Interview : Laurent Aspesberro, réalisateur d’Electroshock, le nouveau clip d’Antiloops

La flûtiste Ludivine Issambourg nous revient avec son groupe de Jazz électro hip hop “Antiloops” et nous présente son nouvel album “Electroshock Remixed” dans les bac depuis le 28 septembre.

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Pour la sortie du 1er titre éponyme, elle nous invite à découvrir un clip onirique et envoûtant. Pour vous TH tente de décortiquer le cerveau d’où ces images sont nées. Rencontre avec Laurent Aspesberro, réalisateur prometteur, aux idées mal placées!

Antiloops, projet hybride entre jazz et hip hop créé par la flûtiste Ludivine Issambourg, est une rencontre entre la délicatesse de son instrument et le monde du scratch, de l’électro, du hip hop. Repérée par Wax Tailor en 2007, c’est à ses côtés qu’elle a fait ses armes et sillonné le monde. Flûtiste géniale, elle transcende les univers et mélange les styles, en s’appuyant avec talent sur les quatre musiciens, qu’elle a réunis autour d’elle. Issus de cultures musicales variées, ayant collaborés avec des noms tel que Hocus Pocus, Magic Malik ou encore La Fine équipe, le quintet fait naître un son nouveau et rythmé.

Mélanger les disciplines et les genres n’est pas une mince affaire et Ludivine nous prouve merveilleusement que rien n’est impossible. Les envolées lyriques de son instrument soulignent et renforcent avec grâce la puissance du scratch et le flow du MC. Avec ce 1er album elle prend son envole, soutenue entre autres par DJ Greem (C2C, Hocus Pocus), MC sur ce titre, et dévoile un 1er opus électrifiant, magnifiquement mis en images dans le clip du réalisateur Laurent Aspesberro.

Photographe, réalisateur, VJ et j’en passe, Laurent Aspesberro est un touche à tout. Son univers visuel est multiforme, surprenant, parfois dérangeant. Après de nombreuses collaborations sur les clips de groupes comme White crocodile ou encore les frères Zeugma, il réalise ici un travail très personnel à la croisée de toutes ces disciplines qui le fascinent.

INTERVIEW

Bonjour Laurent, 

Bravo, le clip est beau et réussi. C’est ta première collaboration avec Antiloops, peux-tu nous parler de votre rencontre ? D’où est venue votre envie de travailler ensemble ?

J’ai un ami pianiste, Nicolas Derand, qui compose et arrange au sein d’Antiloops. Il nous a présentés et je lui ai montré mon travail et mon univers, car sa musique m’inspirait pour raconter une histoire et faire un beau clip.

Quelle a été ta démarche pour transcrire en images son univers musical hybride entre Jazz, électro funk et hip hop ?

J’écoute le morceau et généralement des images me viennent en tête. Là, l’idée était de faire des tableaux, des choses très visuelles. Le titre Electroshock m’a inspiré une histoire dans un hôpital désaffecté où l’héroine subit un lavage de cerveau, s’ensuit alors une balade onirique dans l’esprit d’Antiloops.

Après avoir travaillé en tant que chef op sur de nombreux clips, White crocodile, Les frères Zeugma, les 3somesSisters, tu réalises ici ton 1er projet en tant que réalisateur. Pourquoi as-tu eu besoin de passer à la réalisation ?

J’avais besoin d’être prêt avant de pouvoir réaliser un projet seul de A à Z. Auparavant, je me suis associé à un autre réalisateur, Antonin Dureuil, qui m’a beaucoup appris et présenté des gens qui travaillent dans le milieu du théâtre et du cinéma. Après ces expériences en binôme, j’ai eu envie de faire mon propre clip tout seul, de ne pas toucher la caméra mais de me concentrer sur la mise en scène. Je me sentais prêt à le faire.

Comment tout a commencé, quelles ont été tes 1ères expériences en vidéo ?

J’ai eu la chance de beaucoup voyager. J’ai grandi à Rabat, c’est là que tout a commencé. C’était l’avènement des caméras 8 mm sur bandes, j’ai pu convaincre ma mère d’en acheter une. C’était les 1ères caméras avec des écrans LCD, comme tous les ans on faisait la traversée Maroc / France, j’ai filmé le voyage pour qu’il soit moins long. Puis j’ai commencé à faire des petits films. Un jour mes parents m’ont annoncé qu’on partait à la Réunion, j’étais super heureux, et au lycée il y avait une option cinéma-audiovisuel. On y étudiait le cinéma, on faisait beaucoup d’analyses filmiques. Avec quelques camarades, on a continué à faire des vidéos, souvent parodiques, une par week-end en moyenne, et on les présentait en cours. En tournant un de ces courts métrages, dans mon jardin, un voisin m’a invité chez lui et il s’est trouvé être l’organisateur du 1er festival de long métrage de la Réunion. Il m’a proposé d’être dans le jury du prix de la jeunesse.

Et ensuite, quel a été ton 1er projet professionnel ?

J’ai fait une formation pour devenir opérateur de prise de vue. Je voulais apprendre la technique, j’aimais l’image, et l’idée plus tard c’était d’avoir le langage en tant que réalisateur pour pouvoir faire passer mes envies. J’ai fait un stage dans une chaîne de télé panafricaine généraliste. Ils m’ont envoyé au Burkina Fasso faire un reportage avec un journaliste de RFI. Mais il y a eu des heurts dans le pays, le reportage n’a pas pu se faire et j’ai pris l’initiative de faire des images quand même à Ouagadougou. A Paris, les images ont plu et j’ai commencé à bosser pour eux. Cela m’a donné l’opportunité de sillonner toute l’Afrique de l’ouest en tant que journaliste / reporter d’images. J’ai appris à gérer une émission, à écrire des sujets, à les filmer et à les monter.

Quelle est ta relation avec Antiloops et avec sa musique?

Sa musique m’inspire, ce mélange de jazz et d’éléctro me plait beaucoup. On s’est trouvés au bon moment avec Ludivine. Je suis fier d’avoir bossé sur un projet comme le sien. C’est une flûtiste talentueuse et les musiciens dont elle s’entoure sont très bons. L’osmose entre les images de mon univers et sa musique fonctionnent très bien.

Pour ce clip quelles ont été tes influences ?

Déjà je travaille avec le collectif des Gueux, qui regroupe toute une bande de comédiens, metteurs en scène et de techniciens du spectacle qui m’ont entrainés dans leur univers. J’aime les personnages avec des gueules, les gens un peu effrayants. J’ai été particulièrement marqué par un film comme « La cité des enfants perdus » de Jean-Pierre Jeunet.

J’ai également essayé de me rapprocher de l’atmosphère des derniers films de Lars Von Trier, comme « Antichrist » et « Mélancholia », faits de tableaux. C’est l’un des meilleurs réalisateurs actuels pour moi. Dans son esthétique je le trouve avant-gardiste. J’aime son perfectionnisme, et les histoires qu’il raconte provoquent en moi un certain malaise, une émotion que peu d’autres réalisateurs arrivent à provoquer chez moi. 

Lynch a aussi une place importante dans mes inspirations, c’est le cinéma que j’aime, où on se perd dans le temps et où on perd beaucoup de repères. En fait, j’aime susciter l’interrogation chez le spectateur, laisser la place à imaginer différentes fins, provoquer différentes interprétations, au-delà de se demander si c’est un bon ou un mauvais film.

Comment l’histoire s’est-elle construite ?

Il y a une partie playback avec un MC qui chante, pour le reste l’idée est que la trame soit entrecoupée de plusieurs tableaux dans lesquels Ludivine évolue. Ce sont des intentions visuelles qui forment l’histoire.

J’avais carte blanche pour ce projet, Ludivine m’a fait entièrement confiance. Cela m’a permis de mettre en images mon univers au service de sa musique.

Tu utilises énormément de séquences au ralenti qui figurent le voyage psychédélique d’Antiloops dans les tréfonds de son subconscient. Pourquoi avoir choisi cette technique?

Quand on fait un rêve le temps est distendu. Le ralenti permet de marquer cette distorsion de temps. Parfois, on fait des rêves dans lesquels on a envie de se battre, on se bat, mais les mouvements sont difficiles, on n’arrive pas à avancer, le ralenti souligne le côté onirique du clip. L’idée était de ne pas trop en abuser pour ne pas perdre l’attention du spectateur.

On a été impressionnés par les costumes et surtout par le maquillage, en particulier du personnage du dandy décadent qui mange le cerveau de Ludivine. A qui as-tu fait appel pour ces effets?

Je travaille beaucoup avec un maquilleur spécialiste des effets spéciaux du collectif Des Gueux, Adrien Conrad. Il est très talentueux et son travail fait aussi partie de mes inspirations. Cela correspondait à ce que j’avais en tête, à mon idée de créer des personnages fantastiques.

Pour les costumes, j’ai fait appelle à Sarah Dureuil, costumière de théâtre, nous avions tous les deux envie de travailler sur un projet commun.

Les décors sont beaux, très sombres : un hôpital désaffecté, un squatte tagé d’où jailli une rame de métro, où as-tu tourné et pourquoi le choix de ces lieux?

J’ai tourné dans deux squattes dans le 12ème arrondissement de Paris. Le 1er est un ancien hôpital, le 2ème un centre de tri occupé par le collectif Hip Hop Citoyen, qui promeut des Streets artistes et des grapheurs. Ce choix de décors était complétement concordant avec les influences Hip Hop du morceau d’Antiloops.

Et le chien? Il est beau ce chien! Mais ça doit être compliqué de tourner avec des animaux. Ça ne t’a pas refroidi ?

Quand le chef opérateur a lu le scénario, il a eu cette réaction : quand on tourne avec des animaux ce n’est pas facile car ils sont toujours imprévisibles. En plus, ce n’était pas un chien dressé pour le cinéma, donc il a fallu adapter le scénario et lui faire faire des choses simples. Mais il a été plutôt docile et tout s’est bien passé. Il a même versé une petite larme lors d’une prise, ce sont des choses qu’on ne peut pas prévoir mais quand cela arrive sur le tournage c’est magique.

Le cerveau que l’homme décadent fait ingurgiter à Ludivine ?

J’ai vu dans les 1ère projections un peu de dégout chez certaines personnes, mais ce n’était pas le but. Je trouvais cela intéressant qu’un homme lui fasse manger sa propre cervelle. J’ai eu cette idée en voyant un reportage sur des recherches pratiquées par certains médecins psychiatres dans les années 50 : ils découpaient une partie du lobe frontal des malades pour soigner leurs troubles mentaux.

Quels sont les derniers clips qui t’ont bluffé ?

Il y en a un que j’aime beaucoup d’ASAP Rocky, un rappeur américain, ou justement il utilise beaucoup les ralentis. Il est perdu dans la ville de Tokyo, il est high, c’est son trip, son rêve. C’est l’un des derniers clips qui m’a inspiré visuellement.

Au-delà de la réalisation, tu aimes également jouer la comédie. As-tu fait une apparition dans le clip ?

Non, mais j’ai fait pas mal de théâtre en parallèle et j’ai eu des petits rôles dans des clips et des courts-métrages. Etre mis en scène me permet de voir comment travaillent les autres réalisateurs, de mieux comprendre comment marche la direction d’acteur.

Quel sera ton prochain projet ?

Il y a 4 ans, j’ai tourné des images pour un morceau de Flawd, puis cela a été mis en standby. Aujourd’hui, il sort un EP avec un titre phare « Fall », nous allons monter les images sur ce morceau enregistré aujourd’hui ça risque d’être intéressant.

Où peut-on voir tes autres travaux et productions ?

On peut voir mon travail sur Viméo Cyclique : https://vimeo.com/cyclique

Merci à toi !

 

Retrouvez Antiloops en concert :

Découvrez le travail de Laurent Aspesberro :

Toute l’actu d’Antiloops : www.antiloops.fr

Propos recueillis par Marie Le Roy pour Trendhustler,

le 26 septembre 2015 à Paris.

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