce mot. Sa signification ne me dérange pas, mais je ne l’ai pas choisie pour cela.

Et pourquoi est-il écrit au féminin ?

En fait ce qui m’intéressait, c’était de déconnecter ce pseudo de ma personne. Je ne veux pas qu’on dise, c’est le personnage et il se définit comme ça. Je n’ai rien programmé, j’aime l’idée que chacun y mette la signification qu’il veut.

Comment as-tu commencé à faire de la musique électronique ?

J’ai commencé à bidouiller vers l’age de 15 ans, un peu comme tout le monde. Je ne m’imaginais pas gagner ma vie avec. Et puis j’ai lâché mes études et les petits boulots que je faisais quand j’ai commencé à vivre de ma musique, c’est-à-dire quand j’ai sorti mes productions sur Playhouse. Ce que j’aimais avec la musique électronique, c’est que tu n’as pas besoin d’être un musicien pour produire ta musique. Tu peux créer des choses sans être limité par des raisons techniques ou des connaissances musicales. Au début je ne voulais pas faire de live, parce que pour moi qui ne joue pas d’instrument, je pensais que ça n’avait pas trop d’intérêt, surtout quand on fait de l’électro. Et puis finalement j’ai commencé à accepter des lives pour pouvoir vivre sans avoir besoin de faire des boulots à côté. J’en avais ras le bol de ces jobs.

Quelles sont les différentes étapes lorsque tu produis un morceau ?

Je n’ai pas vraiment de concept efficace ou un truc qui fonctionne à chaque fois lorsque je produis un son. Parfois j’ai l’impression qu’aujourd’hui l’ordinateur est tellement puissant qu’il n’y a plus de limite dans la production et parfois j’ai l’impression que ça complique un peu la tache et que c’était plus facile lorsqu’on était limité par la technologie. Et puis je suis un peu perfectionniste et je mets très longtemps pour finir un morceau ; parfois même je n’arrive pas à les finir, je n’en suis jamais satisfait. Avant je produisais de manière plus irréfléchie et c’était plus facile. Aujourd’hui je passe par mille étapes et mille versions différentes d’un même morceau et souvent la meilleure n’est pas la dernière mais une bien avant.

J’ai une très grande base de donnée d’archives, je ne commence jamais à zéro. J’ai plein d’idées dedans, des thèmes, des séquences que je vais réutiliser, retravailler.

Comment et avec quel matériel travailles-tu ?

J’ai un studio chez moi et je trouve ça très agréable de travailler à la maison, parce que dès que tu as une idée tu la mets en place. Et puis je suis passionné par les machines donc j’en ai acheté pas mal. J’ai aussi plein de synthétiseurs analogiques que j’enregistre et que je retravaille dans l’ordinateur.

J’aime donner l’impression que je joue ce que je produis. Je ne travaille pas intuitivement mais le but est de donner l’impression que les sons ont étés joués comme cela, à la volée.

Te sers-tu toujours de la voix dans tes productions ?

Oui, je continu de travailler avec. Mais avant je ne me prenais pas la tête avec les voix, ça venait comme ça, et maintenant que je fais de la musique, disons, de manière professionnelle, c’est plus difficile. Je commence à avoir une pression concernant l’attente du public. Ça enlève un peu le côté léger, naïf que j’avais au début. J’aime donner à la musique électronique, un côté enregistrement analogique, comme si on entendait plus la machine. Je cherche à donner une esthétique de l’espace, que ça fasse un peu live. Je m’inspire des musiques comme le Dub, et je me sers souvent de vieux effets, de veilles reverbs (ndlr. effet d’écho, très utilisé en Dub). J’aime que le rendu final ne paraisse pas trop propre.

Que préfères-tu entre produire et faire des lives ?

En général, je préfère produire, mais c’est important de faire des lives parce que produire c’est vraiment un truc très, très… isolé. (Rires)

Ce qui est difficile, c’est l’extrême entre les deux. Je ne suis pas quelqu’un de très à l’aise sur scène, et même avec le temps je ne m’y habitue pas vraiment.

Préfères-tu l’état d’esprit club ou celui d’une salle de concert ?

J’aime bien l’état d’esprit club. Même si parfois quand on me fait jouer à 5 heures du matin, ça peut aussi bien être génial que pas du tout adapté. Parfois le public est dans un état où le DJ est plus adapté que mon live, mais c’est mon point de vue subjectif.

Comment  passes-tu du home studio au live ?

Le live pour moi a toujours été compliqué à envisager, car je ne suis pas quelqu’un qui sait improviser. Du coup mon approche du live se joue surtout dans le mix et dans les effets que je vais ajouter aux différentes pistes. C’est un peu comme si j’étais l’ingénieur du son de mon propre groupe avec une liberté plus grande bien sûr. C’est un peu du remix de mes propres morceaux.

Avec quel matériel joues-tu en live ?

Un ordinateur portable , une télécommande midi , et surtout une table de mixage multipiste. Je sors souvent mes sons en dix pistes différentes que j’envoie sur la table de mixage et c’est sur cette table de mixage que je joue surtout en live. J’aime bien l’idée qu’on peut se détacher de l’écran d’ordinateur. Mes sets sont préparés à l’avance, je les connais presque par coeur et la table de mixage me permet d’oublier, de prendre de la distance avec l’ordinateur.

Penses-tu qu’il est difficile de rendre la musique électronique vivante en live ?

Ajouter des effets visuels ou autres pour rendre la musique plus vivante, mettre en spectacle est plutôt un effet de style, mais la musique n’en est pas plus vivante. Je n’aime pas qu’on charge trop, la musique est déjà souvent trop chargée puisqu’elle est remplie de codes de type breaks, montée… On joue toujours un peu de ses codes, mais le tout est de trouver la bonne dose. Avant je ne réfléchissais pas à ces codes, aujourd’hui ils font partis de ma musique de manière involontaire. Quand je vais en club, j’aime entendre des sons où ses codes sont effacés et qu’il y ait une certaine tension crée par l’attente.

Quels sont tes projets à venir ?

Il y a un album qui devrait sortir en janvier sur le label Pampa de DJ Koze. En ce moment, je finis les détails mais le gros de l’album est prêt.

 

Comment se font tes pochettes de disque ?

J’aime bien coopérer avec un artiste ou un graphiste qui se charge de la conception de la pochette. Pour le deuxième album, c’était Stefan Marx. Je lui ai laissé carte blanche, je préfère ne pas intervenir dans son travail. Mes idées n’ont pas de valeurs, je ne suis pas graphiste. Je veux qu’il développe sa propre idée par rapport à la musique.

Quels sont tes coups de cœur du moment ?

Récemment, j’ai beaucoup accroché sur « Hubble» du groupe Actress. Il y a une approche intéressante et abstraite de la composition. Le premier album de Caribou aussi m’a bien plu.

Mais à vrai dire j’écoute un peu de tout, de la musique indienne au flamenco. Il y a parfois plus de liens entre deux sons de différents genres qu’entre deux sons d’un même genre.

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1 Réponse

  1. 11 mars 2013

    […] Revoir  l’interview TrendHustler d’Isolée […]

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