Clara au théâtre : Les Chatouilles ou la danse de la colère.

Nom de la pièce : Les Chatouilles ou la danse de la colère.
Auteur : Andréa Bescond
Comédien(s) : Andréa Bescond
Metteur en scène : Eric Métayer

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Le synopsis : L’histoire insolite d’Odette, une jeune danseuse dont l’enfance a été volée et qui se bat pour se reconstruire. À travers une galerie de personnages entre rires et émotions, les mots et la danse s’entremêlent et permettent à Andréa Bescond de transporter le spectateur dans un grand huit émotionnel.

Le Jeu : Andréa Bescond nous livre une phrase pleine de ponctuations et de fluctuations durant plus d’une heure. Seule en scène, elle nous raconte cette histoire. Est-ce puisé dans ses propres souvenirs ? Cela nous importe peu, car elle porte avec brio ceux d’Odette.

À travers divers tableaux où elle interprète à la fois sa mère, ses amis, ses rencontres, son enfance mais aussi et surtout son bourreau; elle nous offre des transformations physiques, vocales et émotionnelles fascinantes pour certaines, cruelles pour d’autres ou encore réjouissantes.

La distanciation entre elle et son personnage nous permet d’accepter « d’être avec », sans jugement ni effroi. On perçoit dans son jeu quelques fragilités techniques, notamment une voix qui porte peu, ou encore quelques irrégularités rythmiques. Mais cela n’est pas dérangeant, car elle mobilise son corps, ses expressions et son combat pour nous transmettre les émotions justes à chaque instant.

Elle ne joue pas sur la corde du misérabilisme et fait preuve d’une grande clarté dans ses gestes, dans ses mots et dans sa manière de poser ses intentions. Son énergie est contrôlée, ce qui est apaisant à voir. Nous ne sommes pas saturés par l’hystérie et la maitrise dont elle fait preuve nous permet de ne pas perdre le fil de son récit.

Bien entendu le corps d’Andréa Bescond est un personnage à lui tout seul. Elles sont deux. Celle qui parle et celle qui danse. Elle se métamorphose et nous offre alors une toute autre palette sensitive. Son corps en mouvement nous ouvre la perspective des sens… Le toucher, l’odorat et même le goût.

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Le double langage qu’elle utilise nous permet de respirer, nous aussi. La rage qui explose lorsqu’elle danse illustre parfaitement tout le silence intérieur d’Odette.

Cela crée parfois un léger déséquilibre avec le jeu parlé. Comme si elle était moins à l’aise à cet endroit. Elle pourrait davantage explorer ses personnages ou ses intentions. Car, nous la suivons et nous lui faisons confiance. Dès le départ. Ce qui est rare au théâtre, d’autant plus lorsque le propos est téméraire comme ici.

Il est intéressant de la regarder se mouvoir, comme « La Linéa », l’osmose entre tête et corps opère et nous transporte jusqu’au point final. Andréa Bescond ne triche pas, ce qui rend son histoire unique, universelle et particulièrement touchante.

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La mise en scène : La mise en scène d’Eric métayer accompagne parfaitement le jeu en mouvement d’Andréa. Il fait le choix d’un plateau vide, seule une chaise en fond de scène, celle de la psy, celle du lien entre toutes les scènes. L’univers « scénographique » existe ensuite à travers les lumières, les musiques (peut-être un peu trop nombreuses) et les quelques silences. Une mise en scène s’appuyant sur la mise en abîme de cette histoire. Afin que le tournis nous vienne, que nous puissions ressentir sensoriellemment et de manière « synesthésique » ce qui nous est narré.

Le lien au présent permet au reste de s’articuler, sans difficulté : Odette et sa mère sont chez une psychologue et tentent de renouer ce lien bafoué à travers la parole vraie.

Des flash back, des souvenirs, des récits, des cauchemars, des rêves, des fantasmes puis du concret et du réel. Chaque tableau existe à travers une couleur et un son. Cela permet de conserver une certaine pudeur face à la gravité du propos, une distance non négligeable et de créer une part de poésie malgré tout.

Certains tableaux sont très forts et nous cueillent avec délicatesse. Je pense notamment à la scène du procès, du casting pour le clip, du « lapin de Noël », à toutes les scènes de colère dansées ou encore celle du « week-end à la campagne ».

Le début et la fin sont parfaits, la boucle est bouclée et nous repartons avec une touche d’espoir. Eric Métayer nous offre une vraie respiration.

Quelques scènes gagneraient peut-être à être retravaillées, déplacées ou raccourcies (je pense, par exemple, aux scènes avec la professeur de danse ou celles des tournées de comédie musicale). Nous gagnerions en légèreté et en concision, mais c’est un détail face à l’engagement de ces deux artistes en collaboration d’autant que le spectacle vivant se modifie de lui-même et ne cesse d’évoluer…

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En conclusion : Nous sommes plongés dans ce monde cruel de l’enfance qui ne peut pas parler. Le monde d’une enfant qui trouve son langage dans le corps, ce corps qu’on lui a abimé, empêché d’avoir pour elle, à elle. Voici une histoire qui fait du bien, car elle parle de nous toutes, les femmes, puis elle parle de ceux et celles qui n’ont pas pu dire. Elle exhorte à la libération, au courage et nous donne des clés pour le bonheur après l’enfer. Je suis sortie bouleversée, chacun ses bagages…

Une véritable expérience artistique et humaine. Le bon moyen de briser des tabous, en famille, entre amis ou seul. Ne laissons pas les secrets de l’enfance grouiller dans nos esprits, crachons la colère tant qu’il est encore temps afin de transformer et peut-être, d’enfin, se pardonner de n’avoir rien dit.

Certains riront, d’autres seront dérangés, voire exaspérés mais l’une des vertus du théâtre est de porter toutes les histoires à nu, même celles qui grattent… ou qui chatouillent.

Le lieu :

 

C’est où-quand-comment ?

Théâtre du Petit Montparnasse : 31, rue de la Gaîté. Paris 14.

Du mardi au samedi à 21h & le samedi en matinée à 16h30. Jusqu’au 27 février.

Métro : Gaîté ou Edgar Quinet.

Réservations : sur leur site ou sur BilletReduc

Avant/Après, on fait quoi ?

La rue de la Gaîté est la rue des théâtres. Il y a donc pléthore de bars autour.

Le Tournesol est plutôt sympa!