ALMOST NOTHING, Anish Kapoor

© anish kapoor @ kamel mennour gallery

Lorsque l’on pénètre dans la première salle de l’exposition «Almost Nothing» de l’artiste plasticien Anish Kapoor à la galerie Kamel Mennour, notre première réaction est de se dire : « Qu’est que c’est que cette arnaque, il n’y a rien à voir! ». En effet, on se retrouve dans une grande salle entièrement blanche. Du sol au plafond en passant par les murs, tout est d’un blanc impeccable ! Un simple petit cartel nous annonce le titre de l’œuvre Sister. En même temps, cela parait un peu gros et « déjà vu » de ne rien exposer, de présenter une salle vide (comme l’avait notamment fait Yves Klein, une des référence chère à Anish Kapoor, avec l’Exposition du vide en 1958). Et puis le titre de l’exposition étant « Almost Nothing » (presque rien), on se dit qu’il faut chercher, il doit forcément y avoir un petit quelque chose, quelque part… Alors on se frotte les yeux, et on commence à se déplacer dans l’espace à la recherche d’indices. En se rapprochant du mur le plus éclairé, on pense percevoir quelque chose, mais on ne sait pas vraiment quoi. Puis on se met à marcher comme un crabe face à ce mur intriguant quand soudain nous apparaît une cavité creusée dans le mur, extrêmement lisse et douce. Surpris, on revient sur nos pas et la voici qui disparaît à nouveau. Ce creux bien réel, ne peut être perçu que dans certaines positions, sous un certain angle. Une fois découvert, ce creux nous perturbe étrangement. Il suscite un curieux mélange de fascination et de malaise. Taillé dans le mur, ce renfoncement nous apparaît fantomatique et vivant à la fois. Sa forme presque humaine nous  rappelle celle d’un nombril. Ce creux devient alors presque érotique et le spectateur peut avoir la sensation d’être dans une position de voyeur. Finalement, l’œuvre en tant qu’objet n’existe pas car elle est fondue dans l’espace d’exposition. Elle n’apparaît à notre regard que par l’expérience résultant de notre déplacement dans l’espace. Expérience qui se révèle être un jeu malicieux entre le visible et l’invisible, entre le conscient et l’inconscient.

Même mystère, dans la salle suivante autour de Untitled, un carré rouge sombre (rouge sanguin) qu’on nommera peut-être un jour « rouge Kapoor » comme on dit aujourd’hui « bleu Klein». Au premier abord, le spectateur semble persuadé d’être face à un simple monochrome, mais en se rapprochant de l’œuvre il comprend qu’il s’agit également d’une cavité creusée dans le mur. Encore un trompe-l’œil, qui nous donne l’impression de voir une surface parfaitement plane alors qu’il s’agit en fait d’une petite caverne tapissée de peinture rouge. Une caverne, des illusions, on nage en plein mythe, nous dirait Platon. Anish Kapoor explique, au sujet de son travail, qu’il a cherché à savoir « si l’on pouvait faire de la couleur une sculpture ». On peut affirmer que oui, car ici même si le mur est creusé avant l’application de la couleur, c’est bien la couleur qui influe sur la perception de la forme. Ici le rouge nous engloutit, nous avale vers une infinie profondeur, nous plonge dans un vertige horizontal. Moins spectaculaire, mais dans la même thématique The Healing of St. Thomas nous présente une petite entaille dans un mur, une plaie imbibée du même rouge que celui utilisé pour l’illusoire monochrome. La dualité entre l’aspect mystique (soutenu ici par le thème religieux du titre) et l’aspect vivant de la couleur (qui donne une sensation de chaire humaine), semble être au centre des préoccupations de l’artiste.

Si Anish Kapoor captive, c’est parce qu’il transforme l’ordinaire, le banal (un mur) en extraordinaire, en figure pleine de vie dont les formes au contour humain prennent une dimension quasi-mystique. Chacune de ses œuvres est conçues comme une expérience physique à éprouver, le spectateur n’a d’autre choix que de se mouvoir pour chercher à percevoir. Et lorsqu’il pense avoir saisit l’œuvre, elle se dérobe aussi tôt. Une expérience physique à visée métaphysique !

ANISH KAPOOR « ALMOST NOTHING »

12 May to 23 July
kamel mennour
47, rue Saint-André des arts – 75006 Paris

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