Hassan Hakmoun : Un maître gnaoui

Un gnaoui, c’est quoi ? C’est le singulier de Gnawa.
Qui sont les Gnawas ? Ce sont les descendants des esclaves restés au Maghreb pendant le commerce triangulaire. Il s’agit donc d’un peuple avec son histoire, ses rites, son patrimoine, et donc sa musique.

A l’instar du blues des origines, cette musique, popularisée entre autres par le festival d’Essaouira au Maroc, est empreinte de spiritualité, de mysticisme, de religion, du culte des saints. Elle appelle, dans les sociétés islamiques qui l’ont vu naître, à la transcendance et à la communion, au delà de cette divergence iconoclaste d’avec l’orthodoxie. Superposant deux trames (une ternaire et une binaire), la musique Gnawa fait bouger la tête, puis le corps et enfin l’esprit.

En gros, ça donne ça :

 

 

Ca c’est pour le Contexte. Mais qui est Hassan Hakmoun ?

Un gnaoui pur jus. Fils d’un musicien et d’une exorciste (ça s’invente pas), il accompagne dès ses 4 ans sa mère à des cérémonies de transe et de guérison (qui se font en musique). C’est tout naturellement qu’il apprend à jouer du Sntir (instrument à 3 cordes dont la paroi de la caisse de résonance est en peau de chameau) et devient maître de cérémonie (maalem) à 14 ans. Il est alors habilité à diriger des lilat, c’est à dire des nuits transcendantales où se mêlent musique, fête, prières, invocation des esprits, exorcisme et conjuration du mauvais sort.

C’est doté de ce background chamanique qu’Hakmoun migre à NYC où, au fil de ses rencontres, sa musique fusionne avec du blues et du jazz :

 

La musique Gnawa se prête de base assez bien à la fusion, comme peuvent en témoigner des groupes connus comme Nass El Ghiwane ou Gnawa Diffusion. ces groupes ont intégré du gnawa dans leur style d’origine (rock, variété marocaine) mais il est toujours intéressant de voir comment un mec du sérail, un gnawi « de naissance » fait la démarche inverse : celle d’utiliser des éléments de musique contemporaine pour magnifier son art.