Christian Löffler revient avec Mare

J’ai déjà dû commencer un article en vous sortant le fait que les internets étaient sans doute le meilleur endroit pour faire des découvertes musicales. Le truc, c’est que la musique, pour qu’elle prenne vraiment de la valeur, il faut la partager. Entre potes pendant une soirée, avec un public pendant un concert ou avec des inconnus et leur GSM poussé au maximum. Malheureusement, avec le dernier exemple, on se retrouve souvent avec une musique tout aussi mélodieuse qu’un moteur de scooter dans une rue étroite. Et ça, vraiment, ce n’est pas le sujet de l’article, vraiment pas.

On va plutôt se pencher sur cette soirée de Septembre 2011 où, quelques jours après une énième rentrée universitaire, la dépression est au maximum. Les cours ont repris et c’est l’ennui. Heureusement, au détour d’une conversation, je croise la route d’un album sobrement intitulé A Forest. Un truc assez mystique au premier abord peut-être un peu trop. L’homme derrière ce projet se nomme Christian Löffler. Co-fondateur de Ki Records, photographe et déjà à l’origine de plusieurs EP, il cherche à « fusionner toutes sortes de couleurs acoustiques différentes pour obtenir cette sensation dans [sa] musique » sans pour autant donner toutes les cartes à ses auditeurs. On se retrouve alors projeté dans une forêt calme où Christian nous fait naviguer entre une musique urbaine quasi-berlinoise et une touche musicale qui sent bon le sous-bois. Un mélange qui a fait de ce premier album une véritable œuvre d’art qui ne m’a jamais vraiment quittée.

Et nous revoilà, plusieurs années après, avec un voyage encore une fois de plus guidé par Christian Löffler. Début octobre, il a en effet signé son retour avec Mare. Un second album qui s’inscrit dans la même veine que son précédent avec une différence à noter. Si A Forest était rempli de samples savamment choisis, Mare revêt un aspect plus organique puisque tout a été enregistré par le monsieur depuis son atelier. Pour toujours coller à la sensibilité et l’émotivité qu’on lui connaît, il a fait le choix d’installer quelques micros chez lui et de laisser tourner pour tout collecter. Du simple bruit de clés qui bougent à celui de bouteilles qui s’entrechoquent en passant par son pied tapant la mesure, le producteur a ouvert les portes et les sons extérieurs se sont mélangés à la musique.

Une démarche créative qui colle totalement avec la personnalité du producteur qui nous livre là un second long format qui devient très vite une petite perle d’electronica. Si tôt l’album lancé, si tôt nous voilà pris au sein de cette atmosphère introspective dans laquelle tout l’album va évoluer. C’est doux, c’est beau et c’est largement pensé pour conserver l’aspect sincère et honnête de tous les morceaux de l’album. S’il y a un autre lien à faire avec son premier album, c’est la présence de Mohna, du trio Me Succeeds, qu’on avait déjà pu entendre sur A Forest. Pour ce nouvel album, elle fait un magnifique retour et sa voix accompagne quatre des morceaux dont ce Haul qui regroupe toutes les essences de l’album. Petite surprise au fil de l’écoute, elle n’est pas la seule à pousser la voix sur l’album, le producteur s’est lui aussi pris au jeu et nous susurre des mots doux dans les oreilles sur les morceaux Lid, Pacific et Nil. Une entrée en matière très calme pour ce producteur aussi modeste que discret. 

Au final, Mare s’impose d’un coup d’un seul dans nos oreilles avec son ambiance émotionnelle. Si la techno est là, elle ne transparaît en effet que par son atmosphère profonde et inspirante. Si vous êtes fans de Four Tet, Pantha du Prince et de toutes ces autres douceurs, Mare s’impose comme un incontournable. Si vous ne l’êtes pas, une simple écoute devrait suffire à vous convaincre. Si vous vous endormez dessus, vous n’avez rien compris, il faut recommencer.


Christian Löffler

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Le monsieur est aussi un fana de photo, son profil instagram vaut aussi le détour.