Clara au théâtre : Bashir Lazhar

Nom de la pièce : Bashir Lazhar.
Auteur : Evelyne de la Chenelière
Comédien(s) : Thomas Drelon
Metteur en scène : Thomas Coste

 

 
Le synopsis : Bashir Lazhar, immigré algérien, est embauché au pied levé pour remplacer une enseignante de primaire. Il apprend peu a peu à connaître et à s’attacher à ses élèves malgré le fossé culturel réel entre ses méthodes d’enseignement atypiques et les habitudes bouleversées d’une école débordée par les évènements. Pendant que la classe amorce un lent processus de guérison, personne à l’école ne soupçonne le passé douloureux de Bashir…
Une ode tout en douceur et en humour au courage et à la survie.

Le jeu : Thomas Drelon porte avec brio l’histoire extraordinaire d’un homme ordinaire, dont on ne sait s’il est toujours en réflexion ou vidé par la vie. Il adopte un jeu tout en subtilité et parfois même à la limite de la maladresse, ce qui donne à Bashir une force incroyable. Le corps mobilisé dans la rigueur et la parole poétiquement didactique, il nous embarque tout le long dans les méandres de la vie cet homme. La distance qu’il met entre lui et son personnage, permet de nous faire entendre ce récit poignant, tel qu’il est. Sans paillettes. Sans hystérie. Il ne tombe ni dans le sentimentalisme, ni dans la morbidité, ce qui nous permet de respirer et de nous sentir concernés. Toujours juste, tel un équilibriste, il nous fait rougir sans nous gêner, pleurer de l’intérieur et rire avec douceur. Nous sommes en empathie et presque parfois en camaraderie avec lui. L’histoire de Bashir devient la sienne, puis la nôtre, puis universelle grâce à la simplicité du jeu de Thomas Drelon.

La mise en scène : Thomas Coste nous offre une mise en scène concrète et esthétique.
En effet, le texte initial étant morcelé, il fallait alors donner un sens à chaque scène, chaque pas, chaque phrase. Il fallait dans ce marasme d’évènements, venant relater le brouhaha psychique dans lequel se trouve Bashir Lazhar, trouver des clés pour que le spectateur puisse s’y retrouver. Même si Bashir est perdu entre son passé et son avenir, le travail de Thomas Coste était de nous aiguiller et de faire exister le présent. Le passé étant souillé et l’avenir ombragé, ce présent face aux élèves que nous devenons raisonne comme un hymne à l’espoir. Le défi est relevé, car durant tout le spectacle, nous ne perdons jamais le fil de l’histoire et la tension dramatique est à son comble. Nous sommes suspendus, embarqués, conquis. Il opte pour une scénographie minimaliste (une table, une chaise), dans laquelle notre imaginaire est mobilisé. Les lumières sont transitionnelles ou personnifiées, la musique accompagne ou habille. Les déplacements sont chorégraphiés, telle une longue marche à travers les dédales du récit ou tel un instant de concentration pour le comédien. Rien n’est laissé au hasard, rien est exagéré.
Le travail de Thomas Coste est équilibré tout en répondant à l’instabilité de l’oeuvre de Chenelière.

En conclusion : Avis à ceux qui pensent que le Théâtre Contemporain n’est toujours qu’un « conglomérat de gens nus qui se peinturlurent le corps avant de se frotter l’cul au rideau sur fond musical saturé », courez découvrir ce petit bijou d’actualité et de modernité! De l’écriture à la représentation, cette pièce est un travail d’orfèvre, de retenue et un exemple d’humilité. Une pièce où l’on ne s’ennuie pas, où Elie et Jacno sont mis à l’honneur, où le rythme est soutenu, où la pudeur du comédien et du personnage se confondent, où les partis pris sont justifiés, où les mots nous transpercent, nous touchent et nous font réfléchir.
Sur notre rapport à la vie, sur l’éducation, sur l’état du monde et ses absurdités.
En somme, j’ai aimé.

Le lieu

Théâtre du Petit Hébertot

C’est où-quand-comment ?

Les 9, 10 et 11 avril au Théâtre du Petit Hébertot.
78 bis, boulevard des Batignolles, Paris 17 ème
Métro: Rome ou Villiers
Horaire : 21 heures (durée du spectacle 1h10)
Cotât de 10 places réduites à 10 euros (au lieu de 15/20€) pour TRENDHUSTLER.

Avant/après, on fait quoi ?

Pour manger, réservez au Tout Petit. Restaurant Bio, dans le quartier des Batignolles.
Pour boire un verre et grignoter des planches de charcuterie/fromage. Les Caves Populaires, rue Des Dames.