Mutafukaz : enfin une date pour l’anime

C’est l’histoire d’un film d’animation, adapté d’une bédé, elle même structurée autour d’un court métrage, l’histoire d’une aventure de plus 15 ans.

Au commencement, le court métrage :

L’histoire commence en au début des années 2000, date à laquelle l’auteur, Run, alias Guillaume Renard, assure la direction artistique d’un studio de webdesign. Découvrant dans le cadre de ses projets la suite Macromédia Flash (le coup de vieux, c’est cadeau), et l’idée de se lancer dans la bédé lui trottant dans la tête depuis un moment, Run a l’idée de donner aux idées qui fusent dans sa tête la forme d’un court métrage. Disposant alors de quelques connaissances avec qui il a l’habitude de collaborer sur des projets d’illustration en dehors de son taf, il monte une équipe et son projet aboutit en 2002, présenté aux divers festivals d’animation sous le nom de Mutafukaz : Operation Blackhead.

Les animations sont léchées, mélangeant superposition de calques statiques, animation 3D, un rythme nerveux le tout sur une BO de qualitay. L’univers présenté dans cette vidéo est nominé à plusieurs reprises et gagne en notoriété. Ce qui permet à Run de prendre le risque de se lancer dans le développement d’une bédé.

 

Dans la continuité, la bédé :

Après quelques péripéties, Run rencontre Tot, alias Anthony Roux, le patron d’Ankama, la société qui édite Dofus et Wakfu. Outre le fait d’avoir un nom d’artiste en 3 lettres, Run et Tot ont pas mal en commun : une propension à distribuer leurs univers artistiques sur plusieurs types de support (Wakfu et Dofus sont deux œuvres déclinées en jeux vidéos, en nouvelles, en bédé et en série animée) et des univers manga-like (dans la posture des personnages et le rythme survolté des confrontations beaucoup plus que dans le graphisme en lui même et l’ambiance comme nous allons le voir). En 2005, le contrat est signé, et Run collabore dans les studios d’Ankama avec les dessinateurs des deux licences phares de la société.

Run peut enfin se lâcher et faire éditer 6 albums, de 2006 à 2015 dans lesquels on découvre les aventures d’Angelo et Vinz, deux glandeurs fans de catch mexicain, dans les bas-fonds d’une mégalopole inspirée de Los Angeles (Dark Meat City, dans l’histoire). Le graphisme, les effets de perspective, le découpage, l’ambiance sombre et glauque des bas-fonds d’une ville américaine… tous les codes du comics à la Frank Miller sont repris ici, l’apparence simple et schématique des personnages (notamment les principaux) accentuant encore le dynamisme de scènes de castagne, de flinguette, de sexe, d’horreur dans une ambiance frénétique.

Au fur et à mesure de la sortie des albums, Run a pris la liberté de varier de style graphique comme il l’explique dans cette interview. Ceci donne au final une œuvre éclectique, diverse dans son trait, son style graphique, ses références culturelles :

image mutafukaz style miller
Du style Frank Miller avec un découpage de l’action confinant au storyboard…

 

Mutafukaz Style Lanfeust
… au style « Lanfeust de Troy », Run a pris énormément de liberté quant au style graphique à appliquer à son œuvre …

 

… L’ensemble de la dite œuvre étant caractérisé par une mise en scène très dynamique, laissant au lecteur peu de moments de répit.

 

Le long métrage : une belle synthèse

Sorti en 2017 dans plein de festivals, la sortie nationale n’est prévue qu’en mai 2018, faute de distributeurs suffisamment enthousiastes pour le diffuser dans les salles.

Réalisé par Run himself (assisté d’un animateur ayant bossé pour DC comics : Shōjirō Nishimi), produit par le studio Ankama, on est sûrs que l’œuvre ne perdra pas de sa substance, dans la mesure où les auteurs sont carrément aux manettes. Ils se sont payés le luxe d’aligner quelques beaux noms au générique, notamment Toxic Avenger à la BO et Orelsan au doublage du personnage d’Angelo.

Le trailer montre un long métrage qui reprend toutes les caractéristiques du court et des bédés : une ambiance nerveuse, urbaine, blindée de clichés et références culturelles, des beats qui t’éclatent les oreilles, le tout, enrobé des voix nonchalantes et désabusées d’Orelsan et Gringe dans « Bloqués » :

 

En salles le 23 mai. Comme d’hab, sauvez la date, les fanatiques !