Interview : Rencontre avec La Chica Belleville et son clip hypnotique « Be Able ».


L’autre jour du côté de la East Coast, j’avais envie de manger un burger après l’abandon de ma grève de la faim contre la connerie humaine (un combat trop dur apparemment). Alors je me suis pointée à East Side Burger en espérant manger le burger Butterfly en édition limitée… « le 17 mars… et merde ! ».

Bref, en tout cas j’avais rendez-vous avec La Chica, elle est végétarienne depuis 16 ans, ma Katoune l’en remercie… -si vous avez suivi l’épisode précédent, mais suivez bordel !  –
Pendant que j’essayais de replacer mon steak de lentilles qui s’est tiré sans mon consentement pour en foutre partout sur la table, j’ai questionné La Chica sur ce clip qu’on est allé dénicher pour vous !

Alors, dans ton clip « Be Able » on s’éloigne des vents chauds d’Oasis ton premier single… L’orage résonne au loin avec ses références aux publicités old school qu’on malmène au scalpel, ça tranche pas mal non ?

 

Oui, ce clip est beaucoup plus orageux que la ballade d’Oasis. Le propos est un délire sucré-acide en papier découpé, autour du thème de la sur-consommation et des médias.
On y voit entre autres, des chats psychotiques, une télé qui dégouline, des ados shootés aux antidépresseurs, une plage de carte postale où s’échouent des naufragés, l’immortalité selon Google, mais aussi des clins d’œil à Pink floyd, à L’Envol de Yves Klein, John Lennon ou encore Orange mécanique. Le clip amuse autant qu’il met mal à l’aise, et nous donne ainsi matière à réfléchir sur notre humanité.
Peut-être, nous aidera-t-il à être capable (« Be Able ») d’agir avec plus de bienveillance envers nous-même et envers les autres, retrouver du sens dans un monde qui parait ne plus en avoir.

 

Ta collaboration avec le Temple Caché c’est la recette magique, la rencontre fantastique, un peu comme le mashup Björk-Gondry?

Merci pour la comparaison !! La collaboration avec Noamir et Ma-ké qui s’appellent maintenant Temple Caché est un vrai coup de cœur. Ils débordent de créativité et j’aime énormément leur travail en animation. Je trouve que les images qu’ils proposent répondent complètement à la musique que je fais.

© Temple Caché, La Chica Belleville "Be Able"

© Temple Caché, La Chica Belleville « Be Able »

Le saut dans le vide, Yves Klein, 1960.

Le saut dans le vide, Yves Klein, 1960.

 

« Be able » c’est prendre son envol, prendre le large ?

« Be able » c’est se prendre en main surtout. Je me parle à moi-même, comme une incantation, pour ne pas rester endormie, pour s’élever .

La Chica Belleville c’est qui ?

La Chica c’est une volonté de mettre en avant une latinité avec toutes les connotations que ça implique, limite cliché. Quand on dit « chica » ça fait penser à l’univers de la cumbia, la salsa (Willie Colón), le côté un peu caribéen, tout en restant dans un aspect assez neutre, anonyme : « une fille parmi tant d’autres ».

Belleville c’est là où j’ai grandi, un quartier très contrasté culturellement, où les gens sont très mêlés. Un quartier qui depuis les années 70 abrite des ateliers d’artistes… du street art, des compositions hybrides qui m’ont inspirée. C’est pas « La Chica de Belleville », mais « La Chica Belleville », c’est plus un titre.

 

Chanter en espagnol c’était quelque chose de recherché, tu voulais partager ton héritage vénézuélien ?

À partir du moment où je me suis mise à écrire, c’est très facilement sorti en espagnol, plus qu’en français. En français, j’ai du mal à écrire. De part mes influences, j’ai une mémoire musicale marquée par des chants espagnols et anglo-saxons… les figures emblématiques qui ont influencé mon univers viennent de ces deux langues, dont les sonorités résonnent naturellement quand je me mets à composer une chanson.

Justement ton histoire musicale ça donne quoi en terme de références ?

Alors je me lasserai jamais des classiques The Beatles, je voue une admiration à Radiohead. J’aime beaucoup Nina Simone et sa capacité à investir l’espace d’une charge émotionnelle impressionnante, avec juste un piano et une voix ! Je trouve ça trop fort !
Sinon je pourrais citer aussi : M.I.A, Danger Doom, Debussy…

À part ça, c’est quoi ton morceau de la honte que t’écoutes sur youtube en navigation privée ?

Haha… (rires), pour moi un morceau honteux ça n’existe pas vraiment… j’ai pas vraiment honte, je t’en donne même plusieurs, je ne sais pas lequel est le pire :

– Il était une fois – « J’ai encore rêvé d’elle »
– Michel Delpech – « Le Loir et Cher » (mais surtout pour le clip)

La Chica Belleville, elle a le goût du sacré ?

Le sacré, je n’irais pas jusque-là mais une spiritualité, oui. Je trouve que la musique c’est une histoire de rituels, de préparation spirituelle, un retour sur soi où on se recentre, l’esprit ramassé. Cette concentration appelle à une connexion avec soi-même. Au-delà de la spiritualité, je m’intéresse beaucoup à « l’état de transe » dans la musique, à travers les musiques électroniques, l’afrobeat… quand on y pense, on retrouve ce même genre de transes dans les prestations scéniques de James Brown, par effet de répétition de riffs en chaîne, encore et encore, en les faisant évoluer… en entraînant par la même occasion le public vers cet autre état de conscience. La transe musicale qui mène à la danse inévitablement par extension, par cet effet de boucle qui se répète; ce phénomène cyclique. J’aimerais travailler un peu plus cette recherche de transe dans ma musique, ça m’a toujours attiré.

Tes collaborations rêvées ?

Tune Yards
Patrick Watson
Danger Mouse

Merci La Chica Belleville pour cet entretien cruelty free, on attend ton album bientôt, on veut du clip maison et de la transe au menu ! On a faim !

© Temple Caché, La Chica Belleville "Be Able"

© Temple Caché, La Chica Belleville « Be Able »

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2 Réponses

  1. yeaaaah !!! merci pour la découverte !! trop chouette <3

  2. Poulpie dit :

    Pour vous servir ! ;)

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