ALL-AMERIKKKAN BADA$$, l’album qui boxe avec les maux

ALL-AMERIKKKAN BADA$$, le deuxième album de Joey Bada$$ est disponible depuis le 7 avril dernier. Et avec cet album, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre dans la carrière déjà bien entamée du jeune MC new-yorkais âgé d’à peine 22 ans.

« Now all heroes don’t wear capes » annonce Joey dès le début de l’album sur le titre “FOR MY PEOPLE”. Un lieu commun pourrait-on dire mais qui reflète assez bien l’état d’esprit de notre époque. Une époque où tout citoyen quelque peu averti et concerné peut être à l’origine d’une action héroïque aux conséquences tout aussi importantes et marquantes que celles de nos héros encapés les plus célèbres.

« Rule one: this microphone’s a weapon » continue Joey, toujours sur “FOR MY PEOPLE”. Les dés sont jetés, ALL-AMERIKKKAN BADA$$ est là pour ouvrir les esprits, initier une conversation et (r)éveiller les consciences.

Où en était-on avec Joey ?

En 2015, Joey Bada$$ sortait son premier album, B4.DA.$$, un album plus que prometteur, qui avait été acclamé par les critiques et qui faisait du rappeur le digne héritier de la « golden era » du hip-hop new-yorkais et plus particulièrement du rap « boom-bap » (recevant aux passages les hommages de Q-Tip et Rakim)

Deux ans se sont écoulés depuis, deux années mouvementés pour Joey.

Sur le plan personnel d’abord puisqu’après avoir dû faire face au suicide de son meilleur ami, le rappeur (et membre de son collectif Pro.Era) Capital STEEZ en 2012, Joey a également perdu son cousin et manager (également membre de Pro.Era) Junior B un mois avant la sortie de B4.DA.$$, alors que l’écriture du deuxième album à venir était déjà entamée.

Sur le plan contextuel ensuite, ces deux dernières années ont vu l’Amérique imploser, installant un climat délétère dans un pays en proie au racisme et qui a vu des hommes se faire assassiner par la police à cause de la couleur de leur peau. Le tout ponctué par l’élection de Donald Trump en novembre dernier.

Autant d’évènements qui ont eu une influence directe sur Joey Bada$$, comme il le dira d’ailleurs lui-même à plusieurs reprises dans diverses interviews : « tous les évènements malheureux qui ont eu lieux ces dernières années, particulièrement ceux que l’on a beaucoup relayé dans les médias (Michael Brown, Trayvon Martin, Freddie Gray, Alton Sterling, Philando Castile), pour moi, en tant que jeune noir et également en tant qu’artiste, cela m’a beaucoup affecté et je me suis senti réellement connecté et proche de tout ça, car cela aurait pu m’arriver à moi aussi » (XXL Magazine, 10 avril 2017)

Joey a observé et Joey a fini par parler.

A l’arrivée, on obtient donc ALL-AMERIKKKAN BADA$$, un album qui concentre toutes les frustrations et observations d’un jeune homme noir en Amérique en 2017. Un album qui adresse les problèmes que rencontre la société américaine et qui met l’Amérique face à ses démons actuels, sans jamais pour autant tomber dans la facilité ou dans l’anti-américanisme.

Cet album émet des constats, une réflexion, pose des questions et est même à certains moments, porteur d’espoir.

Espoir que l’on perçoit dès le premier morceau de l’album « GOOD MORNING AMERIKKKA » puis enchainant avec des morceaux et des productions aux sonorités assez « joyeuses », très « summer friendly » et qui tourneront très certainement dans toutes les playlists estivales de 2017 (notamment « FOR MY PEOPLE », toujours, et le très efficace « TEMPTATION »).

S’enchainent alors le très politiquement chargé « LAND OF THE FREE » et « DEVASTATED », le premier single sorti pour promouvoir l’album et qui avait quelque peu divisé les fans de la première heure du rappeur lui reprochant de s’être éloigné du son qui le caractérisait et de s’être laissé tenter par la facilité.

 Le ton va ensuite se durcir à partir du sixième morceau, « Y U DON’T LOVE ME? (MISS AMERIKKKA) » où Joey s’adresse à cette femme (qui n’est autre que l’Amérique on l’aura vite compris) qui semble le rejeter malgré tous ses efforts et l’amour qu’il semble lui porter.

On enchaîne avec l’excellent « ROCKABYE BABY » en collaboration avec Schoolboy Q et où Joey poursuit sur sa lancée en décrivant la réalité des guerres de gangs et des inégalités qui subsistent à l’encontre des noirs américains.

L’album prend une tournure un peu plus sombre et paradoxalement plus « calme », laissant alors plus de place au discours de Joey qui, lyriquement parlant est probablement à son meilleur niveau sur ce projet.

C’est également la partie de l’album où les invités se succèdent avec notamment la présence de J.Cole (sur « LEGENDARY »), Chronixxx (sur « BABYLON » et que l’on retrouvait déjà sur l’album précédent de Joey), Styles P ou encore Meechy Darko du groupe The Underachievers.

L’album se clôt sur AMERIKKKAN IDOL, un morceau d’un peu plus de 6 minutes où Joey Bada$$ boxe une dernière fois avec les maux d’une Amérique malade.

Quelle place pour Joey Bada$$ en 2017 ?

ALL-AMERIKKKAN BADA$$ est un album qui a du sens, un album cohérent tant dans ce qu’il reflète de Joey et de sa carrière qu’au message dont il se veut être porteur et où il confronte directement son identité et celle des africains-américains à l’Amérique dans son ensemble.

Lyriquement et en tant que MC, Joey n’a plus rien à prouver. Ce qui lui importe à présent – et avec cet album – est son impact, sa résonance et son influence sur le monde en tant que rappeur et en tant qu’artiste.

A l’image de Kendrick Lamar avec To Pimp A Butterfly ou un peu plus loin derrière nous de Public Ennemy avec It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back, ALL-AMERIKKKAN BADA$$ se veut être la voix de ceux qui n’en ont pas.

joey

 

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