Via ITTM : Eurockéenes de Belfort 2012 – Part 1 : L’oeuvre de Dieu.

En cette fin de mois de juin, une centaine de milliers de personnes s’étaient donné rendez-vous à Belfort dans le but avoué de se défoncer la tronche à coup de bières, de substances plus ou moins légales et, accessoirement, de musique. Parmi eux se trouvait une poignée de reporters d’ITMM, qui avaient bravement défié les kilomètres et la chaleur caniculaire pour vous livrer leur compte rendu. Ceci est leur histoire.

Jeudi 28 Juin 2012

Réveil difficile, la nuit a été rude. L’excitation et la peur ont rendu le sommeil inaccessible, car c’est aujourd’hui que nous partons pour ce qui se révelera être notre guerre. L’atmosphère est moite, irrespirable, il est à peine 7h du matin et la température atteint déjà les 18 degrés. L’enfer. Après avoir récupéré mon paquetage, le bus m’emmène au checkpoint Réalmont, village échoué entre Castres et Albi où doit me prendre Lucho (les noms ont été changés pour éviter les poursuites), notre pilote. Il est 11h, et déjà le soleil a décidé de nous les briser, puisque le thermomètre affiche avec difficulté un 25 degrés de mauvais aloi. Le soldat Pauleto, enrôlé pour l’occasion par la compagnie Bêta (aussi appelée Trendhustler) est attrapé au passage à Albi, et c’est parti pour un voyage au coeur de l’enfer vert : Rodez, Séverac le Château, Mende, Saïgon, Saint-Étienne, et enfin le but de notre voyage du jour, Lyon.

Nous aurons finalement passé plus de 6h dans la carlingue surchauffée de la voiture, qui fleure bon l’homme et la franche camaraderie. Tranquillement installés devant des demis, sur une quelconque place de la Cité des Lumières, parce que faut pas déconner, nous somme rapidement rejoint par notre bien-aimé chef, le sergent Tartiflette. La décision tombe. Demain, tout le monde devra être sur le pont à 10h, nous partons pour Belfort. Les mines sont gaies et les bières s’enchaînent à une vitesse folle. Malgré une furieuse envie d’écumer les bars de la ville, nous nous couchons assez tôt, car la journée du vendredi s’annonce bien chargée, et il aurait été malvenu d’arriver sur les lieux du crime avec une gueule de bois carabinée.

Vendredi 29 Juin 2012

Il est 11h quand nous décollons enfin des bords du Rhône. Après avoir erré pendant un certain temps dans la cité, la faute à une grève malvenue des panneaux indicateurs, nous dévorons la route qui nous conduira vers le champ de bataille. Les figurent s’assombrissent au fur et à mesure que nous croisons les villes à triste réputation que sont Châlon, Beaune, Besançon et autres Montbéliard. Des noms barbares qui n’évoquent pour nous que souffrances et piscines couvertes. Les esprits s’échauffent dans l’habitacle bondé, et une rumeur s’installe avec insistance, faisant froid dans le dos: l’un de nous l’affirme, Jay-z serait en fait un chantre de la world music. La tristesse m’accable. C’est pas notre guerre.

Après 4h de route (bien tapée) nous arrivons enfin en vue du théâtre de nos aventures futures. La foule est déjà dense, et l’alcool coule à flot, laissant présager un manque de retenue certain dans les heures qui vont suivre. Pauleto s’en frotte les mains d’avance, et je ne suis pas en reste. Un aller-retour jusqu’à l’entrée du festival plus tard, où nous récupérons la sergente Fidelis de l’unité Trendhustler, ainsi que nos Pass’ curieusement floqués d’un «press», nous revenons au camping pour dresser le campement et nous donner du coeur au ventre à l’aide d’une bouteille de whisky qui ne verra malheureusement jamais la nuit tomber.

Après cette récompense bien méritée, l’envie nous prend d’emprunter le chemin des écoliers pour nous rendre aux concerts. Mauvaise idée. C’est long, chaud, sur une voie ferrée, donc pas super pratique, et en un mot, chiant. Et l’on se promet que plus jamais ça. La suite nous prouvera le contraire.

Suite à cette difficile entrée en matière, nous arrivons enfin dans le coeur du problème (oui, le site du festival en fait, faut suivre un peu). Bon, c’est vrai que c’est classe quand même, surtout quand, comme nous, on a droit au semi all-access qui nous permet de nous gausser du troufion moyen qui galère deux heures pour rentrer, et à peu près autant pour se prendre une mousse. Le site est vraiment magnifique, calé sur une presqu’île au beau milieu d’un lac. Mais il a la beauté vénéneuse des filles du Tonkin, comme nous nous en rendrons compte plus tard, car l’herbe verte, presque immaculée, cache en son sein notre pire ennemi : une terre argileuse qui n’attend qu’une petite goutte de pluie pour révéler sa fourberie. Mais nous verrons cela plus tard, car pour l’instant, cet enfer déguisé en paradis nous prend dans ses sombres filets, et nous envoûte, bleus que nous sommes. Après un arrêt au bar presse, où nous quitte la sergente et le soldat Pauleto, nous nous installons confortablement sous les arbres près de la rive du lac. Tartiflette me raconte ses souvenirs de guerre : Dour, Garorock, Rock en Seine, le bonhomme en a vu d’autres, et le trip franc-comtois sonne comme une mise au vert pour lui. Le pauvre. Il ne pouvait pas savoir…

Nous récupérons ensuite le détachement Trendhustler pour une interview «à la bien» d’Art District (comprenez une itw nonchalamment alanguis sur la plage avec bière et clope), et enchaînons sur le festival lui-même (comprenez qu’après trois bières, on va voir les concerts, histoire de pas avoir l’air trop bêtes en revenant).


Ne nous mentons pas, il y avait bien trop de choses à voir pour faire un compte rendu sérieux, surtout que, personnellement, la programmation de ce vendredi soir, en grande majorité issue de la scène française ne m’attire pas spécialement.

On commence par Dionysos, qui m’ont étonné avec un set bien bien bien plus rock que sur album, et qui, ma foi, donne une féroce envie de danser, puis HF Thiéfaine, qui est sûrement un artiste très intéressant si l’on aime la variété française, et enfin The Kooks, qui étaient clairement venus en France pour choper de la biatch…

Attardons-nous maintenant sur les concerts qui m’ont particulièrement marqués, je parle de C2C et Shaka Ponk. J’attendais beaucoup des premiers, et peu des seconds. Je m’explique : on m’avait carrément sur-vendu les 4 dj’s après leur prestation du Garorock peu de temps auparavant, et j’attendais fébrilement d’en prendre plein la gueule. Ben franchement, c’était pas énorme. Déjà, le soit disant jeu de lumière fou était tout moisi (et faudrait pas trop me pousser pour dire indigne), et le son ressemblait franchement plus aux instrus d’Hocus Pocus qu’aux enchaînements de Beat Torrent… Bon, c’est pas très objectif, mais je venais pas vraiment pour ça, et je crois pas avoir été le seul.

Shaka Ponk © ALAIN JOCARD / AFP

Au contraire, Pauleto, Tartiflette et moi même avons été particulièrement surpris de la performance scénique des frenchies de Shaka Ponk. On y était allé un peu par défaut, puisque les « néo-punks » clôturaient la soirée, mais c’était vraiment de la balle : de l’envie, de la puissance, de la meuf, du Bertrand Cantat, tout ce qu’il faut pour un bon live. Vraiment à voir s’il passent près de chez vous (ce qui sera probablement le cas vu le nombre impressionnant d’affiches où ils figurent cette année).

Après ce bel aboutissement de soirée, il était temps de rentrer, et c’est là que les choses ont commencé à se compliquer. Ne nous méprenons pas, ce n’est absolument pas l’absorption de litre de bière aromatisée au Jack Daniel’s qui nous amena à revenir sur notre promesse de ne pas rentrer à pieds, mais bien la conscience professionnelle. Car oui, dans un désir de vivre cette épreuve à fond, nous décidâmes mes partenaires et moi-même de rentrer à la dure, via la voie ferrées dont je parlais tantôt. Et on en a chié. Oh oui, on en a chié. Mais l’adversité à parfois son côté positif puisque à peine arrivé au campement, je tombais, que dis-je, je me jetais à corps perdu dans les bras de Morphée qui encaissa sans broncher mes 100 kilos de viande saoule. Brave homme.

Samedi 30 juin 2012

Ceux qui ont déjà campé en festival connaîtront la sensation qui m’assallait au réveil de cette plutôt bonne première soirée. Vous savez, cette étonnante sensation de se noyer dans sa propre sueur alors qu’il n’est que 9h du matin. Cette envie pressente de sortir de sa tente et d’y mettre le feu en se promettant de ne plus jamais se faire avoir. C’est donc passablement énervé par mon imbécillité et par les festivaliers prévoyants qui semblait me narguer depuis leur Quechua à l’ombre que je me levais en cette belle matinée Malsaucyienne (du nom du lac précédemment évoqué). Après un petit déjeuner en solitaire, je retrouvais mes compagnons dont les visages évoquait avec constance la nuit quasiment blanche. Nous décidons d’un commun accord de se trouver un coin sympa pour manger, et échouons finalement sur une placette de village attenante au cimetière local où nous cuvons tranquillement notre trop plein d’alcool, surveillés (comme il se doit) par un homme d’un certain âge semblant exercer la profession hautement éminente de gardien de murette (c’est du moins l’impression qu’il donnait en affectant de ne pas nous regarder).

Suite à cette pause peu méritée, nous nous accordons quant à la suite de la soirée, établissons le plan de bataille et rentrons au festival pour nous confronter à l’exercice parfois amusant de la conférence de presse. C’est Pedro Winter aka Busy-P, patron d’ Ed Banger qui s’y colle, accompagné de ses fideles acolytes Sebastian (qui venait apparemment de tuer quelqu’un, et s’apprêtait à en tuer d’autres) et Kavinsky, ainsi que du programmateur des Eurocks. Ils sont ici pour nous expliquer le principe de la « plage à Pedro » qui s’annonce comme la soirée electro de l’année. Ça a l’air énorme, puisque doivent s’enchaîner Django Django, Electric Guest, Kavinsky, Busy-P, Sebastian et autres Skream et Benga.

Sur le coup on se dit qu’on va bien s’éclater, et que la scène de la plage (une scène sur l’eau ou le public à les pieds dans le sable, swag comme disent les jeunes) verra une bien belle bataille. La suite, encore une fois, nous prouva que non. Allez, il est temps d’y aller. Nous sommes prêts à encaisser cette soirée comme des hommes (ou des femmes pour le sergent Fidelis, qui ne fait évidemment rien comme tout le monde), l’envie est là, le son commence à monter. Les concerts débutent, les Eurocks pour moi, ça part d’ici !

Après un vendredi commencé tranquille niveau concert, où on s’y est mis peinard vers 20h, ce soir on va enchaîner, et vite : un passage devant le plutôt agréable rock folk de Sallie Ford, puis un coup d’oeil aux intéressants Jesus Christ Fashion Barbe, dont le nom est quand même super sympa à défaut d’être court, et on se dirige avec curiosité vers Django Django, le groupe super hype de cet hiver. En concert, c’est plutôt pas mal, mais ça casse pas franchement trois pattes à un canard, comme c’est souvent le cas avec les groupes aux albums super-produits. Mais ça passe pas mal en début de soirée, et c’est le principal.

Un court passage aux stands, où le sergent nous chauffe pour aller voir Thee Oh Sees, son coup de coeur, et c’est reparti. Ça vaut le coup, merci Tartiflette! De fait, on se retrouve devant une bande de vieux gars (la bonne quarantaine) au rock bien énervé qui sonne franchement anglais, ça pulse, et ça fait danser un public sensiblement plus vieux que celui des Kooks le soir précèdent, reconnaissons le. Putains d’anglais !
Comment ça, ils sont ricains ceux là ? Ben non, désolé, ces mecs sont anglais, c’est écrit sur leurs gueules, ils se sont juste trompés de pays, voilà tout.

Malheureusement, c’est pendant cet excellent live que tombera la nouvelle qui devait bouleverser nos vies. Sur les écrans géants retransmettant le concert, un bandeau nous alerte: orage et grêle, le combo qui promet aux festivaliers une soirée bien pourrie. Les rumeurs circulent, l’orage sera très localisé, il tombera à coté, on va se le prendre bien sur la tronche, le festi’ va être annulé, c’est la fin du monde, bref, un peu tout et n’importe quoi. Nous, en bon petits soldats, on se démobilise pas et on va voir les Dropkick Murphys. Les bostoniens envoient du gras, crachant leur mépris de la pluie au visage des nuages de plus en plus menaçants se rapprochant de Malsaucy, avec des refrains qui fleurent bons les pubs irlandais en fin de soirée. Ça fait du bien, ça rappelle plein de bons moments passés une bière à la main. Mais il est déjà temps d’aller bouger son boule devant Kavinsky.

Enfin, c’est ce qu’on croyait….

A suivre.

Par Matt H

Via ITTM

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