JAMAICA NICE #5 : CULTURE “Too Long In Slavery”

Il fut un temps, dans une Angleterre en crise  où la Dame de Fer mettait à mal les minorités. De l’oppression naquit la résistance, et on le sait, plus l’oppression est violente, plus la résistance est déterminée, et plus l’expression artistique  se radicalise… Et le punk était roi, à faire cracher les haut-parleurs en guise d’exutoire…
On est à la deuxième moité des 70s. Malcolm McLaren venait de dégoter Johnny Rotten pour compléter ses Sex Pistols, le groupe qu’il manageait. Les Clash eux aussi venaient de débaucher Joe Strummer de ses 101ers de comptoir. Et les soirées punk de rassembler tous les laissés pour compte de la société..
En 1977, la plupart des groupes punks se produisent au Roxy où Don Letts, le selector, jamaïcain, officie. Et par manque de disques punk à diffuser, c’est tout naturellement que le vinyle craque au son du reggae…  Et ce fut le début du rapprochement entre ces deux styles de musique, emmené par le morceau reggae “Two Sevens Clash” du groupe Culture, sorti cette même année.

Ce morceau, fondé sur la prédiction de Marcus Garvey annonçant le chaos l’année où les 7 se rencontrent [NDLR : 1977], outre l’impact sur la population jamaïcaine (qui, superstitieuse au possible, se terra chez elle le  7/7/1977, stoppant ainsi l’économie pendant toute une journée!), ce morceau donc eut un véritable impact sur la jeunesse anglaise de l’époque ! Déjà ouverte aux cultures émergentes brassées par leur héritage colonial, cette jeunesse métissée et oppressée  s’appropria le morceau et l’érigea en hymne, sur-sensibilisés au message chaotique imagé dans ce lent brûlot.

Voilà, tout simplement, l’impact qu’eut un groupe comme Culture, emmené par son leader charismatique Joseph Hill.

Pour faire bref, Joseph Hill débuta sa carrière en 1971 chez Studio One avant de monter ce groupe, un des fleurons des trios vocaux du roots des années 70. Très influencé par le mouvement rastafari et l’Afrique, Joseph Hill sortit une trentaine d’albums sur près de trente ans, enregistrant notamment pour les producteurs Joe Gibbs ou Sonia Pottinger.

En signant chez Virgin en 1977 et en sortant dans la foulée son premier album “Two Sevens Clash”, le groupe s’offrait ainsi la possibilité de dépasser les frontières de l’île, sans imaginer l’impact qu’il aurait a des milliers de kilomètres de là.

La prolifique carrière du groupe dura jusqu’à la mort de son leader en 2006, même si son fils Kenyatta [encore une référence au père de la nation kenyane. cf. Jamaica Nice #3 : Burning Spear] reprit instantanément le flambeau, en poursuivant la tournée en cours.
Pour plus d’informations sur Joseph Hill et ses acolytes, je vous invite à lire l’article sur ce skyblog, ma foi, très intéressant !

Culture est reconnu pour avoir, contrairement à de nombreuses autres formations, presque toujours sorti des albums dont le son est resté ‘roots’, ce qui en faisait une référence des groupes de reggae encore en activité dans les années 2000 aux côtés de Burning SpearIsrael Vibration ou The Abyssinians“. *

Enfin, il est important de souligner que “Culture est le seul groupe ayant produit plusieurs albums à avoir obtenu 5 étoiles dans la première édition du Rolling Stone Record Guide”. *

Quant à moi qui n’ai ni connu la révolution punk en Angleterre ni l’émergence de ce groupe, je vous propose de découvrir le morceau “Too Long In Slavery”, très représentatif des convictions de Joseph Hill, extrait de l’album “International Herb” sorti en 1979.

Pourquoi ce morceau me direz-vous ? Tout simplement parce que c’est un de ceux dont la mélodie et le chant pleins de souffrances me touchèrent beaucoup lors de mes premiers émois reggae.

Vous retrouverez évidemment les crédits en bas de post, ainsi que l’album à télécharger !

Jah Babylone !

* source Wikipédia


Too Long In Slavery :

Credits “Too Long In Slavery”:

Recorded at Treasure Isle Studios, Kingston, Jamaica
Engineer - Errol Brown
Producer - Sonia Pottinger
(P) 1979 Virgin Records Ltd.

Culture is Joseph Hill on lead vocals, along with Albert “Ralph” WalkerKenneth Dayes (aka Roy S. Dayes) on backing vocals.
Musicians are The Revolutionaries

Alto Saxophone - Herman Marquis
Bass - Bertram “Ranchie” McLean
Congas - Harry Powell
Drums - Mikey RichardsSly Dunbar
Guitar - Radcliffe “Dougie” Bryan
Percussion - Sticky
Tenor Saxophone - Dean Frazer
Trombone - Nambo Robinson
Trumpet - Clive Hunt

En bonus, le deuxième album du groupe “Baldhead Bridge”, enregistré en 1978 !