Interview : Guts

GutsQuelques semaines après la sortie de son dernier opus “Hip Hop After All”, et avant le début de sa tournée, nous avons eu la chance de rencontrer Guts.

Quelques jours avant son concert (déjà complet) à La Maroquinerie, nous vous livrons la belle discussion que nous avons eu avec le plus détendu des Beatmakers français (mais pas que…)

 

 

TH : Est-ce que ça va bien Guts ?

GUTS : Ouais ca va très bien, surtout en ce moment, c’est top, avec l’album “Hip Hop After All” qui vient tout juste de sortir…

TH : Tu es donc de retour, après une longue période où nous ne t’avons pas trop vu en live. Content d’être de nouveau sur scène ?

GUTS : Oui. Ces derniers temps j’ai fait quelques DJ Sets en mode “Beach Diggin’” (compilation qu’il réalise avec Mambo, l’illustrateur de ses pochettes) de manière épisodique, mais il est vrai que je suis plus, dans l’absolu, un producteur de Hip Hop de studio. C’est vraiment là que je m’épanouis, que je me révèle…

TH : On te suit depuis longtemps, et nous avons pu apprécier notamment tes anciens albums, qui étaient plus dans la lignée du beatmaker “classique”. Avec ce nouvel opus, tu as eu la volonté de travailler sur le mélange du sample, de la MPC et de vrais musiciens ? Avec un casting de rêve en plus : Ca ne serait pas la Dream Team du Hip Hop réunit sur un disque ?

GutsGUTS : C’est vrai que c’est un super Band ! Pourtant, au début, je ne me suis pas dit que j’allais faire un casting de dingue, je n’avais pas en tête de réunir la crème de la crème. En fait, j’avais juste envie de me faire plaisir. Ce projet trottait dans ma tête depuis un certain temps, et à un moment ça a été LE moment. Tout était réuni pour pouvoir faire ce projet : Les énergies positives et créatives, la collaboration avec le label Heavenly Sweetness (depuis l’album “Paradise for All” et qui perdure depuis), le retour au sampling de morceaux des années 70…

J’ai donc discuté avec Franck, le patron du label en lui disant que c’était peut être le moment de lancer un projet ambitieux… Il m’a dit : “oui sans hésiter, prenons des risques. Si jamais ça ne marche pas, ca sera compliqué pour un label indépendant comme Heavenly Sweetness, mais si ca marche, ça permettra de continuer et de développer aussi d’autres artistes et d’autres projets au sein du label.”

Et ca m’a rappelé l’époque de Alliance Ethnik, où ça a tellement bien marché la première année, que ça a permis à Delabel (le label de l’époque) de développer : Keziah Jones, Les Rita Mitsouko, Oxmo Puccino et bien d’autres encore….

Et je serai très fier que ce disque fonctionne, pour Franck, pour Heavely Sweetness, et pour les projets à venir !

TH : En fait, tu as vraiment travaillé à l’ancienne avec le label, ce qui est rare, à une époque ou les artistes se débrouillent souvent seul avec personne qui ne souhaite investir sur leur projet, malgré un potentiel certain.

GUTS : Totalement ! Et je vois l’importance d’un label comme Heavenly Sweetness aujourd’hui pour réellement travailler un album. Aussi, il ne faut pas se raconter d’histoires. Quand tu vois la qualité des albums des années 90, dans le contenu, dans la densité, dans la qualité du son, de la production… Tout se résume à des histoires de moyens !

Donc oui, quand tu as la possibilité de travailler avec des ingénieurs du son vénères, du mastering vénère, des musiciens vénères, des équipes de promotion vénères… Ca donne un putain de level !!! Une vraie démarche qualitative. Je trouve qu’il y a peu d’albums aujourd’hui qui sont une boucherie de A à Z, où le son est mortel, la production est mortelle, ca joue bien, c’est du costaud !

TH : D’ailleurs, c’est intéressant de voir que tu as voulu montrer toutes les étapes pour faire un disque. Je pense notamment au teaser vidéo, où l’on peut découvrir toutes les étapes, et le nombre de gens qui travaillent pour arriver à ce résultat . C’est aussi une volonté de montrer qu’il y a une grosse recherche et un vrai travail sur le son, en rapport avec le format final ?

GutsGUTS : Oui tout à fait ! J’aime particulièrement travailler avec Mr Gib (La Fine Equipe) au studio One Two Passit. Pour chaque morceau, on cherche le bon micro pour les refrains, un autre pour les couplets, encore un autre pour les back… Ca change selon les voix… La même chose pour les instruments… Bref, on trouve notre petite recette pour que le son soit totalement adapté à la musique.

TH : Et c’est justement ce qui saute aux oreilles à l’écoute, dès l’EP ! La qualité de la production, et le juste milieu entre travail de Beatmaking chez soi et le travail de Studio.
C’est aussi une envie d’obtenir le son juste par rapport au format ? Le travail sur le son sera différent entre un CD ou un vinyle par exemple non ?

GUTS : Oui ! C’est comme vendre de la banane avec un goût d’orange ! Si tu achètes une banane, tu veux une vraie banane non ? Et bien, pour un vinyle c’est pareil ! Tu achètes un vinyle , tu veux un son analogique et pas un vinyle qui sonne comme un MP3 comme la plupart des vinyles hip hop du moment ... Et c’était aussi le challenge! On est en 2014, mais je vais faire cet album avec la logistique et la méthodologie des années 90. J’avais envie de faire un disque dans l’air du temps mais avec la méthodologie que j’ai vécu il y a 20 ans avec Alliance Ethnik notamment.

TH : Comment s’est organisé tout ce travail de studio, de collaborations… ? Entre New York, la France ? Combien de temps as tu mis pour faire ce disque ?

GutsGUTS : J’ai composé l’album en à peu près 2 ans. J’ai fait une centaine de titres, et j’en ai gardé une vingtaine. A peine le morceau était fini que j’entendais déjà le type de voix que je voulais (voix grave, dynamique ou encore suave, une chanteuse ou rappeur avec du flow …). Pour Patrice ou Rah Diggah, par exemple ça m’est venu tout de suite. Ensuite, j’ai appelé DJ Fab pour qu’il écoute et me dise ce qu’il pense de mes choix, mais aussi qu’il me propose d’autres artistes auxquels je n’aurais pas pensé. On a réfléchi et une fois qu’on a fait le casting (en partant de la musique bien sûr), on a contacté tout le monde. mis à part quelques artistes (Pharaoh Monch, Jonwayne…) avec qui on n’a pas réussi à se caler niveau planning ou pour d’autres raisons. Pour tous les autres artistes ça a pu se faire, jusqu’à la chorale d’enfants qu’on a enregistré à New York, grâce à Bob Power qui m’a donné un énorme coup de main pour que cela puisse se réaliser.

TH : Suite à cet album, tu pars en tournée. Quelle formule as tu voulu monter sur scène ? Avec ta MPC ? Avec un batteur ?

GutsGUTS : Je ne voulais pas de batteur car je voulais donner une vraie assise Hip Hop. Pour garder le côté Boom Bap, j’avais besoin de ma MPC. Et quitte à faire une tournée autant faire un Live Band mais toujours avec ma MPC et mon côté Boom Bap ! Donc sur scène, j’aurai ma MPC4000 (pour gérer entre autres Batterie, Samples, Cuivres, Choeurs de voix…), et je serai accompagné de Florian Pellisier (Claviers), Slikk Tim (Bass), Greg F (Guitar) & Leron Thomas (Trompette / Voix).

TH : Du coup, il n’y a aucun MC sur la tournée ?

GUTS : Oui j’ai du faire des choix, même si énormément de rappeurs sont présents sur ce disque et qu’il s’appelle “Hip Hop After All”! Leron Thomas était l’artiste le plus disponible, il était très motivé, chante et fait de la trompette !

GutsMais effectivement, c’est le vocaliste le moins hip hop de tout l’album ! Leron fait 2 morceaux sur le disque . J’ai donc passé en revue tous les titres où Leron pouvait chanter, que l’on pouvait adapter, parmi les titres de l’album mais aussi ceux des albums précédents ! J’ai intégré tout ça au spectacle, j’ai repris 2 titres de mes compilations Beach Diggin’. J’ai construit un peu par rapport à Leron Thomas, mais au final : Tu as un côté Hip Hop After All, un côté Beach Diggin’, un côté albums précédents. Un vrai show de Guts en fait, et ça, ça me plaît !

TH : C’est quoi la suite ? Tes envies pour après ?

GUTS : Là, comme tu sais, je suis à fond sur ce projet. En parallèle, on va sortir un projet avec Blanka (La Fine Equipe / Jukebox Champions) intitulé “Fines Bouches Volume 1”. C’est du Hip Hop Français où l’on a invité : Milk Coffee & Sugar, Swift Guad, Cheeko de Phase Cachées, Hippocampe Fou, Billie Brelock. Ca devrait sortir fin novembre.

Je travaille aussi sur la réalisation du prochain album de Milk, Coffee & Sugar, qui se présente super bien ! D’autres projets sont en cours, mais pour la suite sous mon nom, j’aimerais bien revenir à des projets plus instrumentaux, et j’aimerais aussi m’associer avec un artiste électro pour faire une vraie rencontre entre la musique électronique et mon univers Hip Hop. Je cherche encore l’artiste, je ne l’ai pas encore trouvé.

J’aimerais bien aussi faire un projet “Beach Making” : un projet de beatmaker mais sur la plage ! Et, bien évidemment, mon kiff ultime serait de pouvoir faire de la musique à l’image (musique de films…).

TH : Merci à toi d’avoir répondu à nos questions. Un petit mot de fin ?

GUTS : Suivre mon état d’esprit, la Pura Vida, continuer à faire des projets qui me font plaisir. On commence à voir des papis du Hip Hop, j’en ferai parti un jour, certains arrêtent, d’autres continuent. C’est ce qui me fait vivre, c’est ce que j’aime, ce que j’ai envie de faire : A 70 ans je ferai encore du beatmaking !!!

Voir les photos de la release party au Pan Piper

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