Clara au théâtre : Les escargots sans leur coquille font la grimace.

Nom de la pièce : Les escargots sans leur coquille font la grimace.
Auteur : Juliette Blanche.
Comédien(s) : Juliette Blanche, Andy Cocq.
Metteur en scène : Charles Templon, assisté de Florian Jamey.

 

Le synopsis : Vous vous souvenez de votre drame ? Quel est votre drame à vous ? Votre traumatisme ? Vous l’avez trouvé ? Ou il est enfoui là ? Quelque part ? C’est pas obligatoire que ça soit un truc énorme non plus, parfois, un petit événement du quotidien peut chambouler votre vie !
Mais ça reste un drame, votre drame ! Vous voulez que je vous dise moi ce que c’est mon premier drame ? C’est d’être une fille. J’aurais aimé choisir.
Ce n’est pas une histoire qui se raconte au coin d’une rue ou qui se crie à n’importe qui. Il s’agit d’une histoire intime qu’on ne partagerait volontiers qu’avec soi-même. Et pourtant c’est une histoire qui parle à tout le monde, qui traite un sujet profondément actuel.

Le jeu :

Juliette Blanche.

Juliette Blanche nous livre son histoire avec pudeur et candeur.
Son jeu est simple, sans entourloupe et on sent l’intimité avec laquelle elle nous raconte les choses, on sent que les fêlures ne sont pas loin.
Son corps athlétique, ses traits anguleux, cette androgynie somatique lui donnent une présence solaire et paradoxalement douce et féminine.
Elle n’hésite pas à s’engager entièrement pour nous dans ce combat identitaire. Il est bon de sentir le désir d’une comédienne dans toute sa générosité; Juliette, en auto-biographant sa vie sur scène, prend le risque de se dévoiler. Ce qu’elle nous donne est unique. On le ressent viscéralement et c’est ce qui donne parfois lieu à quelques maladresses. Elle ne fait pas assez confiance au texte, à SON texte ce qui ne nous permet pas toujours d’entrer pleinement dans l’émotion avec elle. Mais ce n’est qu’une question de temps, le processus de création est long et Juliette y est encore. Elle cherche, essaye, teste, tente, adapte. En bref, elle joue ! Et c’est ce qui nous plaît. Les doutes s’estomperont petit à petit et son histoire deviendra alors NOTRE histoire à tous.

Andy Cocq.

Andy Cocq est surprenant. Voici le premier mot qui m’est venu. Il est là, où on ne l’attend pas. Ce personnage caméléon qu’il interprète nous amuse, nous touche, nous émeut, nous agace, nous irrite, nous plait, nous questionne. À la fois, père, mère, enfant, amant, silhouette, il s’engage « corps & âme » dans cette histoire, il fonce tête baissée dans le jeu. Il nous donne ce qu’il a, maintenant, tout de suite. L’honnêteté dans laquelle il plonge chacun des personnages est saisissante… j’oserais dire, parfois trop, peut-être. Dans le sens où son rôle est dangereux, il oscille entre du seul en scène et un duo. Chacun cherche sa place, pour le moment, ce qui est certain c’est que celle d’Andy Cocq est énorme et que le temps la fera elle aussi s’estomper, pour ne garder que l’essentiel de son jeu: la transparence.
Les instants les plus touchants, sont ceux où seul le regard joue, où il est calme, tranquille. Là.
Voilà un comédien qui comprend l’humain avec beaucoup de sensibilité… Surprenant!

Le Duo.

Le duo Juliette/ Andy fonctionne parfaitement. Esthétiquement, artistiquement, simplement, théoriquement.
Ils s’écoutent, se regardent, s’aiment. On sent qu’ils prennent beaucoup de plaisir à jouer ensemble. Cette énergie est contagieuse!
Nous les suivons volontiers dans cette aventure, le dynamisme qu’ils apportent nous entraine très rapidement au coeur des choses.
Dans certains tableaux, ils sont parfaitement accordés. Et nous sommes pendus à leurs présences. Dans d’autres, moins.
Le temps semble plus long, l’espace trop petit ou parfois trop grand. Les corps se percutent plus brutalement.
Mais la dentelle que ces deux comédiens tisse entre eux est solide et ce n’est encore une fois, finalement, qu’une question de temps.
Jouer ensemble est un travail de longue haleine, en prendre le défi est téméraire et louable.
Lorsque chacun aura trouvé sa place, l’équilibre opèrera et la mélodie sera encore plus piquante, sucrée/salée.

 

© Benjamin Colombel

La mise en scène : Charles Templon et Florian Jamey offrent une mise en scène mosaïque où divers tableaux se succèdent. Des jeux de cache-cache avec des miroirs, des lumières, des ombres, des reflets. Des objets aux multiples facettes. Un décor vintage et atemporel en même temps qui nous permet de plonger dans un imaginaire. Ils nous proposent un univers à la fois enveloppant et sensuel. Nous proposent une esthétique bien à eux, voguant entre modernité et références.
Les yeux sont sollicités de tous côtés, le dynamisme de chaque tableau nous tient en éveil. Un petit plus à la scène en boîte de nuit, car elle nous perce, nous pique et nous touche, tant par son réalisme que par son culot. On regrette donc parfois, un petit problème de rythme. En effet, on pourrait croire à quelques moments, lorsque le noir se fait, que nous sommes à la fin du spectacle, et puis… non. N’empêche que les idées sont là, efficaces et réfléchies. On ne leur souhaite qu’une plus grande salle pour s’exprimer davantage.

 

© Benjamin Colombel

 

En conclusion : Voici une histoire, une vraie, racontée, chantée, dansée, vécue, sentie et offerte. Une histoire qui nous touche, tous, car elle traite de la quête identitaire. Nous pouvons féliciter tous les artistes pour leur création originale. Ils défendent tous un univers bien distinct et ce petit mélange des genres donne un résultat plutôt novateur. Dans cette ère du stand-up, des thèmes d’actualité traités et (re)traités, les escargots nous boostent le moral et nous poussent à réfléchir un peu. Alors, même si le proverbe s’applique plutôt aux tortues d’ordinaire, nous pourrions dire à ce bébé projet… « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ».

Et pour tout vous dire, ils ont l’air bien partis! Longue vie aux limaces!

C’est où-quand-comment ?

Les jeudis, vendredis, samedis

Du 28 mai au 20 juin 2015, à 21h30.

Théâtre Les Déchargeurs – Salle Vicky Messica
3, rue des déchargeurs
PARIS 1er.
Métro : Les Halles ou Châtelet

Avant/après, on fait quoi ?

À l’angle de la rue des déchargeurs, se trouve « Chez Gladines« .
On peut boire un coup ou manger et l’ambiance est à la fête!