Interview : Theo Eifrig, le street artist aux peintures mystiques !

Theo sous la pluie...
Theo sous la pluie…

Salut les Hustlers, j’ai rencontré Theo Eifrig pour vos beaux yeux bien mignons. C’était avant que la rue Dénoyez vole en parpaings éparpillés pour le bon plaisir des petites vieilles qu’on a croisées ce jour-là, un jour de pluie monotone :
Mémé  random #1. « Oui, vivement qu’ils détruisent cette horreur, y’en a ras le bol ! »
Mémé random #2.  « Oh bah ça, c’est sûr, si si ça va être détruit… là, comme ça ils pourront plus peindre leurs cochonneries ! Regardez-moi ça c’est laid ! » Enfin bon, je pensais pas que les mémés pète-sec parlaient comme je l’imaginais, avec des « bah, oh, roh !! ».

Qu’est-ce que tu fais dans la vie Theo et comment es-tu devenu street artist, raconte, l’école buissonnière c’est comment ?

Je suis animateur 3D, à la base j’ai fait une formation de design et d’animation 3D pour travailler dans un studio d’animation (films, courts-métrages, etc.). À l’époque, quand j’avais 13 ans, je prenais le tramway pour aller à l’école, et petit à petit j’ai commencé à voir des tags apparaître un peu partout sur mon chemin, j’ai trouvé ça fascinant ! C’est comme ça que je me suis mis au graffiti, jusqu’à mes 20 ans, je n’ai jamais arrêté.

La première fois que j’ai vu ton travail c’était pendant le festival Graffitizm, j’ai trouvé tes personnages vraiment très vivants, limite ils dansaient, est-ce que c’est ton travail d’animation qui te guide ?

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En faisant de l’animation, on garde toujours à l’esprit le mouvement, tout ce qui fait la petite histoire d’un personnage. Donc, on peut dire que oui, ça influence mes pièces graffiti. C’est vrai qu’il y a toujours cette trame narrative, l’envie de raconter une histoire qui s’anime comme une forme de bd. J’essaie de créer du dynamisme, de la spontanéité. Après, je pense aussi qu’inversement l’univers du graffiti laisse son empreinte dans mon travail d’animateur 3D. Ce sont deux choses perméables qui se répondent.

Dans tes souvenirs d’enfance tu parles de « fascination », justement, qu’est-ce qui te fascine, t’attire le plus dans cette forme d’expression artistique ?

On a renversé de la peinture, encore des cochonneries...
On a renversé de la peinture, encore des cochonneries…

Ce que j’aime c’est la démarche très réelle, concrète, de peindre dans la rue avec son animation, ses aléas atmosphériques, ce côté crade et brute. J’essaie toujours de garder le spirit du vandale, un peu bête et méchant… je ne recherche pas un aspect lisse, ultra travaillé. J’aime la force du mouvement, les erreurs qu’on ne peut pas reprendre, mais qui malgré tout sont bien là, encrées dans le temps. Le caractère instinctif du croquis dit beaucoup de vérités sur l’instant qui s’impose avec franchise ! J’essaie de conserver l’état d’esprit de la street dans ce que je fais, sinon il n’y pas d’envie, ce n’est pas intéressant…

Est-ce que tu penses collaborer avec un artiste ou monter un collectif prochainement ?

Alors, la collaboration c’est cool, j’en ai fait pendant un moment avec notamment Skio et Ernesto Novo… depuis quelques temps je redécouvre le plaisir de peindre seul. Je dois dire que ça me plait pas mal, donc pour l’instant je n’envisage pas de faire de gros murs en groupe, haha (rires). Pour ce qui est de monter un collectif, ce n’est pas dans mes projets mais je fais partie d’un collectif allemand qui s’appelle In Your Face.

Peux-tu nous donner quelques blazes de street artists que tu suis de près ? TASSO, ARYZ, la Pop Culture en général…

En observant ton travail, j’y ai perçu un certain goût pour le mysticisme, est-ce que c’est une volonté de ta part, est-ce que tu as fondé une secte quelque part en France ?theo_21

En fait, j’ai toujours une affection particulière pour les vieilles oeuvres (Albrecht, Dürer, etc.), les iconographies religieuses désuètes, potentiellement dangereuses, ésotériques, pour ne pas dire funestes. En quelque sorte, j’ai toujours été captivé par la propagande à travers la religion, c’est assez fou ce phénomène ! Toutes ces imageries sont comme des publicités mensongères et hyper troublantes. Par exemple, quand j’habitais en Allemagne de l’est, on pouvait encore voir cette espèce de propagande avec les affiches du parti socialiste. J’aime beaucoup l’école de peinture de Leipzig. Quand je peins, j’essaie de créer quelque chose d’assez profond et mystique. Mais au final, il y a toujours de l’humour avec ce côté grossier, un peu caricatural. Cette mythologie se laisse interpréter, je ne veux pas véhiculer de messages spécifiques. J’aime bien travailler l’absence de gravité, donner une impression de légèreté.

Tu as pas mal voyagé en partant de l’Allemagne en passant par la Suède, est-ce que tu envisages de voyager pour être un graffeur-trotter multirécidiviste ?

Oui, dès que j’en aurai la possibilité j’aimerais bien faire le tour de l’Europe, explorer de nouveaux réseaux, rencontrer de nouveaux artistes. Mais oui, sortir des frontières européennes c’est une chose à faire. Cet été, je vais au festival IBUg fondé par le graffeur TASSO , c’est un festival d’arts urbains qui se déroule en Allemagne, dans lequel un lieu abandonné est mis à disposition pour les artistes qui ont totale carte blanche. C’est vraiment cool…

En tant que saxophoniste, est-ce que le jazz fait partie de ton art comme l’animation ?

Mais oui, le jazz est la spontanéité, le freestyle. S’entraîner, répéter tes gammes comme dans le dessin où tu répètes ( croquis, proportion, anatomie, sketch … ) et sur le mur tu essaies de te lâcher à max’ pour que ton savoir-faire ne soit pas un but, mais une force pour t’exprimer. Le jazz c’est une recherche de geek, comme la peinture !

Bonus, c’est Noël,  tu nous fais une petite hustlin’ jam playlist Theo ?

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Oui, alors un peu de groove, de jazz et de hip-hop :
Track #1 on the St Episode 9 The Shaolin Afronauts
Track #2 John Coltrane Giant Steps
Track #3 Redman Pick it Up

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