KATUCHAT – Lapis Lazuli

Aujourd’hui tout le monde a tendance à lancer son fric pour acheter les dernières sorties en matières de casques et autres écouteurs. On sort des billets de toutes les couleurs pour pouvoir s’isoler dans une sphère musicale. Faut-il encore citer les marques les plus vendues et les plus décriées quand on voit des mecs se pavaner tranquillement avec un truc hors de prix pour écouter des vieux rips youtube sans âme ? Au final, il reste quand même un truc pour nous unir : la volonté d’écouter cette musique qui nous fait rêver sans faire chier tout le monde et, sans doute, qu’on nous fasse chier.

Et c’est là que c’est beau. On se laisse envahir par les morceaux choisis, leur structure, leur sound design et tout ce qui fait leur capacité à nous balancer en dehors de tous ces trucs relous qui vont de pair avec les interactions sociales. Je ne vais pas aller jusqu’à vous dire d’interrompre toutes vos relations pour ne vous concentrer que sur la musique. Encore que. C’est toujours plaisant de se retrouver seul en MP3, en WAV, en FLAC ou dans tout autre format de compression. Mais pitié. Ne vous isolez pas en WMA, c’est mauvais pour la santé et ça rend sourd.

Parmi tous les albums que l’on a pu recevoir, il y en a un qui est sorti du lot. Je l’avoue, c’est d’abord parce que je ne pensais pas m’y pencher plus que ça. Il n’était pas dans la « bonne » pile et c’est lors de la première écoute que j’ai compris qu’il y avait une magie certaine qui allait le coup de se pencher. Entre deux déplacements, j’ai pris le temps de m’y plonger et les vagues sonores et le travail apporté au sound-design m’ont tout de suite calé ailleurs. Fini la conversation miteuse de mes voisins et bonjour vibration de mes tympans. C’est la joie.

On plonge donc dans l’univers musical de Katuchat (le ‘u’ se prononce u) qui opère plus ou moins discrètement depuis deux ans dans le paysage musical français. On le connait depuis quelques temps pour être l’une des figures du label Moose Records aux côtés de Andrea ou de Julia Losfelt. Il avait déjà fait parler de lui et de sa manière d’approcher la musique en 2015 avec un premier EP : Lonely Cloud. Il s’était déjà attiré le support d’un certain Cashmere Cat. Pour résumer ce premier EP, on pourrait simplement dire qu’il faisait la part belle à la future bass avec des sonorités orientales avec ces vagues sonores qui coulent au travers de ses beats. Il est de retour avec un nouvel EP : Lapis Lazuli sorti il y a quelques jours chez Moose.

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Avant de commencer à vous parler de la musique de Katuchat et, plus précisément, du travail qu’il a fait sur cet album, je voulais faire une apportée écrite en italique. Ça rend mieux visuellement. Le producteur tourangeaux fait partie de ces mecs que je range dans la catégorie « musique intelligente » quand je prends conscience du boulot apporté sur chacun des morceaux. Ça à l’air simple à faire et ça ne l’est pas. C’est la même chose quand il s’agit de l’écouter. Alors, si vos oreilles sont plutôt câblées pour des choses violentes du genre à vous faire danser comme un Kappla, passez votre chemin. Pour le coup, Lapis Lazuli est une démonstration de ce qu’on peut faire en réfléchissant à la musique.

Le voyage s’entame avec le titre éponyme, Lapis Lazuli, qui s’annonce lent et profond. Les nappes s’installent les unes après les autres pour englober le beat. Le son est travaillé pour qu’on ne sache pas réellement qui est au dessus de qui et la magie opère très rapidement. On est balancé dans un ailleurs musical travaillé dans les moindres détails. Katuchat enfonce le clou avec Lobelia, sorte de checkpoint musical où nous oreilles sont contrôlées. Si tout est en règle, le voyage continue avec un morceau aux textures hypnotisantes sur lesquelles un vocal et un violon s’échangent quelques douceurs. Le second morceau de l’EP est clairement un point de passage. Katuchat y démontre sa capacité à remettre en question la musique au travers d’une approche contemplative voire langoureuse. Si vous n’y passez pas, la suite de l’EP pourra vous laisser de marbre. Suite qui s’entament d’ailleurs avec Halfeti. Un nouveau morceau et une nouvelle vitesse. On pourrait presque croire que l’EP recommence avec une nappe de synthés qui s’installe en douceur et invite un beat à le rejoindre. Plus tard, on se retrouve avec une ligne de basse et on comprend que le tourangeaux en a toujours sous le pied. Quelques allures de Lapalux, de Boards of Canada ou encore de Shlomo semblent percer sans qu’on puisse vraiment le confirmer avant que le son ne s’arrête. L’EP aussi stoppe avant de recommencer, une nouvelle fois avec Adyama et sa plongée. Puis vient Red Beryl, le morceau qui vient confirmer le talent de sound design de Katuchat. La guitare semble habiter le reste des instruments et ne laisse entrevoir quel quelques détails qui font le talent de ce morceau.

Alors oui, Lapis Lazuli n’est peut être pas l’EP le plus simple que vous aurez écouté ces dernières semaines. La première écoute ne laissera pas forcément de choses surtout si vous l’avez laissé trainer en fond sonore. Il faut s’y pencher pour l’apprécier à sa juste valeur. C’est peut être compliqué, mais c’est comme ça que je l’ai ressenti. Au final, Katuchat a un talent pour exprimer et expérimenter en musique, mais j’ai la vague impression que beaucoup de gens vont passer à côté de tout ce qu’il met sur la table. Aucun doute pour autant, quand on sort ça au bout de deux ans de boulot, la suite risque de suivre cette même progression. J’attends tranquillement la suite en me réécoutant Red Beryl. Si vous voulez en faire de même, tous les dealers de bonne musique propose l’EP. Il suffit d’aller sur ce lien quand la Police ne regarde pas.

Par Pieral Agar