La Canaille : Maquisards de la plume

Pogo de baggy. Headbang de capuches. La Canaille est sur scène et une bourrasque Rock balaye les feuilles d’un public essoufflé par un marathon Hip Hop aux propositions inégales.
Uppercut aux tympans.
Deux heures plus tard, rendez-vous dans des sous-sols qui vibrent encore d’une trop courte heure de show. Rencard informel avec les auteurs d’un Rap mature qui connaît la saveur du bruyant.

« La Canaille c’est Hip Hop. Le flow, l’énergie, les valeurs … tu ne peux pas te tromper, c’est là ». Préambule définitif à la gloire d’une culture dont le quatuor se revendique sans réserve. Un étendard dont on s’étonne devant l’éventail d’influences des quatre hommes.
Marc, le MC, détaille : « Dans le groupe je suis le seul qui vient vraiment du Rap, j’ai pris ça au biberon, dès que j’ai posé le pied en France, c’est la musique qui m’a touché. Walter (le bassiste) est plutôt Funk, Mathieu (le guitariste) vient du Rock’n’roll et pour François (le batteur) c’est le Jazz ».

Du coup La Canaille, plutôt The Clash, IAM, Wu-Tang ou Lofofora ? Walter s’amuse de la question : « Il y a du bon dans ce que tu proposes ! C’est vrai c’est un peu tout ça mais la question ne se pose pas en ces termes. Les parties instrumentales sont composées par les musiciens eux-mêmes et en studio c’est un son commun qui s’exprime, naturellement. Personne n’écrit la musique dans son coin, c’est un travail collectif. Après quand il s’agit de mettre un CD dans le bus de tournée, c’est une autre affaire ! »
« On essaye de développer une identité à nous, poursuit Marc, un truc qui nous ressemble. Tout en restant Hip Hop, le but est de trouver un son : notre son. D’album en album, ça s’étaye, ça se précise, mais j’ai l’impression que nous sommes toujours en quête de quelque chose. C’est important de rester comme ça, en recherche ».

Des expériences de studio dont naît un groove inclassable : hypnotique, sombre et rugueux. Les étiquettes n’accrochent pas. Le public des débuts non plus. « On s’est pris de ces savonnettes, mec ! Forcément, quand tu dois faire tes preuves tu prends un peu tous les plans et tu débarques dans des soirées où ta présence est incongrue. Mais avec le temps, en affirmant notre personnalité on est entré dans un autre réseau, à la rencontre d’un public qui recherche ce genre de projets. Mon plaisir dans La Canaille c’est que le public n’est jamais insensible, soit on nous conspue, soit ça kiffe. »
« La Canaille tu aimes ou tu détestes, insiste Walter. On adore entendre ça, pour nous c’est une vrai qualité. »

On acquiesce. Au sein de la léthargie du Hip Hop hexagonal, de l’illettrisme revendiqué malgré elle par une génération de rappeurs français célébrés en princes de la culture sms, La Canaille fait forcément figure d’exception salutaire. La plume de Rocé et la hargne de Casey trempés dans l’acier de guitares saturées. Un cocktail désenchanté qui vise l’insoumission. « On est en manque de projets subversifs, mordants, d’un truc qui soit le fruit de l’époque. Je n’ai pas envie de lever les bras et de bouger mon cul tout le temps et j’ai le sentiment que ce n’est pas non plus ce que veulent les gens, surtout pas en ce moment. Bien sûr qu’ils veulent de la musique, on ne fait pas un discours politique, il y a du groove, de l’imaginaire, de la poésie. Mais tu ne peux pas sortir ça de son contexte, isoler le fond de la forme. »
Une bannière brandie par les textes de Marc bien sûr, mais derrière laquelle le groupe s’affiche à l’unisson. « Si nous ne sommes pas d’accord sur le fond, ça ne peut pas marcher. Il y a les planches. Il y a les gens qui viennent t’écouter. La question c’est de savoir ce que tu va faire de ce temps de parole. Tu as le choix de partir dans n’importe quelle direction. Mais divertir pour divertir ça ne nous intéresse pas. Le pur divertissement ça me révolte. »
Walter tempère : « Quels que soient les débats au sein du groupe, là où on se retrouve tous c’est pour cracher ce truc sur scène, cette heure de contestation, cette provocation nécessaire. »

Une désobéissance sociale qui passe par l’indépendance. L’autoproduction.
« Ce n’est pas forcément simple ! On est libre, okay. Mais dans la vie d’un indé la dimension artistique représente vingt pourcent du travail. Le reste ce sont des rendez-vous pour gérer le groupe, les partenaires, les tournées … mais en même temps à chaque fois que tu te regardes dans le miroir, c’est pour te dire, voilà … »
Walter intervient dans un éclat de rire : « J’suis foutu ! Il faut être un peu fou. Il faut avoir faim. »

Les albums « Une goutte de miel dans un litre de plomb » (2009) et « Par temps de rage » (2011) sont disponibles (et recommandés). Ce dernier connaîtra d’ailleurs une version vinyle contenant deux inédits dans le courant du mois d’Avril.

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