Neu!2 #12: Daft Punk, Vampire Weekend, Bombino

Daft PunkRandom Access Memory

Daft Punk - Random Access MemoryDifficile de passer à côté de LA sortie de l’année. Tout le monde l’a écouté: votre collègue qui écoute du classique, votre tante qui passe sa journée sur NRJ, votre voisin qui n’est toujours pas revenu du métal, et évidemment tous vos potes, vous mêmes, et tout le reste de la planète, puisque cette hystérie complètement Bieberienne, ne se limite pas à la France. Une chose est sure en tout cas, le talent de communication du groupe reste intact. Il a réussi à conserver une crédibilité à toute épreuve, alors même que Human After All était pour le moins moyen, et Tron: Legacy oubliable, et l’image qu’il vend est toujours d’une classe imparable, alors qu’elle n’a pas vraiment été renouvelée depuis douze ans. En tout cas, on ne pourra pas reprocher au duo d’être des suiveurs. Comme à son habitude Daft Punk se moque des tendances du moment et propose des sonorités nouvelles. Certes le vocoder est plus que jamais présent, mais en abandonnant les samples et les instruments virtuels pour une instrumentation live avec la crème des musiciens à tendance soft rock et disco des années 70 et 80, les robots font renaître le disco à l’ancienne, en le dépoussiérant à grand renfort de moyens de production dernier cri. Le résultat décevra surement les fans d’électro, qui n’auront pas grand chose à se mettre sous la dent, mais il faut bien avouer que l’album est plaisant et passe tout seul: les guitares funky, la basse bien bien ronde, la batterie sous influence jazz, toutes les lignes instrumentales sonnent terriblement bien, pendant que les mélodies pop s’accommodent parfaitement des structures pop bien calibrées ou des structures progressives plus délirantes. Et à l’instar du Muse d’il y a quelques années (avant qu’ils ne se perdent dans leur soif de stades), Daft Punk n’hésite pas à oser le kitsch pour célébrer la musique de la manière la plus festive qui soit, ce que leur talent leur permet de faire sans que cela ne paraisse ridicule. L’album est un feu d’artifice sonore: joyeux, pyrotechnique, facile d’accès. Dans un sens, Daft Punk aura réussi à reproduire le tour de force d’Apple: Random Access Memory n’est peut être pas le meilleur produit du moment, mais par sa simplicité apparente, son image haut de gamme, et son exécution irréprochable, il est, de fait, LA référence actuelle en matière de musique électronique à travers le monde.
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Vampire WeekendModern Vampires of the City

Vampire Weekend - Modern Vampires of the CityDébut 2008, Vampire Weekend débarquait avec un premier album génial qui les plaçait parmi les grosses formations indé, juste avant que le mouvement ne devienne complètement mainstream, les groupes indés se multipliant, Arcade Fire, les Black Keys, Bon Iver et même Phoenix se mettant à truster toutes les récompenses musicales au monde, et Jay-Z affirmant en interview que l’indé était l’avenir de la musique. Sans être mauvais, Contra leur deuxième album était une déception. En restant sur le même registre que leur album éponyme, avec des chansons un poil en-deçà, il enfermait le quatuor dans ses clichés et les critiques à son égard: un groupe de fils à papa jouant en Ray-Bans, ne s’inspirant de l’Afrique qu’à travers l’écoute de Graceland… des BB Brunes new yorkais en somme. Après la tournée de Contra, le groupe a pris une pause et chacun est parti enrichir son bagage musical sur d’autres projets. On les a notamment vu durant cette période aux côté de Major Lazer ou de Das Racist. Fin 2011, le groupe se retrouve et commence à travailler sur son 3ème album, en faisant appel pour la première fois à un producteur extérieur au groupe pour les aider: Ariel Rechtshaid, une vielle connaissance de Major Lazer. Le groupe mettra finalement tout 2012 pour l’enregistrement. Et à l’écoute, une chose saute à l’oreille: le groupe n’a pas chômé durant cette année. Il s’est employé à se distancer de sa zone de confort et a réussi bien mieux que cela. On reconnaît l’identité propre du groupe (la voix et les mélodies d’Ezra Koenig toujours aussi proches de Paul Simon, la bonne humeur, le travail sur les détails sonores et l’harmonie), mais tout le reste a changé, et mieux, les morceaux sont d’une grande variété. Enregistré avec les meilleurs outils analogique pour la qualité, retravaillé sous ProTools et avec les derniers plugins Ableton pour la modernité, très pop pour l’accessibilité, et très travaillé pour le plus grand bonheur de tous, l’album a de plus profité d’une très grande attention à tous les niveaux, du songwriting au mastering. Les influences, les idées et les sonorités, magnifiées par la très belle production, se fondent merveilleusement les unes dans les autres malgré leur aspect expérimental et bric-à-brac. C’est de l’indé de haut niveau, accessible et bien produit, mais n’ayant pas oublié de rester avant tout inventif et novateur, un album à la hauteur de New York: cosmopolite, débrouillard, classe et magnétique. Et, cerise sur le gâteau, la pochette avec la photo de New York dans le smog est une réussite.
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BombinoNomad

Bombino - NomadCe qui me connaissent savent à quel point j’aime le Tishoumaren, cette musique que les touaregs ont créé dans les camps de réfugiés en Libye en mêlant la musique touareg traditionnelle au blues américain, et dont la genèse est très bien illustrée par l’histoire personnelle d’Omar Moctar, alias Bombino. Né au Niger, le jeune Moctar est contraint, enfant, à l’exil lors des rebellions touaregs du début des années 90, et a alors appris la guitare en regardant des vidéos de Jimi Hendrix et de Mark Knopfler, et en devenant l’élève du guitariste touareg Haja Bebe. Devenu tout autant musicien reconnu que gardien de troupeaux, il commence à se produire régulièrement sur les scènes locales, avant que la guerre ne le rattrape, emportant deux membres de son groupe, et le contraignant à nouveau à l’exil au Burkina Faso. Retrouvé en 2009 par Ron Wyman, qui lui consacrera un documentaire, ses enregistrements locaux commencent à être diffusés en Occident à partir de 2010, et Bombino commence alors à se produire sur les scènes internationales. A l’instar de Tinariwen, les leaders du genre, avec les membres de TV on the Radio, Bombino trouve alors un fan et un VRP en la personne de Dan Auerbach des Black Keys, qui l’invite en 2012 à se rendre à Nashville pour produire Nomad. Comme à son habitude, Bombino réinterprète lors de cet enregistrement son répertoire (pour certaines chansons, il s’agit de la 4ème version enregistrée), en adoptant un nouveau point de vue. On n’est plus dans le partage du thé après une longue journée de marche à travers les dunes, l’ambiance est désormais à l’ivresse d’une grande fête, impression à laquelle les moyens d’un enregistrement studio, qui tranche avec les enregistrements dans le désert, n’est surement pas étrangère. L’album est un joyeux hybride, reconnectant le Tishoumaren au blues rock américain récent (porté d’ailleurs par les Black Keys), sans jamais trahir son essence originelle. Une ouverture qui a de quoi propulser définitivement Bombino dans la cour des artistes world qui comptent sur la scène occidentale.
[audio:http://www.trendhustler.com/wp-content/uploads/2013/05/09-Aman.mp3]

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