Interview : Mawup

Rencontre avec Mawup, grand vainqueur du prix du public ET du prix du label au Festival Sobonne Live – dont on vous parlait ici.

 

Petite présentation pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

Mawup est né il y a deux ans. On s’est retrouvé dans la même classe et on a vite commencé à jouer de la musique ensemble. D’abord du rock (basse/batterie), puis de l’électro. On est donc deux, un bassiste (François) et un machiniste (Cinna). On s’est longtemps considéré comme de l’« Electroslap », une sorte de mélange entre le groove funk de la basse et l’efficacité de l’électro.

On a fait beaucoup de travail studio (pendant environ un an) avant de se lancer dans le live il y a environ trois mois.

 

Le côté électro du projet est assez original en comparaison a d’autres formations : les samples sont toujours très recherchés, ou vous puisez tous vos sons ?

Le truc qui a fait démarrer le groupe, c’est le jour ou on a eu l’idée de sampler la basse de Francois. Ca a donné un truc tellement énorme qu’on en a fait notre premier morceau « ElectroSlap Performance ».

Ce que j’affectionne particulièrement, c’est de choper un sample et d’en faire quelque chose de vraiment différent, comme on l’a fait avec la basse. Du coup on s’amuse à sampler tout et n’importe quoi : des bouteilles de bière, du bois qui craque, du papier alu, du sel… On peut ressentir tout ça sur notre morceau « Blue Dream », ou toute la partie électro n’est en fait qu’une grosse nappe de samples.

Sinon on a aussi du matos comme l’Arturia Minibrute qui est un synthé analogique du feu de dieu, qui permet d’avoir des sons très riches, et bien évidemment la basse ou la guitare, en fonction des nécessités du morceau.

 

François : A la basse, comment arrives tu a t’inscrire dans ce côté électro des machines ? Car on a déjà souvent vu électro-guitare, mais machine/basse, c’est beaucoup moins fréquent …

François : C’est justement en ne pensant pas la basse comme de la basse mais comme un instrument « médiateur » avec la Musique. Il n’existe pas beaucoup de formations comme la nôtre et ça nous a aidé à nous libérer car il n’y a du coup aucun codes! J’essaye d’exploiter tout le potentiel sonore de la basse (jeu aux doigts, en slap, au médiator, harmoniques,etc…) pour pouvoir me « promener » un peu partout et pour avoir un son assez diversifié capable de s’adapter à chaque morceaux. Je commence aussi à utiliser des pédales (distortion). La principale difficulté est de s’adapter à la précision « électronique » de la musique par ordinateur.

 

 

Il est donc difficile de trouver une cohésion entre les sons de basses et des machines. Vers quelle voix voulez vous vous développer ?

François : Bien sur cette cohabitation est inhabituelle, mais c’est justement ce qui nous stimule. La basse n’a plus du tout un rôle « classique » de basse comme dans les formations rock : elle prend à la fois le lead, le solo, le soutient, la sub…

A chaque fois, on se dit « et maintenant, qu’est-ce qu’on raconte ? ». On essaye que chaque prise de parole musicale soit cohérente avec le tout, de gommer au maximum le superflu. C’est génial de voir toute les combinaisons possibles dans cette formation, de voir qu’en fonction du morceau on se retrouve à jouer non seulement des choses différentes, mais aussi différemment.

Cinna: Pour ma part, j’aimerai qu’on s’oriente encore plus vers le coté live. Aujourd’hui, nos morceaux sont écris de A a Z, comme avec un groupe de rock. A l’avenir, ça serait génial d’arriver sur scène et de créer une ambiance à partir de rien. Mais pour cela, il faut que je progresse dans l’utilisation de mes logiciels et de mes machines.

 

Cinna : tu utilises beaucoup les contrôleurs midi par rapport à d’autres. Comment arrives tu a gérer l’interface homme/machine ?

Cinna : Je pourrais parler de ça pendant 3h ! En fait j’ai découvert le Live électro avec Mawup. Avant, je faisais surtout de la composition studio, donc mes machines n’étaient pour moi que des outils de production.

Aujourd’hui, je les vois comme des instruments à part entière. Etant batteur, je sais ce que c’est que de « travailler » son instrument : s’exercer, pratiquer, entrainer sa technique… Ici, cela n’entre pas en compte mais il y a une multitude d’autres paramètres à gérer : quels effets utiliser ? comment ? comment apporter une touche humaine sur un ensemble déjà construit, sans pour autant tomber dans la lourdeur ? comment mapper ses boutons ? comment gérer ses bus d’effets ?

Au final, on arrive à une relation entre musique et jeu-vidéo : je crée moi même les « règles » de mon instrument mais en gardant toujours en tête un soucis de cohérence et de musicalité.

Le but, dans Mawup, c’est un peu d’humaniser le coté électro, et d’électro-ifier le coté humain.

 

D’un point de vu scénique, la difficulté pour la plupart des projets électro, c’est d’imposer une certaine présence, qui est naturellement moins directe qu’un chanteur en devant de scène. Est-ce que l’idée, comme d’autres l’ont déjà fait, d’allier un projet vidéo au live vous tente ? Combiner le côté musical et visuel en fait.

Cinna: Je ne pense pas que le coté visuel soit nécessaire pour imposer une certaine présence. Certains groupes électro y arrivent juste à l’aide de leur musique.

Je pense notamment à Darkside, que j’ai eu la chance de voir avant leur séparation : ils ont un peu la même formation que nous (guitare + machines) et le concert était incroyablement dynamique.

Par contre je suis absolument partant pour un projet vidéo : j’adore quand les groupes ont un véritable univers, une sorte de truc trans-média ou l’auditeur peut s’identifier, rentrer dans une histoire… Je pense que Gorillaz en est le meilleur exemple.

 

François : A la basse, tu tend plus vers Jaco Pastorius, Marcus Miller ou Stanley Clarke ?

J’essaye vraiment de tout écouter pour prendre le meilleur de chacun. Je prends le phrasé de Pastorius, le slap de Marcus Miller et le feeling de Stanley Clarke. Mais si je devais n’en citer qu’un, je citerai Victor Wooten (qui à d’ailleurs un projet avec Miller et Clarke). Il m’a, je pense, beaucoup influencé. Il a développé de nombreuses techniques qui lui permettent d’exploiter tout le potentiel sonore de la basse. Je le rejoins sur ce point de vue. Il a en plus une vision de la musique que je partage, il la voit comme un véritable langage. Ca a été un très bon professeur sur Youtube.

 

Lors du festival Sorbonne Live, vous avez remporté le prix du public ET le prix du label. Alors déjà, comment vous êtes vous retrouvé à ce tremplin ? Et qu’est ce que cette expérience vous a apporté ?

On s’est inscrit, il y a d’abord une sorte de sélection « sur dossier ». On a donc été pris pour la final, où six groupes jouaient. On avait déjà tenté notre chance l’année dernière sans succès. Mais on se dit aujourd’hui que ça nous a permis de le faire cette année avec plus de maturité!

On a gagné le prix du Label, soit un accompagnement artistique par le Beside Label ! C’est à dire qu’ils vont nous aider pour notre visuel, notre com’, selon nos besoins. On a un EP en route donc ça tombe parfaitement.

Mais on a aussi remporté le prix du public ! Ca nous a permis de nous produire sur la scène de l’Imaginarium festival, un gros festival avec The Do et Fakear en tête d’affiche! Ca nous a mis la pression et on a énormément travaillé notre son. On répétait quasiment tous les jours, c’est le côté pratique d’être à deux. Ca a été une incroyable expérience, on était super bien entouré. On a en plus commencé à travailler un light show, et avec le matériel du festival ça a super bien rendu!

 

Sur quoi on attend Mawup pour la suite ?

La suite pour Mawup c’est de continuer à faire un maximum de concerts, on joue d’ailleurs le 4 juin au Cavern Club à Saint Michel, et d’enregistrer cet EP qui devrait sortir d’ici un ou deux mois.

 

Facebook MAWUP

4 Juin @Le Cavern Club

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