Interview : Turnsteak

Après deux maxis autoproduits en 2010 (« Circuit Imprimé » et « Pollution Sonore »), une récréation plus ou moins officielle en 2011 avec le projet « One Remix A Month », Turnsteak dévoile enfin de nouvelles productions tout ce qu’il y a d’original. Et en vinyle siouplait !

Avec les six titres de ce « Drifting Away EP » paru sur ITD et disponible depuis ce matin, le duo Electro français s’offre une sortie une classe au dessus de la concurrence, (se) jouant désormais brillamment de l’improbable étiquette Glitch Hop qui lui colle aux miches en affirmant un son hypnotique, ambitieux et définitivement personnel.

Entretien avec Dam’s et FX, les deux membres de Turnsteak.

Trendhustler – Est-ce que comme moi vous avez le sentiment de proposer ici un son plus audacieux, plus affirmé et plus mature que sur vos précédents travaux ?

FX – Un son plus mature c’est clair, pour nous au moins. Le son définitif de Turnsteak, je ne pense pas, j’espère qu’on évoluera encore. Quoiqu’il en soit la sortie débarque et on en est content … je crois (rires) !?

Dam’s – On est content. On est curieux des retours aussi. On a beaucoup communiqué, beaucoup teasé autour de cette sortie via les réseaux sociaux entre autres avec de la vidéo, deux singles déjà, des remixs etc. On a principalement travaillé l’annonce du EP autour des titres « Kids Want To Fuck » avec Ira Lee et « Engrenage » et maintenant que le maxi complet est disponible, on est un peu impatient d’avoir du feedback sur les autres morceaux.

Et effectivement comme tu le disais du vinyle donc un vrai support, ça nous fait super plaisir. On sort sur ITD Records, un label allemand et un nouveau partenaire pour nous. On est plutôt content du travail accompli et on espère que ça va plaire, évidemment.

FX – On s’interroge aussi sur le travail de com’ qui a été fait, est-ce que ça va jouer sur l’accueil du maxi, est-ce que les gens vont écouter … en fait on est très impatient !

Dam’s – Ça bouillonne, ça bouillonne …

Trendhustler – En 2011 vous avez été très présents sur les scènes de France et d’ailleurs ; Au risque d’enfoncer une porte ouverte est-ce que le live a nourri la production de ce maxi, est-ce que ces dates, nombreuses, vous ont permis d’accoucher de quelque chose de déjà testé ou de plus abouti ?

FX – Oui, forcément. Le live t’aide forcément à te réorienter malgré qu’on ait pas beaucoup modifié notre live pendant les tournées 2011. Disons qu’on l’a affiné de plus en plus et ça nous a aussi permis de voir ce qui fonctionnait et ce qui marchait moins bien avec le public, avec les gens. Ça permet surtout de prendre du recul par rapport à son travail, ça c’est important pour avancer.

Dam’s – Sur le live on a trouvé de nouvelles astuces de transitions ou d’effets qu’on a ensuite incorporé dans les compositions en studio, au niveau des structures ça donne pas mal d’idée de faire de la scène. De ce point de vue là le live nous a beaucoup aidé, on a mangé pas mal de dates et ça nous a fait mûrir. On a commencé à trouver un son, un grain, quelque chose qui ne cesse d’évoluer certes mais c’est la direction dans laquelle on veut travailler pour l’instant.

Pour l’anecdote la dernière fois qu’on est venu en Belgique (soit pour les championnats DMC Belgium 2011 qui se sont tenus au mois de Septembre à Bruxelles -ndlr) on a testé le morceau « Drifting Away » pour la première fois, il a vraiment bien marché et quand on a revu la vidéo de notre prestation là-bas on a compris qu’il fonctionnait déjà. Pourtant on est toujours en train de le retravailler, de le peaufiner. Tout ça pour dire que le live nous permet de tester plein de trucs sur des morceaux bien avant qu’ils fassent notre actualité puisqu’ils sortent tout juste aujourd’hui.

FX – Il y a deux aspects complémentaires dans notre travail : le studio et le live. D’un coté on réinterprète complètement les morceaux pour la scène, de l’autre le live nourrit le travail de studio à travers de nouvelles manières de jouer qui enrichissent nos compositions. C’est grâce à ce jeu de va et vient qu’on avance.

Trendhustler – Vous dites que les dates de 2011 ont été réalisées sur un live qui n’avait pas tellement bougé, est-ce que tous les morceaux de ce nouvel EP sont intégré dans le live à présent ?

Dam’s – On est en plein travail en ce moment de restructuration du live pour arriver avec un truc plus étiqueté 2012. On a intégré plusieurs morceaux du EP dans le live, pas tous parce qu’on espère aussi travailler sur les remixs qui ont été faits par nos amis, en particulier sur le track « Engrenage ». On se trifouille un peu la tête pour savoir quels morceaux mettre et comment parce que s’il y a des tracks qui s’écoutent bien sur le maxi, on n’a pas encore réussi à les mettre en place correctement en live, les gens ne les sentent pas toujours. En considérant les remixs on voudrait bien intégrer quatre nouveaux morceaux, un peu plus de la moitié ce serait déjà bien.

FX – Lorsqu’on joue on essaye de proposer quelque chose de plutôt pêchu même s’il y a aussi des descentes et des moments plus calmes. Mais tous les morceaux ne correspondent pas forcément à l’idée de jeu en live.

Trendhustler – C’est vrai qu’il y a des pauses dans vos nouvelles compositions, des choses plus calmes et plus deep que ce qu’on avait eu l’occasion de rencontrer sur scène. Quel a été le processus pour arriver à ces morceaux qui font découvrir une identité Turnsteak différente, plus complète aussi peut-être ?

FX – Clairement pour ce projet de EP, on est parti avec l’idée de faire un truc sans concession. On est a un niveau où des gens commencent à nous suivre, on entend vaguement parler de nous, du coup on voulait s’affirmer, aller au fond des choses, sans faire de compromis, même si ça signifiait faire dans plus brutal ou plus calme et planant que ce a quoi on avait habitué le public.

Dam’s – Il y a des prises de risques. On a fait des choix, on a pris parti. Comme tu le dis dans le EP il y a de longs moments de transition un peu planant où ça n’envoie plus et ce qui est drôle c’est que comme on le disait tout à l’heure, ce sont des choses qu’on a d’abord travaillé pour le live, pour le faire respirer un peu, le faire redescendre avant de repartir derrière et qu’on a adapté par la suite en studio à nos compositions. Un peu paradoxalement les morceaux les plus deep du EP « Drifting Away » sont directement issus du live alors qu’on pourrait penser que c’est l’aspect du maxi le plus difficile à traduire sur scène.

FX – Un truc qui est vraiment important c’est de prendre du recul sur les morceaux, c’est quelque chose sur lequel on a beaucoup travaillé. Ça veut dire savoir mettre de coté un track, bosser autre chose et revenir sur le premier projet avec un regard frais pour se demander si les directions qu’on a prises sont les bonnes et modifier nos choix si on juge que ce n’est pas le cas.

Pour ce EP on a aussi beaucoup considéré l’idée d’identité générale du projet, la cohérence des morceaux qui devaient avoir un son unique. On ne voulait pas que ça donne l’impression d’un truc sans logique avec un son par ci, un son par là.

Dam’s – On a essayé de ne pas faire une compilation de six titres mais de développer une continuité entre les morceaux au niveau de l’intensité générale, des rythmiques, du grain et du traitement du son. On a voulu tendre vers un truc cohérent, ce qu’on avait pas forcément réussi à faire sur les autres projets. Après ça se ressent ou pas en fonction de qui écoute mais on a essayé et de là découle l’idée de l’identité Turnsteak et c’est ce qui nous paraît intéressant. On aurait pu se contenter de ne proposer que des tracks calibrés à la « Engrenage » avec une grosse basse derrière et un beat qui fonctionne plutôt pas mal mais on a décidé de partir sur les trucs un peu plus casse gueule qui nous tenaient à cœur.

On était à un stade où on faisait beaucoup trop de remixs. Les « One Remix A Month » c’est bien, on s’est éclaté avec ça, mais ce n’est pas de la production originale et j’estime que l’on devait aux gens qui nous suivent quelque chose de plus personnel.

Trendhustler – Vous parlez beaucoup de l’identité Turnsteak et vous revenez souvent sur l’idée de vous affirmer : avez vous peur d’être étiquetés trop live, d’être mal interprétés, mal compris dans vos intentions musicales ?

FX – Ce n’est pas tout à fait ça la question. S’il y a une appréhension d’abord c’est celle de voir le public ne pas accrocher. Là tu te dis forcément … perdu (rires) ! Non, le truc quand tu fais de la musique – et ça c’est pareil pour tous les groupes – c’est qu’on vient te voir pour te demander si tu as sorti un album, tout ça … Beaucoup de gens commencent à s’intéresser à un artiste une fois qu’il a sorti un album et on en est pas encore à ce stade là. Jusque là on y est vraiment allé à tâtons, on a sorti nos productions morceau par morceau, petit EP par petit EP. Là c’est le moment de s’affirmer clairement.

Dam’s – Là on vit vraiment la transition entre le EP et le l’album. On nous a proposé de travailler sur un long format et on a refusé parce qu’on n’est pas prêt. Turnsteak c’est un groupe en développement, on n’est pas très connu même si on essaye de faire parler de nous, de communiquer. Ça commence seulement à grandir et il n’y avait pas encore d’intérêt à sortir un album pour l’instant. On est quelque part entre le format single et quelque chose d’un peu plus long.

FX – On a vraiment le cul entre deux chaises : on peut faire du live mais on nous dit souvent qu’on est encore trop petit, qu’on n’a pas fait d’album, etc. Donc si on veut continuer à tourner il faut s’affirmer un peu plus et proposer plus de contenu.

Dam’s – Ce sont les compositions qui nourrissent le live et l’existence du groupe avec, c’est pour ça qu’il faut de temps en temps lâcher des projets comme ce EP. Évidemment ce n’est pas le seul objectif, on ne réfléchit pas que dans cette direction, c’était aussi une envie avec son lot de réflexions du genre est-ce que c’est le bon moment pour faire ça, est-ce qu’on ne va pas perdre de l’argent etc. Pour nous le projet est abouti et il nous plaît mais on reste assez curieux et assez stressé par les retours des gens. Le moindre signe d’intérêt qu’on nous porte, comme avec ton interview par exemple, nous rassure et nous conforte dans l’idée qu’on n’est pas à coté de la plaque.

Trendhustler – Si tout se passe bien avec ce maxi, financièrement et autres, est-ce qu’un album pourrait voir le jour d’ici la fin d’année 2012, début 2013 peut-être ? La proposition qu’on vous a faite tient-elle toujours ?

Dam’s – Complètement ouais. D’ici la fin 2012 ça risque d’être un peu court parce qu’on a d’autres projets de sorties sur d’autres labels. Pour l’instant ça avance moyen mais il y a de belles choses qui s’annoncent, un peu plus courtes mais sous d’autres esthétiques pour pousser et affirmer encore plus notre identité. Effectivement en 2013 ce serait bien d’accoucher enfin d’un album, ça prendra du temps surtout si les dates s’accumulent mais un premier long format pourrait bien voir le jour en 2013. J’espère.

Trendhustler – Les deux singles sortis depuis quelques semaines et qui annonçait la sortie de ce « Drifting Away » ont apportés deux nouveautés à l’univers Turnsteak : d’abord un lyrics original bien à vous avec le travail du MC Ira Lee sur le morceau « Kids Want To Fuck », ensuite un nombre conséquent de remixs par des artistes souvent réputés . Le travail à plusieurs à travers featuring et remixs, est-ce une autre de vos envies du moment ?

Dam’s – Oui. On a surtout travaillé sur le coté affectif dans le sens où les gens avec qui on a collaboré ou qui ont remixé nos morceaux sont des gens avec qui on s’entend bien, avec qui on a de vraies connexions. Ira Lee par exemple on a déjà joué avec lui, c’est le pote d’un pote et un mec qui déchire. On voulait un vocal et ça s’est donc fait facilement. Pour les remixs de « Engrenage » c’est un peu différent : XLII c’était notre contact quand on est parti au Japon et c’est par lui qu’on a eu la connexion avec Bass Science dont on aimait le travail. Il faut comprendre que tout ça concerne une niche minuscule dans laquelle un tel connaît un tel si bien que tu te retrouves assez vite connecté personnellement avec les différents acteurs de la scène. Et Troubl c’est quelqu’un avec qui on est en bon terme et dont on apprécie beaucoup le travail, on lui a donc proposé les pistes séparées pour voir ce que ça donnerait. Toutes ces collaborations se sont faites assez naturellement.

FX – Après c’est vrai qu’on avait mis sur un petit papier les gens qu’on aimerait voir bosser sur nos tracks, genre des grosses pointures …

Dam’s – On aurait bien aimé un mec de Glitch Mob vu que le label avec lequel on travaille était en contact avec dernièrement, ou Machinedrum, un truc un peu hype comme ça pour faire parler de nous. Et puis au final on est parti sur l’affectif et on trouve le projet assez cohérent tel quel.

FX – C’est comme pour la vidéo de « Engrenage », Lico, la personne qui l’a réalisée, est un ami qu’on a rencontré sur les concerts. Ça faisait longtemps qu’on voulait faire un truc ensemble et puisqu’on avait un un projet bien carré à lui proposer, on s’est dit que c’était le moment de faire un truc personnel, je reviens toujours sur cette idée mais c’est important.

Trendhustler – Personnel et bien cinglé, la vidéo en question est franchement perchée !

FX – Lui est complètement cinglé (rires) ! Mais c’était le moment de le faire. Sur un format plus long ou sur un truc plus cadré ce sera peut-être plus compliqué. On s’est dit si on veut faire un truc bien barré c’était maintenant ! Et le plus fou c’est que ça plaît à pas mal de monde, je ne pensais pas forcément que les gens allaient accrocher comme ça.

Engrenage from Lico on Vimeo.

Trendhustler – What’s next pour Turnsteak ? Vous tournez toujours, il y a pas mal de dates à suivre je crois …

Dam’s – Oui on est en pourparlers avec le Nouveau Casino. Il y a le festival Electrochoc qui est tombé avec les Scratch Bandits Crew, c’est le 7 Avril du coté de Lyon. Pas mal de dates locales aussi … ah ouais là FX me sort le calendrier de la mort : il y a aussi la Poudrière à Belfort fin Mars. Le plus simple c’est d’aller voir sur notre page Facebook, on y détaille nos dates à venir.

On est aussi en discussion avec plusieurs salles dans le Nord de la France et on aimerait beaucoup remonter jusqu’à la Belgique, on y est toujours super bien reçu. On passera te voir volontiers, ne t’inquiète pas pour ça … On sait où tu habites Révérend (rires) ! On adore venir là-haut, ça annonce toujours de belles sessions avec les potes, F.abot et compagnie. On espère vraiment jouer en Belgique en 2012, ce serait bête de pas se faire une date là-bas.

Cover by ATUO

Le « Drifting Away EP » est disponible depuis le 17 Février sur les principales plateformes de téléchargement légal et en vinyle sur commande via la page Facebook du duo.

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1 Réponse

  1. 11 mars 2012

    […] 7 AVRIL LE PEUPLE DE L’HERBE (fr) + FAUNA (Arg) + SCRATCH BANDITS CREW (fr) + TURNSTEAK […]

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