Fauve au Bataclan – Live report

Il faut (au moins) avoir vécu dans une grotte cette année pour passer à travers le filet FAUVE. Pour les retardataires : FAUVE est un collectif ouvert, uni par “une conception partagée de la Vie et des Gens”. Plus précisément, FAUVE croit à l’Amour rédempteur, “baise les rapports humains baisés, défait le défaitisme, hait la haine et a honte de la honte,” comme il l’explique sur son site.

Des conceptions que ce collectif d’une trentaine de personnes a décidé de poser en chansons à partir de 2010, avec un première titre fort : « Kané », au refrain cosmique (“Parce que t’es beau/Comme une planète/Je t’ai dans la peau/Je t’ai dans la tête/Et quand bien même y’aurait que moi/Tu peux pas/Tu peux pas/T’en aller comme ça”), sur une guitare tourbillonnante.
FAUVE ne chante pas, FAUVE clame son mal-être et des rêves de nuits meilleures. FAUVE est ainsi “désespérément optimiste”. A l’oreille, c’est un flot de paroles quasi-ininterrompu, emporté par l’urgence de passer des messages, sur des guitares post-punk forcément mélancoliques et des beats empressés, hypnotiques. Un combo salvateur que l’on retrouve sur leur premier EP, Blizzard, sorti le 20 mai dernier.

FAUVE s’est fait connaître à coup de concerts dans les moindres recoins de France, pour des prestations unanimement saluées. Mais dans une certaine mesure. Car FAUVE fait polémique, comme tout groupe qui débarque sur une scène musicale un peu trop endimanchée. Leurs textes simples sont montrés du doigt comme de la facilité, une bien-pensance bobo fade et nombriliste. On crie à l’imposture face à ce groupe de 5 jeunes hommes qui préfèrent rester anonymes, au coup monté, au marketing qui s’éteindra de lui-même.

Mais FAUVE a fait son chemin, et voilà qu’il se retrouve à la tête d’un Bataclan complet ce vendredi 7 juin. Un Bataclan, plein à craquer, alors qu’ils n’ont qu’un EP fraichement sorti, Blizzard, rappelons-le. Cela relève de l’exploit, et surtout, démontre bien que FAUVE a mis le doigt sur quelque chose de significatif pour se mettre aussi facilement le public dans la poche. D’ailleurs, leur sigle est simplement affiché à l’entrée de la salle, comme un code secret.

La foule est majoritairement composée de jeunes plus ou moins adultes, et surtout, de groupes de potes. A peine arrivée, j’entends déjà deux personnes s’engueuler. Un mec s’énerve à voix haute contre le groupe, les bras croisés. Sa voisine lui lance « C’est pas sympa ! Si t’es pas content, pourquoi tu restes ? » Il lui rétorque : «Ben je m’en fous, j’ai été invité. » Alors voilà, c’est à cause de ce genre de tocards que la fête peut être gâchée, et que FAUVE se retrouve à tort taxé de groupe de poseurs sans substance. Tout ça parce qu’ils ont eu le malheur de plaire d’abord au microcosme parisien. Forcément, c’est suspect. Pourtant, il suffit de jeter un œil au chanteur, simplement vêtu d’un polo brun et d’un jean, une coupe de cheveux anecdotique, contemplant la foule d’un œil brillant, pour se convaincre que la pose n’est pas le fort de FAUVE.

Ce soir au Bataclan, la foule est d’avance conquise, pleinement. Les premières notes de l’angoissante « Sainte-Anne » retentissent, et déjà, les bras se soulèvent. Derrière le groupe, des images chiadées sont projetées sur quatre longs pans de tissus blancs. Entre chaque titre, le signe revient, d’un rouge sang profond. Haut les Cœurs est scandée comme un hymne, Cock Music Smart Music impose son flow épileptique, le chanteur allant d’un bout à l’autre de la scène d’un pas pressé, comme poursuivi par une ombre effrayante.

Le quintet rennais poursuit avec « 4.000 Îles », appelant à l’évasion. Bonne idée du chanteur, emporté par l’enthousiasme : transformer la foule en chorale improvisée pour reprendre « Emmène-moi », comme une injonction désespérée. Après quelques minutes d’échauffement, le groupe se lance, la foule suit avec ferveur. C’est beau, mystique. Sur les écrans, des images d’avion défilent, et le Bataclan semble hors du temps. Arrive Jennifer, chanson difficile sur le harcèlement, où l’on hoche de la tête en approbation du message d’espoir livré (« Tu peux la prendre dans tes bras/Et lui dire que le jour se lèvera au moins une fois »), assaillis de flashs blancs. FAUVE nous offre ensuite un titre inédit, « pour tous ceux qui sont nés dans les années 80, et les autres », sur fond d’images de pom-pom girls. On y parle d’un mec à la dérive suite à une rupture, qui prévient « Je suis dangereux, dangereux », dans la même lignée que Sainte-Anne. Un beau moment un tantinet gâché par des problèmes de micro pas assez fort.

« Maintenant, c’est la chanson pour pécho. Il faut que le Bataclan se transforme en boom », annonce le chanteur, tandis que les spots se braquent sur une boule à facettes géante. Vient la délicate « Rub a Dub », où un mec aborde une fille sans se faire d’illusions, livrant son cœur sur un plateau. « Sortez les briquets », scande-t-il encore. La salle s’exécute, alors que des extraits de Grease passent en boucle. Deux filles du public, perchées sur des épaules, accomplissent une petite ronde aérienne dans une lumière bleue. Les gens sourient, s’allument une clope. Ou plus. Le chanteur, qui est décidément le seul à parler, se fend d’un touchant discours de remerciement : “Merci à vous, on vient de nulle part et ce soir on remplit le Bataclan ! On ne sait pas s’il y en aura un autre, mais en tout cas, merci. Ca nous a sortis de plein de trucs, vous savez. Ca a tout changé pour nous. » Une clameur s’élève de la foule, qui scande des « bravo » et « merci » entre deux vagues d’applaudissements. Assez rare pour être souligné. On a presque l’impression d’assister à un meeting plus qu’à un concert.

Les premières notes des « Nuits Fauves » relancent l’euphorie : le chant se transforme en hurlement, la guitare détale dans un riff puissant, la foule est emportée et reprend « Tu nous entends le blizzard ? Tu nous entends ? Si tu nous entends, va te faire enculer ! » avec une jouissance exquise. Frissons. Elle en veut toujours plus, et tape des pieds pour faire savoir son impatience. Elle est servie avec Blizzard, pas loin de devenir l’hymne de FAUVE, et peut-être d’une génération. Bien que le groupe se défend d’être un étendard. Comme on s’y attendait, Kané a été gardé au chaud pour un final qui dépasse l’entendement. Ca crie de tous les côtés, ça jubile, ça sautille, ça tape dans les mains sur un rythme beaucoup plus enjoué que la version studio. Un dernier « merci, on vous retrouve après pour aller boire des coups», et le quintet s’éclipse. Les lumières se rallument et nous rappellent au réel. Ca fait mal, c’était trop court, même si avec moins de dix chansons à son actif, on sait bien que le quintet ne pouvait que difficilement faire plus qu’un set d’une heure et quart.

J’étais assez anxieuse à l’idée de les voir sur scène, car la barre était très haute, à force de lire des live-reports dithyrambiques. Ce concert au Bataclan a été au-delà de mes espérances, et m’a confirmée dans l’idée que FAUVE est juste une bande de mecs qui s’est servi de la musique comme d’un exutoire, et ce, comme tant d’autres avant eux. Mais d’une manière si accessible, crue, comme de la chair à vif, que nous sommes nombreux à nous y être abandonnés. Et qu’importe si ça ne dure pas, FAUVE aura apporté quelque chose de fort au moment où c’était nécessaire. Le Bataclan s’est noyé corps et âme dans une nuit FAUVE. Il s’en souviendra.

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