Ça se passe sur la PC.

La Petite Ceinture parisienne.

Rendez-vous à l’arrêt de tram. Il faut suivre les indices qui mènent à l’entrée de fortune, mais une fois le grillage éventré trouvé, le chemin est clair. Il suffit de suivre les rails. En ce samedi pluvieux et gris, c’est presque un décor de nouveau western que l’on traverse. La nature a repris ses droits, des sculptures de têtes de mort sur des troncs d’arbres morts balisent la route, des graffitis ornent les quelques murs présents.

Un tunnel, des objets abandonnés, des canettes vides, des restes de feu de camp, des tags sur les portes, le silence,… et l’on arrive enfin sur le lieu du crime.

Un après–midi d’octobre entre vieux briscards du graffiti. Les présents : Kasp, Oggx74, Bugz79 et Viok. Les artistes œuvrent à grand coups de bombes et de pinceaux. D’abord la base, puis le fond. Celui propre à chacun, celui qu’on mutualise pour unifier le mur. L’ambiance est détendue et festive. 3 bières pour 5, ça sent l’improvisation. Ça parle du passé, du bon vieux temps, du présent, de l’avenir. Ça chante des chansons des années 80s, des génériques de dessins animés, des vieux tubes de funk et de soul et puis des nouveaux titres de rap français.

La Petite ceinture (Graff)

Entre travail et procrastination, chacun son rythme. L’essentiel est dans le graff et l’échange. Une bande de potes qui se retrouve et qui prend du plaisir à l’ouvrage.

Le temps se dilate. L’éternité semble au bout de la bombe. C’est le but du graffiti, laisser sa trace, exister dans le monde. C’est toute la contradiction de la discipline qui cherche de l’éternité alors qu’elle est éphémère. Tous ces graffitis seront recouverts de peinture à leur tour, toyés par d’autres ou nettoyés par la SNCF.

En témoigne cette journée. Chacun cherche la perfection. Kasp rend hommage à son ami (graffeur) Scan, récemment décédé. Viok s’est lancé dans un dégradé de couleurs pastel qu’il veut sublimer. Bugz improvise les formes et les couleurs comme à son habitude. Le graffiti reste toujours un moyen d’expression, de revendication et de célébration.

La Petite ceinture (Graff)

C’est le temps du contour, là où l’œuvre prend toute sa forme. Le style s’affirme. Les bombes sont capricieuses, uniques, et donnent parfois du fil à retordre. Les choix sont techniques, réfléchis, concertés. Les conseils sont évidemment les bienvenus. Un relief par-ci, une étoile par-là… Toujours la recherche de la matière, du volume, de faire sortir la peinture du mur.

Quelques heures passent, la lumière faiblit, le soleil se couche. Chacun tente de finir son œuvre avant que l’on ne puisse plus prendre de photos. Car elles seront les seules témoins de l’ouvrage. Le moyen d’en garder une trace durable.

Il faut savoir s’arrêter avant d’en mettre trop.

Une dernière dédicace, une signature, il est temps de rentrer. Faire ensemble le chemin à l’envers, finir ses bombes en tagguant toutes les surfaces possibles et disponibles. On rentre au chaud, on a passé une bonne journée, à refaire le monde et un mur de la PC.