Via The Creators Project : Rencontre avec le producteur Agoria autour de son projet audiovisuel FORMS

Après des années d’activité, quatre albums et un nombre infini de sets à travers le monde, il paraît presque superflu de présenter Agoria. Depuis ses premiers DJ sets dans les années 1990 à son dernier album Impermanence sorti l’année dernière, l’artiste s’est progressivement imposé comme figure majeure de la scène électronique française. Le week-end dernier, la tranche démographique française la plus hermétique aux averses s’était rendue au festival Rock en Seine, où le producteur livrait un DJ set soutenu par son projet audiovisuel FORMS, conçu en étroite collaboration avec le collectif français Scale. Présenté pour la première fois aux Transmusicales, le projet a depuis eu le temps de s’affûter au fil des dates, opérant un savant mélange entre design, architecture, musique et effets visuels. On a posé quelques questions à Agoria pour en savoir plus sur son rapport à l’image et sur la conception du projet.

The Creators Project : C’est la première fois que tu présentes un live audiovisuel ?
Agoria :
En réalité non, j’avais déjà fait ça pour mon premier live il y a quatre ou cinq ans, je travaillais avec le collectif berlinois Pfadfinderei, en particulier avec Honza. En ce qui concerne ma collaboration avec Scale pour FORMS, je les ai rencontrés à l’occasion de la semaine InFiné à la Gaîté Lyrique. Lorsque Jean-Louis Brossard, le directeur des Transmusicales, m’a demandé de faire un projet spécial pour son festival, je les ai immédiatement contactés. C’était le point de départ, même si dans le cadre de ce festival, nous étions plus dans un schéma classique d’illustration. C’est seulement cette année qu’on a pu développer le projet.

Comment s’est déroulée cette collaboration ? Vous avez élaboré les visuels ensemble ou tu leur a laissé carte blanche ?
On est parti sur l’idée de tout jouer en live avec les contraintes qui vont avec. Musicalement, le set est à la fois improvisé et scénarisé, il en est donc de même en ce qui concerne les visuels. Les premiers shows étaient un peu déstructurés, ça avait tendance à partir dans tous les sens. Il a fallu épurer l’aspect visuel pour le rendre plus fort. Comme en musique ou en architecture, mettre trop de couches ou d’effets nuit au message d’origine. Il a donc fallu qu’on enregistre beaucoup de shows pour voir ce qui fonctionnait bien ou pas, et on est partis d’une ossature visuelle et sonore qui nous plaisait pour écrire notre histoire. Mais on tient à ce que ça reste vivant, avec une part d’improvisation et de surprises. Au final on est quatre à jouer live en même temps, un peu comme un groupe de rock, mais sans refrains.

Et sans batteur en retrait qui se plaint de ne pas être assez mis en valeur sur la scène.
Voilà, il n’y a aucune dimension égotique dans ce type de concert. Chacun se répartit les tâches et il y a un bon dialogue entre les trois membres du collectif pour que personne ne se mette trop en avant par rapport aux autres.

 

Malgré la part d’improvisation que tu tiens à préserver, tu leur dis quand même à l’avance ce que tu comptes mettre dans ton set pour qu’ils s’adaptent en fonction ?
Oui bien sûr, chaque semaine je leur envoie les morceaux nouveaux que je pense insérer et on discute ensemble de quel tableau pourrait coller et de comment les amener. En fait, on a eu la chance d avoir un partenariat avec GETTY images via BETC qui nous permet de piocher selon les morceaux dans une banque visuelle assez impressionnante, puis Joachim et Vincent [du collectif Scale] font des court-métrages à partir de ces images qu’ils rejouent en live. Pour moi aussi c’est un peu un casse-tête parfois, car il y a certains morceaux qu on peut être amené à jouer à différents moments selon l’ambiance ou l’humeur du public.

J’ai regardé ta performance à Rock en Seine sur Arte avec un ami, qui m’a fait remarquer qu’il trouvait ton set presque pédagogique, avec une espèce de chronologie des musiques électroniques. Je ne sais pas si c’est son côté fils d’instituteurs qui biaise sa vision des choses ou si c’est une vraie volonté de ta part ?
C’est très vrai, mais je me vois plus comme un témoin. J’ai envie de transmettre, mais pas comme si je donnais un cours, plus comme si je donnais un regard. Et lorsque je joue dans des festivals rock, le show FORMS est différent que lors d’un festival comme Dour ou I LOVE TECHNO où le public a une connaissance plus pointue. Mais j’aime beaucoup les deux, faire des sets où le défi est de garder tous les fans d’Oasis, et faire écouter de la musique à des puristes plus avertis. Je crois vraiment qu ‘un DJ est là pour transmettre des émotions et se doit de s’adapter tout en gardant une ligne directrice fidèle à ses goûts. Mais je crois aussi que c’est la force d un projet comme FORMS, si j’étais seul sur scène à jouer un track de DJ SNEAK, de Lil’ Louis ou de Kevin Saunderson sans l’approche global du projet, ça ne marcherait pas aussi bien devant un public moins averti. Ce format audiovisuel rend la passerelle plus facile à traverser.
Agoria @ Treehouse Miami 8th june 2012 by AGORIA
D’ailleurs comment s’est passée ta rencontre avec Saunderson avant qu’il te demande de travailler sur Big Fun ? Remixer le premier disque qu’on a acheté, ça doit être un peu l’équivalent de devenir cosmonaute pour un producteur.
En effet, j’ai eu l impression de faire face à Prince ou Madonna. J’avais lavé les voitures de mes voisins pour m’acheter le 45 tours au supermarché du coin, à l’époque, Inner City et la techno de Détroit étaient sur toutes les ondes. En gros, il cherchait un remixeur pour une compilation sur Pias, et je crois qu’il avait bien aimé La 11ème marche. Par la suite j’ai eu le bonheur de le voir entraîner son équipe de baseball et de jouer à une de ses soirées.

J’ai lu que tu avais constaté “des similitudes entre écriture scénaristique et composition d’un morceau” alors que tu composais la B.O de Go Fast. Lesquelles en particulier ?
À la base, je voulais être scénariste et j’ai donc fait des études de cinéma. Que l’on compose un morceau ou que l’on écrive une histoire, il y a toujours cette recherche du momentum le moment où l’on bascule et où on est séduit. Même pour un morceau très répétitif, comme ça arrive souvent en techno , il y a un moment où on perd pied. Le moment où cette répétition devient transe et hypnotique constitue le point de basculement. Si tu écoutes TV VICTOR, il a poussé l’idée à son paroxysme avec Agai. Mais de façon plus classique, dans le cas d’un morceau évolutif, il y a la mise en place des éléments (des personnages), le développement (le récit, les dialogues), un début, une fin et un momentum (qui est souvent le break) dans les tracks électroniques. Et une fois qu’on a ces codes, le bon scénario ou morceau est celui qui s en affranchit, celui qui dépasse l’arithmétique. Il y a plus de folie que de méthode dans la création d un bon morceau ou d’un bon synopsis. C’est pour cela aussi qu’avec FORMS, on a une ossature autour de laquelle on se laisse aller.

Et à l’inverse, comment ton processus créatif diffère quand il s’agit de composer pour le film de quelqu’un d’autre plutôt que pour un album personnel?
Il faut l’appréhender inversement, se mettre au service du personnage, du récit. Les premières maquettes que j’avais faites étaient hors sujet car la musique prenait trop de place et on sortait de l histoire. Il faut être en retrait mais ça dépend du film lui-même, et du réalisateur. Il peut y avoir des cas où au contraire la musique est le fil conducteur, mais on touche plus à des films d’auteur comme Koyaanisqatsi avec la musique de Philip Glass par exemple.

Avoir une direction claire pour un film est un vrai travail d’expérimentation avec des guidances précises, donc au final tu vas plus loin dans la recherche sonore. Lorsque tu fais ton album, tu es tellement libre que tu peux aisément t’éparpiller. En musique électronique, tu peux refaire des centaines de fois le même track et essayer des nouveaux traitements, des nouveaux sons, c’est sans fin et ça peut s’avérer vraiment dangereux. C’est là que revêt toute l’ importance d’une deadline… Sans ça je suis mort. Si je n’ai pas de date butoire, je ne finis rien, et c’est pour ça que je bosse bien mieux dans l’urgence.

Est-ce que tu comptes faire un projet exclusivement cinématographique comme tu le désirais avant, ou la musique a simplement pris trop le pas sur tes ambitions passées ?
Je pense refaire des B.O bien sûr mais je n’ai pas le temps nécessaire pour écrire… J’écris en général dans les avions, lorsque je suis déconnecté, c’est un moment que j’aime bien, mais pour écrire un projet long il faut rester plusieurs semaines concentré, se couper du reste… ce n’est vraiment pas possible pour moi en ce moment, mais quand j aurais 50 ans, avec tout ce que j ai eu la chance de voir depuis 15 ans dans le monde entier, peut être que j’y songerai.

Quels sont tes projets à venir ?
J’ai fini de mixer l’album de KID A qui sort sur Ninja Tune l’année prochaine, et là je fais deux-trois remixes pour Woodkid, Tricky et un morecau de Tittsworth en featuring avec QTIP… je ferais une “pause” debut 2013 pour bosser sur un prochain disque personnel.

Agoria présentera FORMS au festival Nördik Impakt très prochainement.

 

Voir l’interview dans son intégralité sur le site The Creators Project

The Creators Project : Website – Facebook – Twitter

Vous aimerez peut être aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Partage
Hide Buttons