Tycho revient avec Epoch. Un album de voyage

S’il y a bien un truc qui ne m’avait pas vraiment manqué, c’est celui d’écrire un article dans un train en étant allongé dans un espace habituellement réservé à la valise qui m’accompagne. Certes, elle me sert d’appui-tête et de dossier, mais on a déjà fait mieux niveau confort. Pas de panique, un peu de lecture dans les mails promo sa suffit à me redonner espoir et à me renvoyer directement dans cette zone qui m’est si chère après une journée de boulot passée en compagnie de formidable client. Je vous laisse chercher l’ironie où elle se cache . Je file retrouver l’univers musical unique de Tycho avec son dernier album baptisé Epoch.

Jusqu’à l’arrivée de son dernier – maintenant avant-dernier – long format Dive, Tycho n’était pas de ces artistes hyper connus. Il faut dire que cet opus ouvrait la voie à de nombreuses possibilités tant les morceaux et leurs structures étaient travaillés. Un véritable condensé de ce qu’on peut faire lorsque qu’on cherche à faire plonger les auditeurs dans un ailleurs musical qui n’a pas manqué de fonctionner. Véritable réussite, cet album mettait en place une véritable esthétique sonore sans pareil. Ce road-trip était la continuité de l’énergie cinétique de Awake, un premier album tout aussi ravageur, mais peut-être plus timide. Entre ces deux là, inutile d’avouer que c’est Dive qui remporte ma flamme, même si le dernier épisode de cette trilogie risque de lui succéder très rapidement.

Epoch, puisqu’il se nomme ainsi, reprend l’esthétique sonore et visuelle (Hansen, sous son alias ISO50 s’est occupé de créer tous les visuels associés au projet musical) développée par Tycho au fil de ses précédentes sorties. C’est toujours aussi doux et la guitare reste omniprésente dans les morceaux comme pour souligner le reste des instruments. L’album s’appuie sur ses précurseurs, mais va explorer des thèmes plus sombres avec une ambiance peut-être un peu plus lourde.

Tycho Epoch

Ce changement, ou plutôt ce renouveau, est tout aussi inattendu que la sortie de ce Epoch, encore inconnu il y a un mois. Hansen a en effet produit tout l’album très rapidement et a voulu le sortir tout aussi rapidement pour, dit-il, rester « connecté aux gens qui écoutent la musique ». S’il parle ensuite de satisfaction à partager directement ce qu’il vient de produire, il faut avouer qu’elle est réciproque vu l’étendue qu’il dessine à coup de synthés, nappes oniriques et toujours cette guitare. Instrument, d’ailleurs contrôlé par un certain Zac Brown qui a déjà accompagné Tycho. Pour ce qui est du rythme, réalisé à la main, c’est Rory O’Connor qu’il faut remercier. Les trois hommes se sont retrouvés dans le studio d’Hansen à Berkeley pour travailler sur cette nouvelle invitation dans l’univers de Tycho.

Si le mot glide vous donne une impression de mouvement, le premier titre de l’album – Glider – porte très bien son nom et nous plonge sans délai dans l’univers musical d’Epoch. Rythme rapide et basse lente semblent faire écho à un train en direction d’un endroit plus cool que jamais. On se retrouve très vite dans la musique que l’on connaît au producteur et surtout cette façon de la produire, et de mettre un master à vous englober tout le tympan ailleurs. La fameuse guitare continue de faire le travail avec les percussions. Un aspect toujours plus organique qui nous ballade toujours plus loin.
Au long de l’écoute, des morceaux comme Slack et Receiver viennent donner une atmosphère plus nocturne à l’album sans pour autant nous perdre. On passe de morceaux clairs, voire éthérés à des ambiances plus sombres. Un contraste saisissant par rapport à ce que l’on connaît de la carrière du producteur et qui, il faut l’avouer, peut surprendre à la première écoute. L’album s’achève sur un Field envoûtant avec ces mélodies de guitare. La douceur légendaire de la musique de Tycho refait son apparition et nous laisse, à la fin de l’écoute, ce sentiment d’achevé.

Au final, Epoch succède à l’univers de Dive et le mouvement d’Awake. Une combinaison à laquelle il met de la plus belle des manières. Un peu comme le jus de citron qui vient relever les plats de Philippe Etchebest. Le voile sombre et cette ambiance globale sans doute un peu plus froide est voulue par Tycho pour représenter « musicalement la période que nous traversons actuellement ». Peut-on penser qu’un possible président à la crinière improbable ait pu influencer tel ou tel morceau ? Vous avez 4 heures. Moi, je m’arrête là, mon train arrive en gare et il faut que je trouve un stratagème pour m’extirper de ma couchette de fortune.