Dorian Concept : « Joined Ends »

On se laisse aller dans le reflux, bercé aux soubresauts indifférents d’un monde que la nature a repris. De lamentations étouffées et dégluties, à l’inflexion en frissons liquides passés au travers, Dorian concept revient et se détache. Paru le 20 septembre sur le label britannique Ninja Tune après deux ans de silence, le deuxième album du producteur multi-instrumentiste viennois cherche un nouvel élan.

 

 

On retrouvera sa patience. Celle des morceaux qui prennent toujours le temps de la progression. Toujours la composition s’enracine plus loin, plus profond, jusqu’à l’étreinte, jusqu’à ce qu’il ait tous les droits. En « time laps » haché d’une poussée irréversible, ça s’étire par cellules.

 

Jusque là, Dorian Concept s’inscrivait dans cette reconquête naturaliste que l’on peut entendre par exemple dans “Biophilia” de Bjork ou encore “Disnomia” de Dawn of midi, quand la répétition cultive le rituel. Il gardera ce ton de la réminiscence, cette intimité, comme on raconte un souvenir. Celui d’un temps où on écoutait encore la pluie en crépitements pixelisés. Les chansons des enfants. Des refrains à peine formulés par des voix à peine expirées. Mais c’est là une direction nouvelle autant qu’un retour aux sources.

 

 

 

Joined Ends s’ouvre comme un hommage à Steve Reich, machinal et impersonnel, dilué dans la longueur, à l’immersion analogique. Une orchestration aux timbres plus traditionnels s’annonce. Un instant, la synthèse se détourne du transparent pour tendre vers l’oublié. C’est peut être cette héritage là de la musique concrète qui s’efface un peu, qu’on cherche de l’oreille comme on à pu chercher parfois la bande magnétique chez le grand George Russel dans son “Electronic Sonata for Souls Loved by Nature”. De ce dernier, plus de quarante ans après, il reprend l’expérience du duel entre électronique et instruments, entre production et improvisation, composition et performance. Un rapprochement avec ces œuvres de 1968 pour grand orchestre et « bandes électroniques » déjà concrétisé dans ses collaborations avec “The Cinematic Orchestra”.

 

 

Le passage de la chambre à la scène est devenu une problématique centrale chez notre descendant analogue du “Lydian chromatic concept of tonal organisation”.

Ce nouvel album donne alors la réplique sur scène à une adaptation en trio. L’imperfection est à l’envers de la machine. C’est l’impulsion que l’appareil fige. Le concert ici laissera au corps le dernier mot.
Parmi les travaux de Zach Danzinger et Owen Bidle ou autre Tayondai Braxton, Dorian Concept propose un autre examen des rapports hybrides entre l’homme et sa création.

« Joined Ends » Tracklist :

  1. The Sky Opposite,
  2. Ann River, Mn,
  3. Mint,
  4. Clap Track 4,
  5. Draft Culture,
  6. Schadentrauer,
  7. Nest Nest,
  8. The Few,
  9. Trophies,
  10. Do, Undo, Redo,
  11. 11.04.2012,
  12. Tried (Now Tired)