« Motozot », la flûte enragée de Yann Cléry réveille nos consciences.

On revient sur le superbe album de Yann Cléry, sorti en octobre dernier : « Motozot ». 

Un opus qui sent bon le soleil ! Parfait pour réchauffer cette fin d’hiver qui semble ne plus finir. Entrainant, entêtant et engagé, il nous emmène voyager sur les terres de Guyane, nous fait vibrer au rythme de son histoire, tumultueuse, vivante, brûlante: la fusion opérée entre tradition et modernité est une réussite !

Virtuose de la flûte traversière mais aussi chanteur et compositeur Yann Cléry multiplie les projets excitants. Ainsi il fait partie du collectif groove-jazz Chlorine Free dont on est totalement fan chez Trendhustler. Il accompagne également la chanteuse Cap-verdienne Mo’Kalamity depuis de nombreuses années, comme sur le superbe « AFRICA »

Un artiste complet et hyper productif qui explore de nombreux styles entre jazz, hip-hop, groove, reggae, rock et musique électronique. Jamais où on l’attend, il sublime son instrument fétiche, la flûte, à laquelle il donne noblesse et modernité. Conjuguant sa délicatesse, sa poésie subtile, aux rythmes les plus actuels.

Dans « Motozot », qui signifie en créole « Moi, Toi, Vous », il réinvente la musique guyanaise.

Cet album est un cri !

Son cri de fierté pour sa terre, ses traditions, sa culture, pas assez connue et reconnue.
La richesse et les trésors sonores qui en résultent sont une révélation.

Il nous emmène en voyage, un incroyable voyage qui fait exploser la beauté de ce pays, à travers les rythmes traditionnels issus des trois grandes ethnies guyanaises (Amérindiens, Créoles et Bushinengés, ou neg marron, descendants des esclaves africains).
A travers aussi sa langue, ses contes, ses grands hommes et leur légende. Des textes engagés en créole pour un retour aux sources. Sa musique est une véritable caisse de résonance à la parole et à la pensée de ses ainés.
Il donne à ce beaux pays, confronté à de complexes difficultés économiques et sociales, un regard vers l’avenir, un souffle, plein d’espoir.

D’attaque « Mo lève » révèle son talent incroyable de flûtiste et nous plonge dans une douce nonchalance.
Puis plongeon dans la transe, celle de « Lerol », plus cadencé, plus sombre. Auquel les scratchs apportent leur touche de modernité, faisant vibrer un rythme équilibré, tandis que la flûte lui apporte mélancolie et délicatesse. Devant nous s’étalent les verts paysages de la forêt équatoriale. humide et dense. Grouillante de vie, d’idées, d’envies.
Sur « Boléròt » il s’aventure dans une reprise du Boléro de Ravel, née d’un constat : la proximité du rythme de ce classique avec le rythme traditionnel kanmougé. Rencontre entre deux mondes. Cette reprise est une réussite, la fusion est parfaite.
« Grajé » nous replonge dans une danse lancinante et nonchalante dont l’entêtante mélodie ne va plus nous lâcher.
Quant à « Ti Moun Teko », il commence dans la douceur, comme une pause, une caresse. L’âme de la Guyane se découvre à nous, subtile et fragile.
Puis tout s’accélère, le pouls battant se réveil, prêt à affronter tous les défis. « Foi de Marron », rend un merveilleux hommage au texte engagé de Léon-Gontran Damas, poète métisse, cofondateur du mouvement de la négritude avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor dans les années 1940, et injustement oublié des livres d’histoire.
Plus traditionnel et très enlevé « Lò la pli ka tonbé » nous invite à danser sur un rythme au tempo et aux accents de danse populaire.
Puis c’est la claque, c’est « Trêve ». Écho à un autre poème hyper-écorché de Léon-Gontran Damas.
Et la reprise de « Nèg marron » d’Élie Stephenson sur un rythme raggae / dancehall qui met en musique la fierté de ces hommes dont les ancêtres ont fuit l’enfer des plantations et de l’esclavage. 
Enfin « Gòb chi gòb » vient clore l’aventure. Le son des synthétiseurs semble naître de ce chant fatigué, planant, comme sortant de la forêt détrempée après une pluie tropicale. Mutation d’un monde vers sa nouvelle forme moderne et électro. Tourné vers l’avenir, encré dans le passé.

Un album incontournable, magique. Un univers à explorer qui porte haut les couleurs de l’âme guyanaise.

Marie Le pour Trendhustler.com

« Motozot » est disponible depuis le 20 octobre en CD et en digital.

Retrouvez Yann Cléry en concert :

* Le 12 mai avec MO’KALAMITY à La Clef (St Germain en Laye)
* Le 17 mai avec CHLORINE FREE au PEDILUVE (Chatenay-Malabry)
* Le 19 mai à la Cité de la Musique (Marseille)