Trendhustler Interview : DJ Prosper

DJ à l’éclectisme impressionnant, lauréat du Trendhustler Moustache Award 2012 (à l’unanimité) et prix spécial du jury pour une garde robe à l’épreuve des modes (depuis 1977), l’excellent DJ Prosper donnait récemment rencard à Trendhustler pour une interview dans les grandes largeurs. L’occasion de parler de son premier album « The Great Conjunction », de ses débuts, de ses potes et de son film de chevet : « Flash Gordon », ceci expliquant peut-être cela …

Trendhustler Prosper, DJ et producteur. Doit-on dire français ? Parisien ? Comment tu te définirais ?

DJ Prosper – Je suis français, d’origine belge je tiens à le préciser. Je ne suis pas vraiment parisien. J’habite à une heure de Paris ce qui me permet d’évoluer dans un environnement assez rural tout en étant très proche de la capitale. C’est ma petite bulle de décompression quand le week-end je joue sur Paris ou ailleurs, ça me permet de me ressourcer et de travailler sur ma musique en toute tranquillité en semaine.

Trendhustler Ce que tu es en train de nous dire c’est que tu vis à Melun quoi (rires) !

DJ Prosper – Ouais quasiment (rires) ! Je vis dans un patelin à 80 kilomètres de Paris. C’est une distance de sécurité très agréable et en même temps, en étant très proche la capitale, je peux facilement m’adonner à tous les plaisirs des nuits parisiennes !

Trendhustler Évidemment je n’insiste pas sur ton adresse postale gratuitement tant il est vrai qu’on t’identifie plutôt à l’univers nocturne parisien duquel tu fais partie depuis quelques années maintenant. On te voit beaucoup jouer à des adresses parfois assez prestigieuses : le Batofar, le Rex Club …

DJ Prosper – Paris m’a subi, c’est vrai et va me subir encore quelques années. Il faut dire que c’est une des villes en France qui offre le plus de possibilités. Du coup j’exploite le filon, bien sûr.

Trendhustler Coté production le début c’est en 2005, ça c’est la partie facile parce que c’est datable, par ailleurs sur feu le très bon label Breakbeat français Lab-Rok, sur lequel officiait aussi l’une de tes camarades de jeu régulières pour ce que j’en sait, Flore …

DJ Prosper – Absolument ! T’es du genre renseigné (rires). Flore avec qui je continue d’organiser des soirées au Batofar une fois tous les deux mois. C’est non seulement une partenaire musicale mais aussi une amie. Voilà une bonne dizaine d’année qu’on se connaît et nos rapport sont toujours au beau fixe, nous sommes toujours sur la même longueur d’ondes. Chacun a sa spécificité musicale, elle est plutôt dans l’Electro tropical et moi c’est toujours un joyeux bordel entre Electro, Rock, Breakbeat … on ne sait plus vraiment au bout d’un moment ! Tant que la musique est bonne …

Trendhustler Coté production donc, on a vu mais coté DJ, ça commence quand, ça commence comment ?

DJ Prosper – Ça commence il y a une vingtaine d’année. A l’époque la techno commençait sérieusement à émerger et à gagner la France et je n’étais pas forcément attiré par toute la scène Free Party mais plutôt par des artistes comme les Chemical Brothers, Fatboy Slim ou Prodigy soient des gens qui avaient déjà un peu intégré la culture Club à la scène Rock ou la scène Hip Hop. Des le débuts j’ai surfé sur des courants assez larges, en mélangeant les genres musicaux, en additionnant les choses, en les métissant. Après comme tout DJ j’ai commencé devant vingt potes, les vingt qui deviennent cinquante, puis deux-cent et puis ça finit par se lancer : des dates à Paris, en province, à l’étranger, quelques disques à suivre. Une carrière qui a finalement trouvé une bonne vitesse de croisière. Je suis occupé tous les week-ends sur des soirées assez différentes ce qui permet de ne pas tourner toujours avec le même set en connaissant mes enchaînements par cœur. Il y a toujours une part de conquête, de remise en cause, c’est comme ça que je construit et du coup j’ai toujours un peu de mal à définir le style musical dans lequel j’évolue. Comme j’ai emmagasiné des années d’écoute de musique, d’artistes, d’albums, j’essaye de tout régurgiter avec panache !

J’ai une petite phrase d’accroche qui dit  »Tout mais pas n’importe quoi ». J’ai grandi avec des parents qui écoutaient pas mal de rock anglo-saxon. Ensuite au lycée j’ai glissé sur la musique black, le Hip Hop ou la Funk. Et puis l’Electro s’est imposé d’elle-même avec des groupes de rock anglais qui venaient des clubs. Aujourd’hui c’est difficile de définir en quelques mots ce que je fais. Par exemple dans une soirée Electro, si je joue deux heures, je vais faire 1h30 d’Electro autoroute, entre guillemets hein, des choses que j’aime bien mais classiques – ça c’est ce que les gens veulent – et la dernière demi heure ça part en freestyle ! Avec un certaine cohérence quand même, il ne s’agit pas de faire n’importe quoi d’autant qu’avec les années j’ai acquis une certaine expérience technique pour éviter ça. L’idée est alors de garder une idée intergénérationnelle de la musique. Je suis quelqu’un qui approche de la quarantaine, je joue devant des gens qui ont entre 10 et 15 ans de moins que moi, donc je me dois de les contenter et de me faire un peu plaisir aussi en mélangeant le rétro et le moderne, avec ma touche et avec mes goûts. Je pense que c’est aussi une part de la prestation. Il s’agit de montrer aux gens qu’on s’amuse, surtout quand c’est vrai, et qu’on est pas là pour pousser les disques. Les surprendre mais pas les malmener.

Trendhustler Pig Balls, Bombastic Jam, Big M, Manmade … voilà quelques uns des labels sur lesquels tu es apparu comme producteur, en solo ou en collaboration avec d’autres artistes parfois. Tous ces noms sont particulièrement orientés Funky Breaks. Est-ce que c’est un vrai choix de ta part en tant que producteur d’être identifié à une scène ? Ça contredit un peu ce que tu viens d’expliquer, non ?

DJ Prosper – Ce n’est pas vraiment un choix, pas une ambition non plus … plutôt une inspiration. Il y a des jours où je me réveille en ayant envie de faire des choses plutôt Electro, en pensant au dancefloor et aux clubs. Et puis d’autres fois, je me sens plus dans une ambiance apéritif, barbecue, plutôt convivial, même si je garde toujours une dose de Funk dans mes productions les plus technoïdes. Au fond j’ai fait le choix de ne pas faire de choix. Je ne suis pas vraiment identifiable : pour des labels européens je suis un producteur de Nu Funk quand pour certains clubs parisiens je suis un producteur d’Electro. Le fait que je puisse passer d’une scène à l’autre avec la même aisance et le même entrain, c’est ce qui fait ma diversité. Je ne peux pas me limiter à un seul style de musique.

Trendhustler  »Diversité » résume assez bien le contenu de ton premier album,  »The Great Conjunction » (sorti sur le label Breakbeat Paradise en Juillet 2012 -ndlr). On y trouve du Hip Hop, de l’Electro, des influences Dub ou Reggae, du Breakbeat, de la Techno … est-ce une carte de visite que tu cherchais à réaliser avec ce premier long ?

DJ Prosper – On peut dire ça (rires) ! C’est le premier disque que je voulais que mes parents écoutent. J’ai un peu essayé de retranscrire tous mes goûts musicaux à travers le Hip Hop, le Reggae, l’Electro, la Funk … Je me suis débarrassé de la contrainte du dancefloor. Je n’avais pas besoin ici de faire ce que j’ai fait jusqu’alors : des maxis où les gens dansent pendant six minutes. Il y a peut-être un coté plus élaboré dans le sens où on peut l’écouter en dandinant du popotin, mais on peut aussi se le mettre en faisant la vaisselle …

Trendhustler Mince c’est une constante le coup de la vaisselle (rires) !! En Janvier c’est Mr. Viktor qui faisait le teaser de son  »Cooking Balbud » sur la même idée, c’est assez flippant comme mouvement social …

DJ Prosper – Viktor n’a pas tort (rires) ! D’ailleurs, je crois même qu’il a posé quelques scratchs sur un de mes morceaux il y a des années. Je partage tout à fait son point de vue. Il y a quelques morceaux de cet album que j’ai commencé il y a une bonne dizaine d’années, en les mettant dans un coin de mon ordinateur et en me demandant ce que j’allais bien pouvoir en faire sachant que c’étaient des trucs qui étaient plutôt fait pour écouter peinard dans son canapé. Je pensais clairement qu’aucun label ne prendrait ça. Et puis je me suis mis en tête de regrouper certains de ces morceaux accumulés au fur et à mesure du temps et finalement, c’est le genre d’album que j’aimerai bien avoir plus souvent entre les mains. Ce n’est pas une révolution musicale mais ça a le mérite de s’écouter de bout en bout sans lassitude ni sans redondance. C’était plutôt ça le but de la manœuvre. C’est un peu difficile à expliquer avec des mots, ça fait partie du processus de création et c’est finalement assez subjectif mais au bout d’un moment les choses s’enchaînent logiquement, sans qu’on s’interroge plus.
J’ai aussi fait participer plein d’amis comme autant de collaborations. C’est une carte de remerciements par rapport à des gens qui m’ont accompagné et puis quelques nouveaux venus. Le mot d’ordre c’est le partage.

Trendhustler – Question qui craint mais ça me semble indispensable : est-ce que la pluralité de tes influences ne crée pas le risque de s’éparpiller ? D’autant plus face à un public qui se trouve quand même plus à l’aise avec les étiquettes …

DJ Prosper – C’est vrai que certains potes producteurs ou DJ’s ont besoin de moins de mots pour définir leur travail. Mais je pense que je suis arrivé à ce que voulais. Au début bien sûr c’était très compliqué d’expliquer ce que je faisais mais aujourd’hui mon style c’est moi (rires). Et le fait de jouer tous les week-ends me conforte dans l’idée que ça fonctionne assez bien. Alors bien sûr, je ne vais pas jouer à Ibiza pour des milliers d’euros mais ce n’est pas grave parce que les gens sortent de soirées plutôt content et les organisateurs aussi.
Tu soulèves un problème qui relève un peu du marketing quelque part et je comprends tout à fait ce que tu veux dire. Mais pour être honnête, je n’ai pas franchement cette préoccupation quand je fais de la musique. Il faut que je réfléchisse à comment définir le morceau, quelles sont ses influences et quel label ça peut intéresser mais ces questions ne vont jamais justifier le fait de le retoucher. Quand je fais un morceau, je ne le pense pas pour une étiquette et pour un label. Ça vient plus tard, quand il s’agit de le sortir. Des fois je suis obligé de forcer un peu les portes pour voir …

Je ne peux pas supporter cinq heures de la même musique, peut importe quelle musique ! A un moment j’ai besoin qu’on me propose un truc différent pour renouveler mon intérêt et susciter ma curiosité. Les gens qui ne veulent pas réfléchir plus loin qu’une étiquette musicale, ce n’est pas forcément à eux que je m’adresse en fait et j’essaye un peu de péter les barrières. La musique, ça reste la musique. Tout est lié. Il n’y a pas des genres bien rangés dans des cases. Voilà ma philosophie de la chose. Je suis conscient que des fois ça peut me fermer des portes mais ça m’en ouvre tellement à coté que finalement je vais continuer comme ça.

Trendhustler Il y a un nom qui revient beaucoup dans tes collaborations, que ce soit dans ton album ou sur maxis : qui est Rory Hoy ?

DJ Prosper – Je ne l’ai jamais rencontré en vrai. C’est un anglais qui m’a été présenté virtuellement par Freddy Fresh qui m’a dit : tu vas voir c’est un vrai génie, il a des talents musicaux exceptionnels … et précoces ! Son père était musicien et il a grandi dans un studio, entouré d’instruments, donc déjà il a quelques facilités avec la musique. Personnellement je n’ai jamais joué du moindre instrument et il m’a fallu du temps pour former mon oreille. Avec Rory ce qui est amusant c’est qu’on a tout de suite eu les mêmes goûts musicaux, mais d’une génération que lui n’avait pas forcément connu aussi bien que moi, c’est-à-dire les premières productions de Fatboy Slim, des Chemical Brothers, de The Wiseguys ou de labels comme Skint et Wall of Sound. Et pour quelqu’un qui a quinze ans de moins qui moi ça me paraissait effectivement étrange de connaître et d’apprécier autant cette scène là sans avoir dansé dessus en clubs. Il est assez old-school en étant un petit jeune !

C’est quelqu’un qui travaille en plus avec une rapidité et une efficacité assez déconcertante. A coté de lui je suis vraiment une feignasse (rires) ! Il est capable de faire, du début à la fin, un morceau par jour. Il me surprend énormément et je pense que c’est quelqu’un avec qui je travaillerai encore beaucoup parce qu’il a une source d’inspiration infinie. Il est toujours motivé et intéressé par tous les projets et puis les résultats sont là ! Du coup c’est un petit gars que je ne connais pas depuis très longtemps mais nous sommes vraiment sur la même longueur d’onde.
Rory Hoy c’est du coup le nom qui apparaît sur le plus de collaborations de l’album  »The Great Conjunction » et je pense qu’il y aura encore beaucoup d’autres projets ensemble dans le futur. On a fait des remixs aussi qui ne sont pas encore sortis pour des artistes français comme Rubin Steiner. Quand j’ai besoin de cette touche un peu old-school, je vais voir Rory et je sais qu’il va comprendre tout de suite la démarche. Et ça va groover (rires) !! Je pense qu’on va vraiment entendre parler de lui dans les dix prochaines années. En Angleterre il est obligatoire qu’il explose. Il est vraiment surprenant.

Trendhustler Un mot sur les autres invités de cet album : Wapi Wap, le taulier du label Chateau Bruyant, Adam Polo, Olaf Hund …

DJ Prosper – Alors Wapi Wap c’est quelqu’un que je connais depuis longtemps. On s’est connu au Glaz’Art à Paris où il était régisseur il y a de ça 12 ou 13 ans. Je savais qu’il faisait le rappeur de temps en temps et qu’il prenait le micro sur des sets Drum’n’Bass mais je ne l’avais jamais vraiment écouté, pour moi c’était un pote. Et il est arrivé il y a quelques années avec un projet qui s’appelle Comic Strip dans lequel il faisait des morceaux avec l’une des moitiés de Tambour Battant qui est un groupe Electro français que j’aime beaucoup et c’est là que j’ai pris une claque. Autant on était bon pour boire des coups et refaire le monde, autant on n’avait jamais vraiment confronté nos univers musicaux. Au bout de quelques temps je l’ai fait jouer dans une soirée et je me suis dit : mais il est super bon ! En plus il a monté son label sur lequel il a signé des bons potes à moi. Wapi c’est quelqu’un que j’admire vraiment sur la scène Electro française. Son label marche bien et il y a développé une vraie identité musicale et son catalogue est excellent, très novateur. Et puis ce type est génial, super drôle, ses textes sont intéressants, très ironiques.
Je ne suis pas un gros fan de Rap français en général. J’aime bien NTM, quelques morceaux d’IAM mais je ne m’intéresse pas du tout à la nouvelle scène. Et lui m’a un peu réconcilié avec ça. Il prend la relève de TTC, mais avec moins de foutage de gueule. Un truc un peu plus conscient mais en faisant passer le message de manière ludique et avec finesse. Il ne s’agit pas d’assommer en parlant de problème sociaux ce qui à mon sens correspond à s’enfermer dans une sorte de ghetto. Le joyeux bordel et le coté Punk de Stupeflip ou des Svinkels, je retrouve ça chez Wapi.

Après, Adam Polo que tu as cité, c’est une jeune recrue que j’ai rencontré il y a quatre ans dans une soirée au Rex Club. Il a monté un label qui s’appelle Formule Records et qui est orienté Electro et House, un son assez bien réfléchi, très mature. Adam Polo c’est un petit gars qui écoutait Daft Punk à l’époque du premier album, Cassius ou Motorbass et qui a réussi à récurgiter tout ça aujourd’hui en ne travaillant que sur des machines Hardware, sans logiciel.
Je suis amené à collaborer assez souvent avec lui, notamment pour Olaf Hund, donc je rebondis …

Trendhustler Quel talent …

DJ Prosper – Ah non mais tu peux partir, hein. Je termine l’interview tout seul, pas de problème, va faire tes courses, ce que tu veux (rires)
Olaf est quelqu’un que je voyais déchirer ses synthétiseurs et sa guitare sur scène il y a quelques années. Je l’ai rencontré dans une soirée. Il avait bien aimé le coté fou mais pas décousu de ce que je faisais et il m’a proposé de faire un remix sur son album sur lequel il travaillait à ce moment là. Évidemment j’ai dit oui tout de suite et plutôt que de s’embrouiller pour des histoires de cachets ou de feuilles SACEM, on a convenu que puisqu’on était tous les deux en train de faire un album, je lui faisais un remix et je lui demanderais de participer à un de mes morceaux. J’avais un texte, j’avais un morceau qui demandait un chanteur à la voix un peu grave façon Iggy Pop plus quelques coups de guitare et j’ai donc passé quelques après-midi chez lui à enregistrer. Ça a été un échange de bons procédés et c’est très agréable parce qu’il faisait partie des gens que je suivais de loin et que me frotter à son talent, ça tire vers le haut.

Après dans la liste d’invités de cet album il y a aussi des japonais, que je n’ai pas rencontré pour de vrai là encore mais que j’ai contacté par Internet : Phoebus. J’ai toujours aimé des choses comme DJ Krush et tout ce qui était morceau de Hip Hop chanté en japonais, pour moi c’était le rap de l’espace. Je n’en comprenais pas le sens mais ça a une musicalité inclassable, avec des mots et des syllabes qui s’affrontent mais qui en même temps vont dans le sens du Hip Hop. J’avais cette instru que j’ai élaboré avec Azaxx, un truc au son complètement saturé et industriel et il nous fallait quelque chose de spécial pour aller avec. On allait clairement pas faire chanter un brésilien dessus, il nous fallait du japonais, quelque chose d’hybride, un truc mutant. Ces gars là m’ont contacté sur MySpace et je leur ai dit : bougez pas, je vais vous faire écouter un truc et vous allez poser dessus. Les japonais ont la réputation d’être méticuleux et appliqués et effectivement il m’ont pondu un truc parfait en une prise avec les refrains, il n’y a rien qui dépassait, c’était pile poil sur la structure du morceau …

Ça fait partie des choses qui m’ont touché pendant l’élaboration  de l’album, d’abord parce qu’ils étaient très honorés de participer à un disque français. Ensuite parce qu’ils en ont quand même un peu chié là-bas pendant une certaine période – ce n’est pas vraiment fini d’ailleurs – et malgré la grosse bombe qu’ils ont pris sur la tronche, ils arrivaient encore à s’intéresser au disque, me demandant quand il sortait … Mois je leur demandais des nouvelles de leurs familles, si tout allait bien en pensant qu’ils avaient sans doute autre chose à gérer et il m’ont fait comprendre que cette sortie était vraiment une bulle d’oxygène pour eux. Même si ce ne sont pas des paroles militantes ou écologistes et ça peut même paraître anodin, pour moi ce morceau a vraiment pris une signification particulière.

Je veux aussi te parler de Azaxx justement, qui est un des mecs avec qui j’ai commencé vraiment à faire de la musique. C’est le premier DJ qui me sortait derrière les platines les Beastie Boys ou des trucs du label Mo’Wax, des productions Trip Hop alors qu’à l’époque je pensais que quand on avait des platines on ne mixait que de la Trance. Depuis on s’est toujours suivi. Aujourd’hui il est sur le label de Quantic donc il est plutôt bien en place le petit et il m’a présenté plein de gens qui m’ont mis le pied à l’étrier. Et puis humainement c’est juste une crème donc c’était essentiel qu’il soit présent sur mon album.

Qui est-ce que je n’ai pas cité encore ?

Trendhustler – Squid.

DJ Prosper – Squid, je l’ai rencontré à Paris. Je l’entendais rappé en anglais et j’étais complètement abasourdi de le voir gommer son accent français comme il le faisait pour fait autre chose que du yahourt. On a rapidement discuté de projet musicaux d’autant qu’on partageait à l’époque la même passion pour Horace Andy que lui avait rencontré en Angleterre. Du coup on s’est enfermé dans son studio et on a fait deux morceaux qui arrivent à m’arracher des émotions pop du plus profond de mon être (rires), des choses que seul un vrai musicien est capable de créer. Alors que j’avais plutôt le regard du DJ et de l’efficacité, là je me suis confronté à quelqu’un qui avait vraiment le sens des notes et de l’émotion musicale que l’on laisse parfois de coté de peur de tomber dans la guimauve ou le pathos. Et Squid a cette capacité de toucher juste, quelque part à mi-chemin entre l’émotion et le coté groovy.

Pour finir il y a OP9 dont je n’ai pas encore parlé. C’est l’archétype du musicien de studio. Il a grandi dans un studio, a suivi des études de musique dans des écoles et ce n’est pas quelqu’un qui sortait beaucoup le soir. C’est vraiment le guide de studio, il est très bon pour trouver des accords, des arrangements, pour faire sonner les morceaux. Mais c’est quelqu’un de très timide et de très réservé ce qui est plutôt bien en ce qui me concerne puisque ça s’équilibrait bien avec mon caractère plus exubérant et plus pauvre musicalement. Ça s’est très bien additionné et on est arrivé à des résultats très satisfaisants. Il m’a apporté beaucoup de choses auxquelles je n’aurais pas pensé. D’ailleurs pour l’anecdote, OP9 et Squid ne se connaissaient pas avant de travailler sur mon album et du coup se sont contacté et ils jouent ensemble à présent sur le nouveau projet de Squid. Ça doit être ça la magie des rencontres musicales !

Trendhustler  – Je vais essayer d’interrompre cette liste de remerciements avant d’attaquer la famille et les amis (rires) …

DJ Prosper – Dire merci à mes parents, tout ça … C’est vrai que depuis tout à l’heure c’est un chapelet de compliments mais je ne me suis entouré que de gens que j’aime beaucoup.

Trendhustler  – … pour m’intéresser à une habitude que tu as : celle d’insérer des samples de voix de films dans tes productions ou en introduction de tes DJ sets. Quelle importance cette influence un peu cartoon ou cinéma de quartier a-t-elle dans ton travail ?

DJ Prosper – Ça a une importance essentielle ! Vois-tu j’ai eu des aspirations de réalisateurs. En travaillant un peu dans le milieu du cinéma en France, je me suis vite rendu compte que j’étais plus cinéphile que cinéaste. Mais c’est vrai que j’ai grandi avec cet amour de la série B : John Carpenter, Brian De Palma, Scorsese … de tout ce cinéma un peu pop-corn. J’aime de temps en temps ressortir quelques images à travers des dialogues. Du coup il y a des films que je cite volontiers dans mes mixs :  »Flash Gordon » par exemple …

Trendhustler(j’éclate de rire) Le plus grand film du monde !!

DJ Prosper – Tout à fait (rires) ! Sûrement le meilleur rôle d’Ornella Muti. Avec Timothy Dalton aussi … C’est vraiment un film à mourir de rire. En plus il date de 1980 et il a pris un coup de kitsch incroyable. Mais paradoxalement, c’est la première cassette VHS que j’ai eu à la maison, étant gosse, et certains dialogues resteront à jamais gravés dans mon cerveau. C’est un peu perturbant. Il faut voir le film en version française pour comprendre.

 

DJ Prosper sera – aux cotés de Flore, Matsa et Leonard de Leonard – derrière les platines de la prochaines soirée « Voulez-vous bouncer Grand-mère ? », le mercredi 17 Octobre au Batofar.

Interview réalisée par le Reverend D. pour Tales From The Crate (Radio Show) et Trendhustler

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