Interview : DJ Perplex

Trendhustler plus fort que Thomas Cook où comment effleurer les dancefloors australiens sans décoller ses miches du canapé : interview garantie 100% steak de kangourou en compagnie de DJ Perplex, l’une des paires de mains les plus titrées des antipodes …

Trendhustler – Commençons par le commencement : peux-tu nous parler de tes débuts en tant que DJ : quand, comment, les raisons, les influences ?

DJ Perplex – Bien sûr, je suis très doué pour parler de moi, tout comme la plupart des gens (rires) ! Je mixais déjà vers la fin des années 90 mais j’ai vraiment commencé en tant que turntabliste, je veux dire avec une vraie installation pour le Turntablism, en 2001. Le deejaying connaissait alors un succès sans précédent, un genre de super explosion de la discipline, c’était énorme à l’époque. Ce phénomène a eu une très grande influence sur moi. J’étais assez jeune à ce moment-là et affamé de rentrer dans ce cercle, en particulier dans l’univers Hip Hop. J’étais passionné par le graffiti jusqu’à ce que je passe au deejaying, il faut dire que pour être un DJ turntabliste, il faut s’impliquer 24 heures par jour et 7 jours sur 7. Dès le début, c’est devenu une passion, j’étais totalement concentré sur l’aspect battle de la discipline, plus que sur le mix en clubs ou n’importe quel autre cadre. Je dois dire aussi que j’ai eu de la chance dans la ville d’où je viens, Melbourne en Australie, nous avons eu énormément de très bons DJ’s, tout spécialement à l’époque. Tu as peut-être entendu parler de DJ Dexter, il vient de Melbourne et a beaucoup influencé la scène locale. DJ J Red, Select, Ransom, tous ces gens ont été autant de sources d’inspiration pour moi. Quand tu es jeune, le petit nouveau de cette scène, tu passes ton temps dans les clubs où ils se produisent pour écouter leurs techniques sur de vrais disques vinyle. Ils font tous partie de la forte culture Hip Hop qui baignait la ville où j’ai grandi et ce sont eux qui m’ont influencé quand j’ai commencé le deejaying.

Trendhustler – La question peut te paraître étrange mais c’est quelque chose dont il est difficile de se rendre compte depuis l’autre coté du monde; Qu’en est-il de la culture Hip Hop en Australie ?

DJ Perplex – Il y a une très forte culture Hip Hop en Australie, au présent et par le passé. L’aspect historique est très important car nous avons connu une belle scène Hip Hop old school. Certains pays ont eu la leur, d’autres pas, pourtant c’est très important dans la mesure où c’est cette scène old school qui construit année après année une culture moderne plus forte. Le breakdance était particulièrement important autour de 1984 – ce qui date de bien avant mon époque : je suis né en 1983. Le milieu des années 80 a été un tournant majeur pour le Hip Hop australien, en particulier concernant le breakdance et le graffiti. Il y avait beaucoup de DJ’s qui baignaient également dans les autres disciplines de la culture Hip Hop : ils rappaient, graffaient, dansaient et mixaient. Et j’adore cet esprit B-Boy hérité des 80’s. Comme je le disais, il y avait quelques gars vraiment doués comme DJ Ransom, une grosse influence à Melbourne. C’était un roi, une pointure en graffiti qui peignait des trains et s’impliquait dans tout un tas de projets avant de devenir un DJ Hip Hop génial en club. Ce n’est pas le seul bien sûr mais il y a trop de noms à citer.

Melbourne est un peu le carrefour culturel de l’Australie. C’est un peu le New York australien je suppose (rires), à cause de l’atmosphère qui y règne et la richesse de son histoire culturelle. Il a fallu qu’on se construise au sommet de tout cet héritage, c’est peut-être ça qui explique l’émergence d’autant de bons DJ’s quand moi-même je commençais, bien avant Youtube et Internet. Nous n’avions que les cassettes et n’entendions des DJ’s que sur quelques radios ou sur les disques. C’est comme ça que ça marchait. Et dans le même temps, voir tout ça en vrai est une toute autre expérience, assister aux prestations de tous ces DJ’s live, en chair et en os, les voir faire tous ces trucs de dingue en direct alors que je n’étais encore qu’un gosse, c’était grandiose pour moi et c’est sans doute ce qui m’a donné le feu sacré pour m’y mettre moi aussi et devenir le meilleur derrière les platines.

Trendhustler – Puis vinrent les premières battles … avec un certain succès d’ailleurs !

DJ Perplex – C’est ça, j’ai participé à ma première battle en 2004, après quelques années à m’entraîner sur mon installation maison. J’ai attendu d’être suffisamment bon aux platines. Pour prétendre directement au titre de champion, il fallait que je sois vraiment prêt et ma première compétition a été le DMC … que j’ai remporté ce qui m’a donné assez d’énergie pour continuer à concourir à la fois sur le circuit DMC et ITF. En 2005, j’ai gagné le championnat ITF dans les catégories « équipe » et « beat juggling » ainsi que le championnat DMC australien. J’ai représenté mon pays à Londres pour les finales internationales du DMC en 2006, 2007 et 2008. J’ai également participé à l’IDA world en Pologne en 2009. Il y a eu quelques autres battles ici et là, le Redbull Thre3 Styles plus récemment … donc oui, j’ai obtenu quelques uns de ces titres magiques (rires) !

Trendhustler – Je suis toujours assez curieux concernant le Redbull Thre3 Styles que j’ai un peu découvert grâce à toi pour être honnête. Peux-tu nous en dire un peu plus sur cette compétition ? Comment est-ce que ça fonctionne et quelles sont les différences avec les championnats classiques que sont le DMC et l’IDA, côté compétition autant que concernant tes sensations en tant que participant ?

DJ Perplex – La principale différence entre les battles Hip Hop traditionnelles, le DMC et autres, et le Redbull Thre3 Styles réside dans le fait que le Thre3 Styles est orienté vers le club, c’est plus comme une soirée. Je suppose que toutes les compétitions de DJ peuvent être considérées comme des soirées mais là il s’agit vraiment de mettre le feu au public avec un format dancefloor. Les prestations sont aussi plus longues que dans les autres championnats puisque tu as quinze minutes pour faire tes preuves. Concrètement, tu dois être le meilleur à faire décoller la soirée, le jugement est très largement axé sur la réaction de la foule. Il y a aussi d’autres critères proches de ceux du DMC : la technique, l’attitude derrière les platines, la sélection des morceaux … mais tu dois foutre le feu avant tout ! Tu ne peux pas parier que sur tes capacités techniques ce qui offre une dynamique très différente. J’y ai participé trois fois et j’ai gagné en 2010 et 2011. Le Thre3 Styles est vraiment différent du DMC. On y rencontre des DJ’s aux styles plus variés qui pour beaucoup ne viennent pas du tout de l’univers Hip Hop. C’est plus une compétition sur le thème du mash-up pour sacrer le roi du mélange d’influences. Tu enrichis ton set d’un peu de scratch – même si la plupart des gens que j’y ai vu ne savent pas poser un scratch ou un beat juggling – un peu comme si tu intégrais l’approche du DMC à l’optique d’un mix en club ce qui ressemble assez à ma façon de faire : fusionner mes capacités aux platines avec l’idée de secouer le public, de maintenir l’attention de la foule. Je me suis donc bien éclaté avec le Redbull Thre3 Style, en particulier lors de la finale internationale à Vancouver l’année dernière, j’avais ramené de grosses influences Hip Hop mélangées à des grands classiques. J’ai sans doute intégré trop de scratch pour mon propre bien (rires), mais je me devais de représenter les scratcheurs de la compétition et plus largement tous les turntablistes.

C’est une toute jeune compétition, à peine trois ou quatre ans maintenant. Le DMC est 25 plus vieux et le Thre3 Styles doit encore trouver sa voie, se développer et définir une identité propre. Je pense que ça va devenir encore meilleur avec les années, ce n’est que le début. Mais ce sera de toute façon très différent des battles Hip Hop traditionnelles.

Trendhustler – A ton avis, ce genre de compétition plus orientée vers le club apporte-t-il un vent nouveau sur le monde des battles DJ ?

DJ Perplex – Oui, c’est bien de vouloir mélanger ainsi ces deux univers. C’est déjà la direction que j’essayais de prendre de toute façon : moins focalisée sur les routines super techniques. Je travaille toujours sur des routines mais je cherche à les rendre plus accessibles pour le public avec des éléments sur lesquels on puisse vraiment danser, même si tout ça reste très découpé et travaillé. Il faut tendre vers le mix de ces deux composantes – le scratch hardcore et les choses plus orientées vers les pistes de danse – et peut-être revenir quelques étapes en arrière. Si tu regardes les images des DMC de ces deux dernières années, tu verras des trucs d’un niveau jamais atteint, le scratch de la planète Mars. Le Thre3 Styles revient sur Terre et tente de rendre tout ça plus accessible pour la foule. Il ne s’agit plus d’assommer les gens avec des compétences techniques qu’ils ne sont pas capables de seulement comprendre, c’est un genre de battle plus fun, les gens dansent, suivent le battle ou passent juste une bonne soirée sans se soucier de la compétition. Il y en a pour tout le monde.

Au départ, les DJ’s Hip Hop au sein de la scène turntabliste, les gars qui faisaient des battles dans les années 80 ou 90, c’étaient des DJ’s scratcheurs et des gens à la technique formidable mais ils étaient tout autant capables d’animer une soirée avec des sets géniaux. Je pense aux Beat Junkies et à toutes les stars américaines dans le même genre. Ils participaient aux battles mais ils proposaient des mixes de dingues en soirées ! Ils étaient des DJ’s absolus. Ça a été comme ça jusqu’à la fin des années 90 mais au cours de la dernière décennie, on a vu des gars qui ne savaient que scratcher, même pas fichus d’enchaîner deux disques. Je crois que ça dévie franchement de ce qu’on devrait appeler un DJ. C’est important de savoir gérer une fête en jouant de la bonne musique dans laquelle les gens peuvent plonger. C’est ça le deejaying. Tu ne peux pas ignorer le fait que le deejaying c’est avant tout l’art de distraire le public. Aujourd’hui, le DJ doit se diversifier. Tu ne peux plus proposer des shows purement turntablistes dans les clubs, je ne pense pas que tu puisses survivre ainsi en tant que DJ contemporain, même si tu es au top niveau, champion du monde ou quoique ce soit. Tu dois pouvoir faire sérieusement bouger le public. C’est primordial d’aller vers la fusion de ces deux approches. Aujourd’hui plus que jamais.



Trendhustler
– Y a-t-il une position que tu préfères malgré tout ?

DJ Perplex – J’adore la battle, mec ! Juste … boum (rires) ! Il y a quelques années je t’aurais sans doute dit que c’est ce que je préférais mais aujourd’hui, j’aime la combinaison des deux. Tu peux vérifier dans mes mixtapes ou lors de mes dates en clubs : il y a toujours de gros éléments turntablistes qui surgissent soudainement, pour accompagner ou souligner le mix. C’est la fusion un peu sournoise d’un style club et du Turntablism. Je travaille de cette façon depuis longtemps maintenant. Tout ce que je fais dois être funky, les gens doivent pouvoir danser dessus.

Trendhustler – Depuis quelques mois tu travailles sur une série de mixtapes appelées Fatape. Il en sort un nouveau volume presque tous les mois, était-ce un challenge pour toi de te contraindre ainsi à sortir quelque chose une fois par mois ? Est-ce une question de visibilité en ligne, de nécessite à avoir une actualité aussi régulière que possible ?

DJ Perplex – Je ne joue pas les marathoniens avec ce projet (rires), l’idée est plus de me fixer un but, de me structurer et de travailler au moins un mix par mois. Mais oui, c’était un genre de défi de sortir ainsi une nouvelle mixtapes tous les mois, pour les congés scolaires, les jours de fêtes ou les célébrations internationales : la Saint Valentin, la fête de l’indépendance, l’anniversaire de la reine d’Angleterre – c’était quelque chose d’important ici, Halloween … Il faut le prendre comme un showcase qui contiendrait tous les genres de musique que j’aime, beaucoup de vieux disques que j’écoute à la recherche de samples, des trucs Hip Hop et un mélange d’influences modernes. Ça a été un voyage intéressant pour moi. Tu sais, ce ne sont pas des mix live, enregistrés en une prise et c’est bon. Ces mixtapes me demandent beaucoup de travail : edits, multipistes, effets, ce genre de choses. C’est un bon processus dont on peut écouter le résultat sur le site de Fat Kids : www.iamfatterthanyou.com
J’en suis au numéro 33 (au moment de l’interview, le 34ème vient de sortir -ndlr), ça commence à devenir sérieux !

Trendhustler – Est-ce que le choix de ces jours de fêtes était un moyen de donner un sens supplémentaire à ton travail de DJ ? Certaines limites ou un cadre thématique avec lequel jouer ?

DJ Perplex – Je vois ce que tu veux dire mais … non, pas vraiment. Évidemment, pour la mixtape de la Saint Patrick, j’ai utilisé pas mal de musique irlandaise (rires). Pour certaines, j’ai travaillé avec le thème. La tape du jour de l’indépendance américaine ne contenait que de la musique américaine, des trucs Trap et du scratch. J’essaye de jouer avec les thèmes mais ce n’est pas un priorité. Il s’agit plus de proposer un show avec mes différents goûts musicaux.

Trendhustler – Comme tu l’as évoqué, la quasi totalité des morceaux que tu utilises sont édités, remontés. Qu’en est-il de la production originale ? Est-ce quelque chose que tu as déjà envisagé ? Quelque chose qui t’intéresse ? 

DJ Perplex – Oui, je travaille sur ma production propre depuis des années. Ce n’est pas quelque chose de facile pour moi. C’est de plus en plus dur de devenir producteur, le niveau est toujours plus haut et il me faut sans cesse améliorer la qualité de ma production, je me trouve dix fois moins bon que la plupart des gens. J’ai lentement développé mon propre style mais avant de proposer quoique ce soit de ce coté, je dois rester concentrer sur mes edits, remixs et autres. Je n’ai presque jamais sorti ce que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui. Je travaille actuellement sur des gros trucs que j’aime bien et je pense que ça sortira sous un format tel que la beat tape, quelque chose dans ce goût-là. C’est le bon espace pour moi : pas vraiment un album, juste une compilation de beats ou de brouillons, de bonnes instus qui tapent bien, avec bien sûr de nombreux scratchs. J’ai aussi produit des beats pour des MC’s australiens. En tant que DJ, je pense que la production est un peu l’ultime destination. Jouer la musique des autres te pousse forcément à vouloir réaliser la tienne.

Trendhustler – Tout à l’heure tu parlais du site internet de Fat Kids, y a-t-il d’autres adresses où on peut te retrouver en ligne ?

DJ Perplex – Bien sûr, on me retrouve sur Soundcloud, c’est la bonne adresse pour écouter mes mixes ou mes beats. L’autre bon coin c’est  comme tu l’as dit le site de Fat Kids. Après, Google est ton ami (rires) ! 

Trendhustler – Quelle est la suite pour toi ? Des dates ? Des battles ? Peut-être un peu de production ? 

DJ Perplex – Je ne crois pas que je participerai à nouveau à des compétitions dans l’immédiat. Je tiens à me focaliser sur ma musique. Il y a aussi des collaborations à venir avec d’autres artistes : des rappeurs ou des DJ’s. Un des mes amis proches, DJ B2, vient tout juste de  remporter le DMC en Australie cette année et je l’ai aidé à mettre son set en place, j’ai adoré ça. C’était comme si j’utilisais des choses que  j’aurai voulu faire moi-même mais parce que je suis un peu retiré de la compétition, je les lui ai proposé. Et il a tout tué ! C’était super de  l’aider à monter son set. Je ne participerai pas à un battle de sitôt mais je continuerai à travailler sur des routines, plus axées sur la musicalité, afin de continuer à creuser mon sillon, à approfondir ce que le DMC m’a appris et à pousser ma musique aux platines plus loin. Ce qui est sûr c’est qu’il y aura de la vidéo dans les mois qui viennent, gardez un œil sur cette perspective.

Interview réalisée par le Révérend D. pour Tales From The Crate (Radio Show) et Trendhustler.

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