Via ITMM : Jack White aux Eurockéennes de Belfort 2012

Jack White nous aime, tous autant que nous sommes (même si ceux qui étaient là dimanche 1er Juillet partent avec une longueur d’avance certaine). A le croire nous sommes même ses amis. Et qu’est ce que c’est bon d’avoir un génie parmi ses amis.

Il est 20h55 lorsque l’équipe d’ITMM rejoint la grande scène du site de Malsaucy, histoire d’être certains de tout bien voir, vraiment tout. La pluie, l’orage ont transformé le terrain, bien estival et vert il y a moins de trente heures en un ring géant de catch dans la boue. C’est dans de l’argile bien ocre et de près de dix centimètres de profondeur que l’on s’enfonce, que certains se jettent ou se baignent, pour les plus excités. Et c’est bien dans cet état d’esprit que nous sommes tous, à l’orée d’un concert que l’on espère tous d’excellente facture et que l’on rêve mythique, pourquoi pas…

Après une nuit de samedi à dimanche ô combien épique, combinant astucieusement recul des concerts, temps apocalyptique, tentes inondées, vêtements sentant la vase et multiplication des marécages, la journée de dimanche n’était pas spécialement bien partie (sans compter le port de magnifiques chaussures/sacs poubelle pour le moins inconfortables et humides, en toute logique). Mais nous étions bien présents, fébriles comme une bande de groupies que nous sommes et attendant monts et merveilles de ce touche-à-tout génial et créateur de groupes quand l’envie lui prend de changer d’instrument ou de registre. Autant dire que nous partions avec un à priori plus que positif et une envie folle d’en découdre, en live.

Il est environ 21h20 lorsque le messie tant attendu rentre sur scène, accompagné de ses six musiciennes, toutes vêtues de petites robes bleu ciel, collant ainsi à l’imagerie utilisée depuis la sortie de l’album Blunderbuss. Voir une telle formation laisse à penser que ce concert prendra certainement une tournure blues/jazz, genre très présent sur le premier album solo de Jack White. Pas un problème en soi. On se dit que tout est possible et que même plus calme qu’à l’accoutumée, Jack est présent pour nous, pour nous faire vibrer, de partout.

Premières mesures et l’on s’aperçoit que l’on faisait fausse route. Ces filles sont folles, à l’image du grand gourou qu’elles encerclent. Le son est décapant, les guitares du maestro bien grasses et affutées et l’envie est là, grandiose. Notre hôte commence son concert par des morceaux issus de Blunderbuss et tout va pour le mieux, bien tranquillement. Cependant on sent bien que quelque chose se trame, que ce live ne sera pas comme les autres…et on a bien raison. Jack White part en vrilles, après vingt bonnes minutes. Son regard se trouble, le jeu de scène est sans concession et les solos s’enchainent. Le génie est heureux, il est dans son concert et fait plaisir à tout le monde, à commencer par lui-même.

Et c’est à ce moment là, arrivé à la moitié de son concert qu’il choisit de faire partie de la Grande Histoire des Eurockéennes de Belfort…

Les premiers accords de Ball and Biscuit arrivent à nos oreilles… Le morceau durera bien dix minutes (ou quatre heures, je ne sais plus. Un bonheur infini quoi qu’il en soit). Au milieu du tube des White Stripes, Jack casse une corde de sa guitare mais assure (un merci à ses musiciennes aussi, très réactives) et en change, comme à de nombreuses reprises durant son concert (j’en ai compté au moins cinq différentes). Et c’est à cet instant, comme pour se faire pardonner, qu’il part dans un solo, LE solo. On a beau s’y attendre, il est toujours très impressionnant de voir à quel point le talent eut s’exprimer de manière si magistrale, en direct devant nous. Cette version de Ball and Biscuit, avec son lot de rebondissements et de virtuosité technique est certainement l’une des plus puissantes que l’on ne puisse jamais voir. J’aime à le penser du moins. Après cette véritable oeuvre d’art, la redescente est forcemment des plus compliquées. Et bien en fait, non, notre guitar hero en a encore sous la semelle, et pas qu’un peu.

Après une excellente reprise de Blue Blood Blues (un de ses morceaux avec les Dead Weather), c’est à The Raconteurs qu’il s’attaque. The Raconteurs est sa formation pour laquelle j’ai le plus de sympathie, que dis-je, d’amour. Si les White Stripes sont mythiques, pour bien des raisons, le groupe qu’il partage avec Brendan Benson a pour lui d’être plus abouti, moins brut et comporte son lot de pépites. Après un Top Yourself mené de main de maitre c’est Steady as She Goes que les festivaliers reprennent à tuetête, et ce dès les premiers riffs de cette mélodie tubesque. Que l’on connaisse ou pas Jack White, The White Stripes, The Raconteurs ou Dead Weather, on connait tous plusieurs de leurs chansons et on les aime.

Celle-ci est de cette trempe. Entre deux morceaux, il se confie au public. Il a eu peur, à un moment, que le concert soit annulé. Et si nous sommes tous là ce soir, malgré les intempéries, c’est que nous aimons la musique, ce qui fait de nous ses amis. Dont acte. L’ambiance sur scène semble très sympathique et Jack n’a besoin que d’un clin d’oeil en direction de sa batteuse pour faire comprendre à tout son groupe qu’ils vont jouer telle ou telle chanson. Une forme d’improvisation toute en maitrise. On parle là de musiciens qui, connaissant leurs partitions à la lettre et la potentielle folie de leur leader, peuvent s’adapter à de très nombreuses situations. Cette semi-impro continuelle nous donne l’impression de faire partie intégrante du concert, tout simplement. En rendant Jack White humain, très humain. Comme lors de cette coupure de courant (oui, beaucoup de coupures de courant cette années aux Eurockéennes. La pluie n’est plus une excuse) où il a continué à jouer, sans son et pour ses fans du premier rang. Et parmi les points culminants de cette soirée en tous points magique il y a Carolina Drama…

Carolina Drama c’est, tous projets confondus, celle que je considère comme la plus belle de ses chansons. Pas une envolée rock’n’roll survoltée, pas de solo gigantesque. Non, il s’agit d’une ballade blues, puissante. Pour ce morceau d’anthologie Jack se pare d’une guitare electro-accoustique et nous emmène avec lui dans les tréfonds de la Caroline du Sud. Le rythme, même lent, est d’une rare beauté. Jack nous raconte une histoire, Jack ferme les yeux, semble presque souffrir. Et c’est à la fin de cette chanson qu’il se déchire la voix, le visage humide, pour nous, vraiment pour nous. Après un nouvel extrait quelconque de Blunderbuss (oui, ce concert m’a presque rendu snob), notre nouvel ami s’attaque à son propre mythe (et je ne serais pas surpris qu’une partie du public ne soit là que pour ça) et envoie Seven Nation Army.

Oui, il envoie. Les 25 000 personnes couvertes de boue et surchauffées entonnent des poo-po-po-po-po-poo-poo, comme dans les stades depuis quelques années maintenant. Et même si cet état de fait m’irrite, habituellement, je me surprends à les suivre, à chanter avec ces gens qui ne mesurent pas forcement tous ce qu’ils sont en train de vivre. Mais si il y a un moment où l’on doit entonner ce qui est devenu un hymne de boite de nuit, de TV réalité et donc de stade, c’est bien maintenant. Ce soir nous sommes tous légitimes, nous ne sommes qu’une masse entièrement dévouée à la bonne cause, celle de la musique du maitre. Pas de rappel, pas besoin. Chaque morceau a été joué comme si c’était le dernier (et dans le bon sens du terme). Et c’est bien ce que l’on pouvait attendre d’un ami. Car oui, Jack White est notre ami, à tous.

Par Arnaud

Via In The Morning Mag.

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1 Réponse

  1. 17 juillet 2012

    […] affronter le Grand Jack. La suite, vous la connaissez, puisque je ne doute pas que vous ayez lu l’article publié précédemment par mon confrère sur ce concert exceptionnel, le meilleur de ma triste vie. Je voudrais juste […]

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