Interview : GREGOS

« Agé de 38 ans, Gregos a grandi en banlieue nord de Paris (Gonesse, Villiers Le Bel). Il fait ses premières armes dans le Tag et le Graffiti à la fin des années 80, début 90. C’est après un séjour de 2 ans à Athènes en Grèce, de 1995 à 1997, qu’il se met à la sculpture, puis au moulage.

De retour en France il ne cesse d’expérimenter, d’appendre et de créer. En 2003 il décide de partir pour Boston aux États Unis pour une période de 3 ans, où il se met à la peinture acrylique et à l’huile.

En 2006, il revient sur paris et retourne vers son premier amour : l’art de rue. C’est à Montmartre dans le 18ème ou il réside maintenant qu’il décide de participer à cet art de rue présent dans ce quartier. Il invente sont propre concept 3D regroupant toute les techniques qu’il utilise et a appris ces dernières années, et réalise une réplique à l’identique de son visage tirant la langue, ou souriant, qu’il peint et se met à coller à travers Paris. Chaque visage est en quelque sorte un autoportrait, lui permettant d’exprimer dans la rue ses humeurs, ses colères, ses joies, ce qu’il aime ou déteste, tout ce qui représente Gregos.

A ce jour, plus de 230 pièces ont déjà été installées, la plupart sur Paris, mais aussi Lille, Lyon, Marseille et sur L’ile de Malte. L’invasion du monde est en route ! »

Gregos by Isidore

Naturellement l’équipe de Trend Hustler a voulu en savoir plus :

 

TH : Cela fait quelques années maintenant que l’ont peut découvrir tes masques à travers Paris. Qu’elle a été ta démarche au départ de ce projet ? Comment en es-tu venu au Street Art ?

Gregos : « J’ai collé mon tout premier visage en 2006, pour répondre artistiquement à de jeunes étudiants en musique, qui lorsqu’ils sortaient de leurs cours, squattaient dans l’impasse ou j’habitais à Pigalle, pour discuter bruyamment jusqu’à tard le soir. J’ai tout simplement collé la reproduction de mon visage, en plâtre et tirant la langue, là ou ils squattaient.

Le lendemain, alors que j’étais en train d’en prendre une photo, l’un des jeunes était présent, et m’a demandé si j’étais l’auteur de ce visage. Je lui ai répondu que oui. Pourquoi ? M’a t il demandé. Je lui ai dis la raison, nous avons discuté un moment, et les tapages nocturnes ont cessé.

Puis j’ai surpris 3 personnes se prendre en photo avec le visage. J’ai trouvé ça cool, alors je me suis amusé à en coller un 2 ème, puis un 3 ème, un 4 ème, un de temps en temps.

J’étais heureux d’avoir retrouvé ces sensations que je ressentais lorsque je tagguais ou graffais dans mon quartier de Gonesse ou Villiers le Bel en banlieue Nord de Paris, fin 80 début 90. Ces débuts dans le graffiti m’ont permis de m’intéresser à d’autres techniques.

C’est après un séjour de 2 ans a Athènes en Grèce, que je me suis mis à la sculpture et au modelage. C’est en voyant la précision des sculptures grecques qui me donna envie de me tester, savoir si j’étais capable de sculpter un visage ou autre.

Puis afin de reproduire mes réalisations, j’ai appris différentes techniques de moulage, me permettant de réaliser aussi des empreintes aussi vraies que natures, plus vraies que les statues grecques.

En 2003, je suis parti pour Boston aux USA jusqu’en 2006, c’est là bas que je me suis testé à la peinture acrylique et à l’huile, encore une fois pour tester mes compétences, les résultats m’ont poussé à continuer.

A mon retour en France, sur Paris, j’ai commencé mon art de rue, qui a surtout prit de l’ampleur en 2007, juste après les élections. J’avais envie de m’exprimer artistiquement dans la rue, au travers de ce visage, qui tire la langue à la société. »

TH : Ton masque est la réplique exacte de ton visage. Pourquoi as-tu choisis l’autoportrait ? Penserais-tu utiliser des visages d’autres personnes ?

Gregos : « Oui c’est la réplique exacte de mon visage, ma signature, mon tag, je les peins selon mes humeurs.

Je ne pouvais pas installer le visage de quelqu’un d’autre, et ne le ferais pas même aujourd’hui. »

TH : Tes masques sont très expressifs et nous rappellent les sculptures de Franz Xaver Messerschmidt. Cet artiste a-t-il eu une influence sur ton travail ?

Gregos : « A vrai dire, je n’ai connu le travail de Franz Xaver Messerschmidt qu’après le début de mon art de rue, mais je regrette de ne pas avoir vu ses sculptures avant, c’était un maître, et les expressions de ses sculptures sont saisissantes. Maintenant je peux m’en inspirer.

Mes visages sont nés de mon histoire, des techniques que j’ai appris, et de mes humeurs. »

 

TH : Comment choisis-tu les lieux « d’accrochage » ? Tes masques sont très exposés car situés dans des lieux très fréquentés, mais aimes-tu parfois les « dissimuler » ?

Gregos : « Cela varie selon les endroits, j’aime beaucoup les murs non entretenus, pour leur redonner un peu de vie. Parfois je n’ai pas beaucoup de temps et je reste dans mon quartier, j’aime beaucoup Montmartre, mais aussi le quartier du Marais, Bastille, Saint Germain, Saint Michel… Il est vrai qu’au début j’installais ces visages dans des lieux de passage, mais a présent, je les dissimule un petit peu plus, ils sont souvent en coin de rue, et pas trop haut pour que les gens puissent se prendre en photo avec. »

TH : Le Street Art se démocratise, et du coup, il est victime de son succès. De plus en plus de gens s’approprient l’art de rue, en « subtilisant » les œuvres, d’ailleurs tes masques ne sont pas en reste. Comment prends-tu ce genre de comportement de la part du public ?

Gregos : « Les visages que j’installe dans la rue ne m’appartiennent plus, mais cela ne m’empêche pas de penser que les personnes qui volent des œuvres de rue, sont des égoïstes, se disent passionnés de Street Art, alors qu’ils ne sont que des profiteurs. Ils volent le seul art gratuit disponible aux personnes qui ne vont généralement pas dans les galeries ou musées. Mais cela ne m’arrêtera jamais, bien au contraire. »

TH : Sur ton site internet, tu proposes aux gens d’acheter tes masques, de les peindre eux-mêmes et de les accrocher dans leur ville, ou, de le faire pour eux dans Paris. Est-ce une opération qui fonctionne pour « l’invasion » d’autres villes ? Comment t’es venu cette idée de collaboration ?

Gregos : « Cette collaboration que je propose aux artistes, leurs permet effectivement de participer un peu au « Street art », aucuns d’entre eux n’a installé de visages dans leur pays ou ville, ce sera à moi de le faire pendant mes voyages. Ce qui les intéressent est d’avoir une de leur peinture installée dans Paris sur ce support qui est mon visage, c’est surtout pour cela qu’ils y participent.

Cette idée de collaboration m’a été suggérée par un artiste des US, Larry Willis avec qui j’étais en contact, le premier de la liste de mes collaborations. »

TH : On a pu remarquer que tes masques étaient « customisés » par d’autres artistes. S’agit-il d’actions spontanées sur les masques déjà dans la rue ? Ou s’agit-il d’une collaboration établie en amont de l’accrochage ?

Gregos : « Il s’agit des deux, certains artistes peignent les visages chez eux, d’autres (surtout des parisiens) redonnent un peu de vie aux vieux visages usés par le temps, merci a eux. Je préfère qu’ils les peignent, plutôt qu’ils les vols. »

Un grand merci à Gregos qui a gentiment accepté de répondre à nos questions!
Isidore et ChromaKey pour TrendHustler – http://www.trendhustler.com/

Site web Gregos

ChromaKey

Baby I'm the boss

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2 Réponses

  1. 14 décembre 2011

    […] me demandez pas qui est Gregos on en a suffisamment parlé sur Trendhustler. Et surtout parce que si vous voulez le découvrir ou faire connaissance avec lui il a décidé de […]

  2. 14 août 2012

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