JAMAICA NICE #3 : BURNING SPEAR “Spear Burning Productions 1975-1979″

Pour ceux qui s’y connaissent un tant soit peu, quand on dit Burning Spear,  on pense directement à çà :

Cette scène mythique, où Horsemouth, le génial batteur galérien qui vient de se faire voler sa nouvelle moto [NDLR : càd toute sa vie !], vient retrouver le Spear pour qu’il lui donne de bonnes vibrations.
Ce passage est extrait du film “Rockers”, LE classique pour tous les amateurs de reggae, LE film qui restera s’il ne devait en rester qu’un, le testament d’une géniale génération, cristallisant l’âge d’or de la musique jamaïcaine…

Burning Spear représente pour le reggae tout ce qu’il y a dans cette scène : l’émotion, la sérénité, la lutte, la spiritualité, la voix, la vibration, la tendresse, la détresse, la rage contenue, la joue tendue…

Il faut dire que Burning Spear est une légende incontestée de la musique, un prophète et un visionnaire musical.
Winston Rodney, seulement 22 jours avant Bob Marley, ce dernier l’intronisa dans le milieu de la musique en 1969 en lui obtenant une audition chez Studio One.

Une petite anecdote intéressante au passage, Winston décida alors de prendre un pseudo et de rendre hommage par la même occasion à Jomo Kenyatta. Né sous le nom de Kamau wa Ngengi en 1894, Jomo Kenyatta, est le personnage politique le plus important de l’histoire du Kenya. D’abord chef du parti politique Kenya African National Union (KANU), premier ministre élu puis premier président kenyan (1964 – 1978), il est perçu par beaucoup comme l’homme qui a su conduire le Kenya à l’indépendance. Combattant de la liberté en Afrique considéré comme le père de la nation kényane, son nom signifie javelot flamboyant du Kenya, qui se traduit en anglais par Kenyan’s Burning Spear.
Cette anecdote montre combien Winston Rodney s’attachait à chanter contre l’esclavagisme, la discrimination, et à defender les valeurs prônées par Marcus Garvey et autres Martin Luther King.

Burning Spear a enregistré plus de 30 albums sur différents labels, d’Island à EMI en passant par Heartbeat ou son label Burning Spear Productions, ici mis en avant par le biais de trois morceaux extraits d’une compilation de singles sortis entre 1975 et 1979.

« Éponyme, cet album fait très clairement allusion au soulèvement des Mau-Mau au Kenya durant les années 50-60 et offre un accès nouveau à des bandes réalisées au milieu des 70′s, alors que Winston Rodney avait été découvert peu de temps auparavant par le légendaire producteur de Studio One, Clement “Coxsone” Dodd. Après avoir fondé son propre label en 1975, Burning Spear enregistre moult morceaux publiés entre cette date et 1979, essentiellement sortis en 45 tours et difficilement trouvables hors des frontières jamaïcaines. C’est à ce trésor qu’a eu accès le label Pressure Sounds dont le travail d’archiviste (le livret est richement illustré par les plus grands photographes de l’histoire du reggae) révèle Burning Spear en tant que producteur sans concession, à un des sommets de sa carrière (l’autre étant le superbe et célèbre Marcus Garvey) » *

Le titre « Free Black People » est un des exemples les plus représentatifs de son chant si particulier, sur un riddim sonnant comme une complainte à la mélancolie  exacerbée.
Le riddim est tellement beau à mes oreilles qu’il fallait que je vous fasse également partager « Thanks & Praises », la version discomix [NDLR :vous vous rappelez ? le fait que le morceau original soit enchainé avec la version dub !] d’un de ses protégés, Phillip Fullwood (qui aura accompagné Burning Spear sur bon nombre d’enregistrements et de tournées).
Et pour finir ce post sur une note plus enjouée, je vous propose le morceau éponyme « Spear Burning », plus uptempo , afin de commencer la journée avec le sourire…

Comme d’habitue, en dessous des vidéos, les crédits des musiciens qui ont participé à l’enregistrement. Vous noterez au passage le All-Star qui jouait derrière Sir Rodney à l’époque : Sly & Robbie, Familyman Barrett (des Wailers), Horsemouth (sus-cité quant à “Rockers”) Earl Chinna Smith

Et un petit cadeau en bas de post…

Jah Babylone !

* source Amazon.fr (Hervé Comte)

BURNING SPEAR “Free Black People”

PHILIPP FULLWOOD “Thanks & Praises (discomix)”

BURNING SPEAR“Spear Burning (discomix)”

ALBUM CREDITS :

BURNING SPEAR “Spear Burning (Spear Productions 1975-1979)”
Label : Pressure Sounds
Record date : 1975-79
Release date : 2001

All songs written by : Winston Rodney
Recorded at : Harry J Studio (engineer : Sylvan Morris) & Joe Gibbs Studio (engineer : Errol Thompson). Kingston, Jamaica.
Musicians :

  • Lowell “Sly” Dunbar – drums
  • Leroy “Horsemouth” Wallace – drums
  • Aston “Family Man” Barrett – bass
  • Robert “Robbie” Shakespeare – bass
  • Michael “Ibo” Cooper – keyboards
  • Bernard “Touter” Harvey – keyboards
  • Earl “Wire” Lindo – keyboards
  • Valentine “Tony” Chin – guitar
  • Donald “Roots” Kinsley- guitar
  • Bertram “Ranchie” McLean – guitar
  • Earl “Chinna” Smith – guitar
  • Bobby Ellis – trumpet
  • Richard “Dirty Harry” Hall – tenor saxophone
  • Herman Marquis – alto saxophone
  • Vincent “Don D Junior” Gordon – trombone
  • Winston Rodney – congos, percussion
  • Phillip Fullwood – congos
  • Noel “Skully” Simms – percussion
  • Uziah “Sticky” Thompson – percussion

Et parce que cet album est un incontournable, voici la pochette (avec un petit lien de téléchargement quand on clique dessus, mais chut!)

4 Comments

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  2. Pingback: TrendHustler | JAMAICA NICE #5 : CULTURE “Too Long In Slavery”

  3. HAKX

    Tout d’abord merci pour ce bel article
    très instructif.

    J’ai enfin réussi à savoir,après 30 ans
    d’écoute de reggae, d’où lui venait le
    nom de Burning Spear.

    Je me suis longtemps posé la question
    sans jamais avoir acces à l’infos.

    Merci.

    Si cela fait plaisir de découvrir un
    blog “artistique” qui fait sa place
    au reggae il y a tout de même un petit
    bémole à tous ça.

    La fin m’a un peu glacé, parce que
    généralement à chaque fois qu’on parle
    de reggae et des rastas il faut toujours
    qu’on est une pointe d’ironie à leur
    égards.

    Comme si le reggae & les rastas n’étaient
    pas sérieux et prêtaient tout le temps
    à être risible.

    Et pourtant, le reggae est une musique
    qui fait vibrer pas mal de gens
    lorsqu’ils comprennent le sens.

    La preuve en est, vous.

    Pour une fois, je me disais, voilà un
    site non spécialiste qui nous prend au
    sérieux et vlan à la fin je tombe des
    nus.

    Je ne sais pas si c’est une moquerie
    ou une maladresse de votre part lorsque
    vous terminer sur un Jah Babylone
    foudroyant.

    J’opte plus pour la deuxieme solution.
    Non obstant le sérieux de l’article
    qui est de qualité, par ailleur vous
    discréditez le message que vous avez
    voulu faire passer par l’utilisation
    d’une expression que semble t-il vous
    ne maitrisez pas.

    Et pourtant, vous semblez bien maîtriser
    la culture reggae et ses codes.

    C’est pour cela que j’ai été surpris
    par cette fin brutale et hors de
    propos.

    Si seulement vous saviez ce que Jah
    veut dire et Babylon je pense que vous
    n’auriez pas fait cette boutade même
    pour rire. (si tenté est que vous
    respectez cette culture et que vous
    l’aimiez tel que vous le decrivez à
    travers vos articles.)

    Venant de quelqu’un qui semble aimer
    le reggae et en parle avec tant de
    conviction c’est surprenant.

    Et si par conséquent vous l’avez fait
    volontairement c’est que vous n’avez
    rien compris au message rastas (je
    parle des vrais)et encore moins de la
    musique. Comme bons nombre d’occidentaux
    (français) qui écoutent et disent
    apprécier le reggae.

    Alors rectifions:

    Si c’est un salut que vous voulez
    exprimer vous pouvez dire

    simplement, Jah ou Rastafari (se lis
    rastafaraye en anglais jamaicain)
    ou les deux combinés comme ceci Jah
    Rastafari.

    Sinon vous pouvez dire, Selah ou
    Selassie I (se lis silaciaye en patois
    jamaicain)

    Vous pouvez encore dire, Selassie I live
    (comme ça se prononce selaciaye live).

    Mais en aucun cas on ne peut combiné
    Ni Jah ni Rastafari ni aucun autre des
    noms que je vous ai citer auparavant
    d’avec Babylone.

    Car cela sonne comme une insulte aux yeux
    des rastas.

    JAh Babylone veut dire que Jah “le dieu
    des rastas” est un Babylonien.

    Babylone represente tout ce qui a de plus
    mauvais dans la societe de consommation
    à l’occidentale. La corruption,
    la méchanceté,le matérialisme à outrance,
    l’exploitation,la domination de l’argent
    et du monde de la spéculation financiere
    que les rastas récusent et rejettent et
    pour cause…

    Parce que Babylone affame le peuple,

    Alors vous comprenez mieux ma surprise de
    fin de lecture?

    J’espere que c’est le cas.

    je vous remercie encore pour ce belle
    article qui m’a tout de même fais plaisir.

  4. Chrales

    Bien sûr que nous connaissons et respectons la culture rastafari (Muchas Matthias est un expert de looooongue date), mais nous mettons aussi un point d’honneur à ne rien prendre au sérieux!
    Désolé que tu aies été choqué, mais un peu de stéréotypes et d’auto-dérision, c’est bon pour que personne ne se prenne au sérieux. On aurait été tout aussi capables de faire un jeu de mots avec “incha’allah” ou “namaste”. Il ne faut rien y voir de choquant.
    En tout cas, merci de tes retours, j’espère que tu continueras à apprécier le blog!

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